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ArtScienceFactory ou la croisée des mondes

Le 17 mai 2011 par Audrey Bardon

Petite devinette : qu’est-ce qui rapproche art et science, local et global, parcelle et pixel ?ArtScienceFactory, curieux laboratoire qui allie expériences sur le web et sur le terrain pour favoriser les échanges entre scientifiques, artistes et citoyens.

Il était une fois un internaute qui refusait de séparer culture scientifique et culture artistique. Au détour de son exploration du web, il tombe sur une énigmatique plateforme au nom évocateur, ArtScienceFactory.fr, qui l’invite à se connecter. Piqué par la curiosité, il s’inscrit. Il découvrira bientôt un monde étrange peuplé d’Origènes, où la principale devise consiste à cultiver sa créativité.

Le projet ArtScienceFactory est à la fois un site géographique, le Plateau de Saclay, et un site internet, artsciencefactory.fr. Mêmes objectifs pour ces deux canaux : favoriser l’émergence de projets au carrefour des arts et des sciences et créer une véritable communauté rassemblant chercheurs, artistes et amateurs. « L’art et la science s’y mélangent, mais ne sont jamais confondus ; Ils s’épaulent l’un l’autre » expose Gilles Clément, paysagiste engagé dans le projet [voir plus bas ndlr].

ArtScienceFactory se traduit ainsi par l’organisation de manifestations publiques sur le Plateau – reconnu pour son remarquable potentiel scientifique (1) – et la mise en place d’une plateforme web collaborative où chacun peut créer et s’exprimer en publiant des articles, en proposant de nouveaux projets, etc.

À l’origine, un trio inattendu

Tout est parti d’un premier dialogue début 2010 entre la Communauté d’agglomérations du Plateau de Saclay (CAPS) et le Centre André Malraux de Sarajevo (CAM), lieu « poétique et politique » d’action culturelle. « Chacun possédait un trésor intellectuel de natures différentes : des scientifiques d’exception et un cercle prestigieux d’artistes », raconte Jean-Michel Frodon, rédacteur en chef d’artsciencefactory.fr. La CAPS y associe très rapidement le Scientipôle Savoirs et Société (S[cube]), association locale de culture scientifique.

Projet à la fois ambitieux et ouvert, ArtScienceFactory sera officiellement lancé en octobre 2010. Au programme : un projet d’aménagement d’une parcelle du Plateau, la gestion communautaire de la nouvelle plateforme web et son éditorialisation. Pour veiller à son bon déroulement, un collectif s’est formé incarné par Jean-Michel Frodon (CAM), Virginie His (CAPS), Didier Michel (S[cube]), Carole Prevoteau (CAPS) et la société Deuxième labo en charge du community management.

Premier projet IRL : « la Jardinerie »

Parmi les actions mises en place sur le Plateau de Saclay, l’accueil annuel d’un « invité » engagé dans une opération de terrain est l’un des projets phares. Pour cette première édition, l’invité est le paysagiste Gilles Clément, « grand théoricien des jardins » et parfait ambassadeur d’une approche à la fois scientifique et artistique. La CAPS lui a confié plusieurs parcelles à aménager. Première à passer entre les mains de ce chercheur-artiste : « la Jardinerie », ancienne pépinière laissée à l’abandon. Il est aidé pour cela par l’équipe d’architectes et de paysagiste Coloco.

Projet aux multiples facettes, il associe « recherche savante » avec l’identification d’espèces végétales et animales, « geste artistique », et « démarche pédagogique et citoyenne » en créant un véritable circuit de découverte à multiples entrées. La Jardinerie sera ouverte au public en mai 2011, pour « devenir un lieu d’échanges » et « créer une continuité en les grands spécialistes et la population ». La parcelle pourra accueillir des dispositifs de recherche, des ateliers de découvertes avec les scolaires, des représentations théâtrales ou encore de simples promenades guidées par des locaux.

En ligne : découvrir, discuter, créer, remixer

« C’est cette tentative d’articulation entre un espace réel et un travail collaboratif en ligne qui m’a le plus attiré dans le projet ArtScienceFactory », s’enthousiasme Jean-Michel Frodon. Espace de réflexion, d’échanges et de création, le site se compose :

  • de quatre flux d’actualités respectivement consacrés à la thématique art/science, l’invité de l’année, les acteurs du projet et les partenariats internationaux d’ArtScienceFactory ;
  • d’un espace nommé « la Factory » qui rassemble des œuvres proposées par la communauté ;
  • d’un agenda répertoriant les évènements art/science ;
  • d’espaces personnels pour chaque membre du site, sorte d’ateliers privés de création ;
  • et d’un ensemble d’outils gratuits pour travailler sons et images.

