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Alexis Brexel, de la philosophie au musée des sciences de Murcia

Le 3 juin 2011 par Marion Sabourdy

En marge de notre enquête sur les CCSTI français, nous aimons pointer le nez chez nos voisins européens. Après le Royaume-Uni avec le reportage en deux volets de Camille (1 et 2) et notre interview de Sir John Holman, nous nous intéressons aujourd’hui à l’Espagne, avec le français Alexis Brexel, médiateur scientifique au musée des sciences de Murcia. Rencontre par mail et tweets interposés avec cet observateur de la CSTI espagnole, modeste et impliqué.

Peux-tu nous décrire le musée des sciences de Murcia ?

Ce musée se nomme « Museo de la Ciencia y el Agua ». Il est situé à Murcia, dans la capitale de la région du même nom, dans un ancien château d’eau ; un choix symbolique pour une des régions les plus sèches d’Espagne (plus de 40ºC en été). Le musée est avant tout un lieu d’expositions ; il en reçoit et en produit, en plus du Planétarium. Parallèlement, il organise des cycles de conférences pour le public ou pour des professionnels, comme les professeurs, et travaille régulièrement avec l’association astronomique régionale. Nous accueillons principalement des scolaires (plus de 60% du public).

Le musée de la science et de l’eau, à Murcia

Quelle est la place des sciences dans la région de Murcia ?

L’acteur central de la CSTI au niveau régional n’est pas le musée, comme on pourrait le penser, mais la Fondation Séneca, qui dépend de la région. Le musée, lui, dépend de la ville de Murcia. En plus de sa mission d’aide et de promotion de la recherche, la Fondation organise la semaine de la science, produit une émission radio, édite des ouvrages… Pour simplifier, je dirai que la fondation communique sur la science quand le musée la vulgarise. Malgré cette activité, la région comme le musée souffrent de la comparaison avec leurs proches voisins, véritables « poids lourds » : le « Parque de la Ciencia » de Grenade et la « Ciudad de las Artes y de la Ciencia » à Valence. En outre, la crise dont souffre l’Espagne ne facilite pas l’évolution nécessaire du centre de Murcia.

Quel est le contexte national des centres de sciences en Espagne ?

Ces centres, nés d’une volonté d’accessibilité des sciences, se sont multipliés dans la deuxième moitié des années 1990. Actuellement, la grande majorité des régions espagnoles possèdent leur “museo de la ciencia”, exception faite de l’Extremadura, d’Asturia et de Cantabria [ndlr : voir une liste non exhaustive de ces centres]. On l’a vu, certains centres sont plus importants que d’autres (en terme de taille, de fréquentation…). Parmi les fers de lance de la culture scientifique espagnole, on retrouve le Cosmocaixa de Barcelone (et celui de Madrid) et les musées de Grenade et de Valence dont je viens de parler.

« Le parc de la science » de Grenade

A noter que la présence des banques dans le monde de la culture espagnole est assez étrange pour les français [ndlr : lire l'article d'Alexis à ce sujet]. Les cosmocaixa (et caixaforum) dépendent de la « Fundación Obra social La Caixa » qui dépend de la banque du même nom. En plus de son activité dans ses différents centres, La Caixa est un grand producteur d’expositions temporaires qui circulent sur tout le territoire.

Comment en es-tu arrivé à travailler en Espagne ?

Après une année de prépa, j’ai décidé de faire de la philosophie, malgré un certain scepticisme de mon entourage, qui avait en tête une discipline éloignée de la réalité, plutôt synonyme de bachotage. Au contraire, j’y voyais une discipline ouverte à tous les discours, où on peut toucher à l’histoire, à l’art, aux maths, à la physique, etc., toujours avec ce regard critique qui me fascine. Ne pouvant pas oublier mes amours de jeunesse, je me suis progressivement spécialisé en philosophie des sciences.  Master en poche, j’avais envie de partager mon enthousiasme et ma curiosité, surtout en ce qui concerne les sciences, qui me fascinent et m’intriguent. Je me suis donc lancé dans une année en gestion culturelle à Bordeaux, une formation riche car pluridisciplinaire. Au terme de la formation, j’ai eu envie de retourner sur les lieux de mon ERASMUS, pour mon stage. J’ai donc passé l’été au musée de Murcia, où je travaille actuellement.

Comment s’est passé ta découverte de la CSTI espagnole ?

Je suis « installé » en Espagne depuis un peu plus d’un an, lors de mon embauche au musée de Murcia. A dire vrai, je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer beaucoup d’acteurs de la CSTI. J’ai visité d’autres centres, je lis des magazines, je suis des gens sur Twitter [ndlr : sous le pseudo @abrexel]… Je me suis également inscrit à un master en ligne de l’Université de Valence « exposition scientifique, marketing et communication », histoire de poursuivre ma formation. En septembre, je pense suivre une formation, également en ligne, en communication…

Tu évoques Twitter, es-tu actif sur les réseaux sociaux ?

En plus de Twitter, j’utilise également Netvibes, Facebook, Delicious, Knowtex, Flickr…. Les réseaux sociaux sont des outils très intéressants mais très peu utilisées dans les musées des sciences. J’aimerais bien mettre en place des choses au sein du musée de Murcia, sortir de la « communication unilatérale » et essayer de construire une expérience de médiation avec le public…

Quels sont tes projets ?

La situation est compliquée ici ! Avec plus 40% de chômage chez les jeunes, je partage la désillusions de beaucoup d’espagnols même si je m’estime heureux d’avoir un travail. En Espagne, il y a deux types de générations « ni, ni » : celle qui « ni n’étudie ni ne travaille » et celle qui n’a « ni travail ni futur ». Mais, je garde espoir, conscient de la nécessité de poursuivre ma formation… Je pense même me lancer dans une licence de physique à distance… En tout cas, je souhaite continuer à travailler dans la médiation scientifique, participer à des montages de projets, quitte à laisser Murcia derrière moi. La mobilité ne me fait plus peur.

>> Illustrations : façade du musée de Murcia, quique_fs (Flickr, licence CC), capture d’écran du site du musée de Murcia.

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