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Cap sciences : c’est qui, c’est quoi ?

Le 28 septembre 2010 par Marion Sabourdy

Bordeaux, 15 septembre dernier. Trois parisiens se déplacent en terre bordelaise pour visiter le CCSTI Cap sciences. Une bien étrange demoiselle les accueille, à peine sortie de son carton. C’est une des vedettes de la future exposition « Au fil des araignées » (du 5 octobre 2010 au 27 février 2011), créée par L’Espace des sciences (Rennes) et le Muséum national d’histoire naturelle (Paris), qui occupe actuellement les 600 m² de l’espace des expositions temporaires.

Cet arachnide géant symbolise bien l’activité du CCSTI aquitain depuis sa création en 1995 : tisser une toile, un réseau savamment entretenu par les doigts de fées des trois fondateurs et de la centaine d’employés qui gravitent autour du centre. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Rencontre sympathique au Café des sciences (1) avec ceux qui font vivre Cap sciences au jour le jour.

« Les animateurs sont les parpaings de Cap sciences ». Cette phrase de Bernard Favre, l’un des trois fondateurs du CCSTI résume parfaitement le fonctionnement du centre. Presque tous ses membres permanents sont passés par la case animation. Sébastien Cursan, aujourd’hui responsable de la médiation numérique se souvient : « j’ai suivi des études de SVT puis la filière enseignement. A l’époque, je ne savais pas que médiateur était un métier. C’est le prolongement de ce que je faisais avec mes amis : le questionnement permanent, la dimension ludique, l’expérimentation, la découverte ». Cette approche est flagrante avec le jeune public. Le petit carré des 3-6 ans propose ainsi quatre séances d’animation par semaine ainsi que l’exposition actuelle « Petit carré deviendra cube » conçue par le Forum départemental des sciences de Villeneuve d’Ascq (2).

Cap sciences est précédé d’une solide réputation dans la formation de ses médiateurs. Céline Domenc, la responsable de l’animation explique : « pour chaque exposition, nous recrutons une équipe d’étudiants ou de futurs chercheurs et ingénieurs que nous formons ». Petits trucs, accompagnement… les jeunes sont suivis et encouragés à lire et se former sur les sujets dont ils vont parler. « On a beaucoup d’échanges pour construire ensemble le style Cap sciences – qu’on peut résumer par « on ne montre pas, on regarde avec » – mais chacun reste porteur de sa personnalité, ses études ».

Les animateurs aguerris interviennent également lors de formations initiales et continues dans des organismes bordelais et aquitains comme l’IUFM, le Ceméa, les Francas, le CDDP, la ligue de l’enseignement à destination d’animateurs socioculturels, enseignants et autres responsables de lieux culturels. « Nous parlons du parcours scientifique à des littéraires, comment monter un projet scientifique à l’école, où trouver les ressources… Nous souhaitons montrer que la culture scientifique et technique peut se mêler au reste » explique la jeune femme.

En plus de l’animation, Cap sciences excelle dans le montage d’expositions scientifiques. Au fil des années, le CCSTI s’est forgé une expertise dans l’ingénierie de projet. Arnaud Tornier, le responsable de la production a même « créé une trame de conception d’une exposition en 200 étapes, depuis l’idée jusqu’à la pose du dernier panneau ». Cette expertise est mise à disposition des entreprises locales, comme le résume Bernard Favre : « nous souhaitons mieux faire connaitre la recherche et l’industrie de la région et les faire rayonner. Pour cela, nous produisons des serious games (3) qui présentent les industries innovantes, nous faisons travailler les start-up locales et développons la compétitivité régionale ». Autant d’exemples présentés dans la galerie industrie & recherche avec notamment un espace dédié aux portraits de chercheurs (4).

Cap sciences contribue aux recherches de l’Université de Bordeaux en fournissant aux sociologues les résultats de ses enquêtes. Le centre profite même d’un chantier, celui du futur pont Bacalan-Bastide, au pied du CCSTI et dont la livraison est prévue en 2012, pour créer des expositions (5).

Autre corde à l’arc de cette bande de sympathiques hyperactifs : l’édition. Alexandre Marsat, journaliste et ancien étudiant en anthropologie gère notamment la rédaction en chef du trimestriel H20 (« hangar n°20 » et non H20 pour les curieux) créé il y a sept ans et en vente dans les principaux kiosques aquitains. Il a la responsabilité de cinq journalistes pigistes et quatre photographes qui ont tous la carte de presse (6). Les scientifiques qui interviennent dans la revue sont directeurs des laboratoires et industries de la région (ex : maladies neurodégénératives, pêche en Aquitaine…). Cap sciences édite également une revue annuelle, des journaux d’exposition, des marque-page « portrait de chercheur », une planche de BD pour la Fête de la science…

Selon Alexandre Marsat, parmi les sujets qui « marchent » dans sa revue, l’archéologie figure en bonne place. Pas étonnant que Cap sciences ait créé un satellite uniquement dédié à l’archéologie, Cap Archéo, implanté dans les dépôts archéologiques de la Gironde à Pessac (7). Une belle réussite de décentralisation avec 3607 personnes concernées en 2009 dont 2900 jeunes (actions éducatives), 176 personnes en formation et 1588 personnes lors d’événements.

Avec ses 250 m², ses modules de fouilles grandeur nature, son espace de documentation et son labo conçu pour l’expérimentation, « c’est un des seuls programmes archéologique français à être rattaché à un CCSTI » explique Nathalie Chevalier, anthropologue détachée de l’Inrap et responsable de Cap Archéo. Les autres sont rattachés à des musées. « Cela démontre que l’archéologie n’est pas qu’une science humaine ». Ici aussi le CCSTI fait montre de son expertise avec l’exposition « Mission Archéo » (8), actuellement itinérante.

Des fondateurs visionnaires, une équipe jeune et enthousiaste… Cap sciences est engagé dans une bonne dynamique. Le prochain défi sera de la pérenniser.

Notes

  1. Espace au 2ème étage de Cap science où sont organisés des rencontres, événements culturels comme les « dimanches de la science », réceptions de partenaires, AG d’associations…
  2. Le Forum départemental et Cap sciences sont parmi les seuls CCSTI qui conçoivent des expositions pour un très jeune public.
  3. L’exemple le plus connu est le serious game Clim’City, rebaptisé Clim’Way.
  4. Voir la page dédiée à la galerie et lire l’article de Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI La Casemate (Grenoble) sur son blog (mars 2008).
  5. Le chantier est présenté dans un kiosque d’observation au Café des sciences qui préfigure la future exposition au rez-de-chaussée.
  6. La revue est inscrite à la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP).
  7. Cap Archéo sera suivi par l’autre satellite Côté sciences.
  8. Voir le dossier pédagogique de l’expo.

>> Illustrations : Knowtex (Flickr, CC)

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