Premières missions de la journée pour Jean-Michel Frodon et son équipe : explorer le web et éplucher les contributions de la communauté. Les contenus les plus pertinents seront mis en avant sur la page d’accueil. « Je mets aussi en ligne les articles qui suscitent un questionnement que je trouve utile à partager », à l’exemple d’un dernier article sur une résidence artistique au sein d’un programme de recherche d’une intelligence extraterrestre. Chacun peut ainsi prendre part au débat.

La plateforme constitue aussi un moyen d’entretenir des liens particuliers entre la France et le Centre André Malraux de Sarajevo, partenaire du projet. Née d’un acte de résistance durant le siège de Sarajevo, cette structure culturelle unique est actuellement contée sur la plateforme par Charlotte, membre d’ArtScienceFactory en stage à Sarajevo.

Mais ce qui fait la particularité d’artsciencefactory.fr, c’est la possibilité pour chaque internaute de « remixer » les œuvres exposées dans la Factory. « Une forme avancée du collaboratif ». Images, sons, vidéos ou textes peuvent être retravaillés et mis en ligne grâce aux outils proposés. « C’est l’opportunité d’avoir à disposition des œuvres réalisées par des professionnels et le droit de jouer avec… » explique Élisabeth Piotelat, ingénieure et membre de la communauté. L’objectif est de rapprocher artistes reconnus et amateurs imaginatifs, en respectant toujours l’œuvre originale. Une pratique à la fois ludique et stimulante.

L’oeuvre et son remix

Le peuple étrange des « Origènes » photographié par Claude Mollard est l’œuvre qui a suscité le plus d’engouement : des visages qui surgissent d’un arbre, d’un mur ou d’un nuage, accessibles à quiconque ayant l’esprit fertile et l’œil avisé. Toujours dans un pari d’articulation entre web et terrain, une chasse aux Origènes a été lancée sur le Plateau de Saclay, invitant les habitants à prendre en photo cette espèce singulière et la publier sur artsciencefactory.fr.

Monsieur Tuffeau

Un projet ouvert, toujours en évolution

« En six mois, il s’est passé une quantité de choses, en termes d’échanges et de propositions, auxquelles je ne m’attendais pas » s’enthousiasme Jean-Michel Frodon. Le rédacteur en chef confie que ce projet « comporte beaucoup de doutes, car il explore des champs sans frontière ». Pour lui, il est nécessaire de convier les gens à débattre et critiquer ce rapport entre science et art. C’est d’ailleurs ce qui fut le cas, lorsque, par un concours de circonstances, le chercheur et philosophe Jean Marc Levy-Leblond a publié le livre La Science n’est pas l’art au moment du lancement d’ArtScienceFactory. « Le livre remettait d’emblée en question ce que nous étions en train de faire, raconte le rédacteur en chef. Nous lui avons donc proposé de s’associer au projet. Nous avons besoin de regards critiques tels que le sien pour le mener à bien ».

Pour l’instant, la majorité des inscrits sur la plateforme sont des personnes investies au titre du Plateau. « Le projet est encore peu connu du grand public » regrette l’utilisatrice Élisabeth Piotelat, heureuse d’y trouver « des œuvres de grande qualité, ce qui est rare sur la Toile ». Bouche-à-oreille aidant, le projet se diffuse petit à petit à partir des noyaux fondateurs, notamment sur Twitter, Facebook et Knowtex. « C’est un travail de tout petits pas où l’on privilégie la qualité et la fidélité ». Certains penseront que le projet ne se développe pas assez vite. Pour le rédacteur en chef, « il pousse au bon rythme, comme la Jardinerie ».

Nouveaux partenaires, nouvelles idées

Un nouvel allié devrait bientôt s’associer au projet : le réseau de vulgarisation scientifique Plume!, né à Montpellier. ArtScienceFactory pourra ainsi s’étendre plus largement en France. Du côté des projets, celui d’une résidence littéraire, déjà engagée par François Bon qui a animé un atelier d’écriture bien singulier dans le RER C. Une exposition photo ainsi qu’un concert improvisé de musiciens dans des lieux publics inattendus tels que des cantines ou des médiathèques sont également en phase de réflexion.

Selon Jean-Michel Frodon, artsciencefactory.fr évoluera sans doute en termes de contenus. « Actuellement, on fonctionne sur un pari extrêmement ouvert, traitant différents thèmes simultanément ». Les responsables envisagent de développer une « colonne vertébrale plus thématique, mais qui demande plus de rédacteurs et donc de partenaires »… à bon entendeur.

Notes

  1. Le Plateau de Saclay accueille l’Ecole Polytechnique, le Synchrotron Soleil, Neurospin, HEC, l’INRA, le CEA, l’Onera, Thalès, les universités Paris-Sud et de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, le CNRS

>> Illustrations : Jean-Michel Frodon, Marion Sabourdy (artsciencefactory.fr, Licence CC), diaporama de Coloco.

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