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Cap-sciences.num ou la métamorphose numérique d’un CCSTI

Le 6 octobre 2010 par Marion Sabourdy

Trois ans. C’est le temps que Cap sciences s’est donné pour transformer entièrement son fonctionnement en passant au numérique. Depuis 2008, le CCSTI a lancé un « programme global d’évolution vers l’économie numérique » nommé Cap-sciences.num, sous l’impulsion de Jean-Alain Pigearias. « Cap-sciences.num fait bouger les lignes. Il impacte directement tous les salariés et doit être transversal pour ne pas gaspiller du temps. C’est un projet profondément culturel car il agit en même temps sur plusieurs leviers » résume le co-fondateur du centre. Plusieurs chantiers ont ainsi déjà été mis en œuvre.

Avant toute velléité d’action vers le public, il convient d’améliorer « le réseau interne, la connexion vers l’extérieur, les capacités des serveurs » de Cap sciences et de mettre en place « des interfaces et des logiciels ainsi qu’une culture de partage des données afin d’optimiser les productions » du CCSTI. Les responsables de Cap sciences et notamment Arnaud Tornier s’y emploient actuellement. Trois autres chantiers importants voient également le jour, qui touchent respectivement l’édition, l’exposition et la médiation.

Du côté de l’édition, une plateforme multimédia d’information scientifique régionale, Infosciences-Aquitaine a été lancée le 25 septembre 2009. Ce site « témoigne de l’ensemble de l’actualité régionale de l’innovation scientifique, technique et industrielle ». Coordonnée par Alexandre Marsat, elle comprend « des reportages écrits, vidéos, sonores et photographiques ». « Infosciences permettra de rassembler sur un seul site toute la production éditoriale de Cap sciences, explique le journaliste, celle-ci concerne aussi bien le magazine et la revue que les textes affichés dans les expositions », sans oublier les portraits de chercheurs et de laboratoires, les émissions de radio, la webTV et les dossiers thématiques sur la recherche et l’innovation.

L’équipe procède donc à la numérisation d’un grand nombre de contenus déjà existant et tente de mettre au point une chaîne d’édition pour les futurs contenus : « A partir du synopsis d’une exposition, nous souhaitons produire un dossier de presse, les communiqués de presse, une newsletter, des dossiers pour l’itinérance de l’exposition, etc. ». Un projet qui permettra de « revaloriser nos contenus », de faire revivre les anciennes expositions et de toucher un public différent « comme par exemple les étudiants avec la web-radio ».

Du côté des expositions, le numérique s’intègre petit à petit « pour offrir plus de contenus accessibles selon les profils et choix des visiteurs ». Ces nouveautés ont été testées pour la première fois en février dernier avec l’exposition « Consom’Attitudes ». C’est dans ce cadre que l’équipe de Cap sciences a testé pour la première fois la technologie « Visite Interactive Personnalisée » (VIP).

A l’entrée de l’exposition, le visiteur se voit délivrer une carte munie d’une puce RFID (le « numpass » ou « navinum »). Il y enregistre d’abord de manière anonyme quelques données sur son profil, qui peuvent servir à des projets de recherche (1). Plus tard, ces données pourront également servir à une adaptation du niveau de l’exposition à son âge, ses centres d’intérêts ou sa nationalité. Pendant toute la durée de sa visite, il enregistre ses réponses aux différentes questions sur des bornes spéciales, les « numport ». A son retour chez lui, le visiteur pourra se connecter à son espace privé sur le site de l’exposition, créer un compte à partir de son numéro de puce, comparer son parcours et ses réponses à ceux d’autres visiteurs, revoir l’exposition, refaire les jeux pour améliorer son score ou encore commenter les articles. Notre spectateur lambda est alors devenu un « sciencesOnaute ». Sébastien Cursan, le responsable de la médiation numérique évoque un projet d’aménager la médiathèque du centre pour avoir accès à la « galaxie des sciencesOnautes » et voir la communauté évoluer en direct.

Sébastien a entamé une réflexion sur la « mise en scène des savoirs ». Les responsables de Cap sciences souhaiteraient proposer une « navigation dans un milieu éclaté, ou tous les contenus sont présents simultanément pour désorienter volontairement le visiteur », comme le fait par exemple l’entreprise de design d’espaces Electronic Shadow. À noter tout de même, pour l’instant, l’absence de message privés ou d’interaction directe entre les scienceOnautes, ce qui limite pour l’instant l’expansion d’une véritable communauté. Les membres de Cap sciences poursuivent leurs efforts pour intégrer petit à petit le numérique dans tout le bâtiment (2) et inversement créer des expositions entièrement virtuelles présentées dans plusieurs sites internet « satellites » du principal.

Enfin, dernier chantier et pas des moindres : la médiation. On peut même le considérer comme le plus dur, car le plus transversal. Il concerne à la fois la rencontre avec le public dans le centre et l’animation de la communauté sur internet. Cap sciences souhaite se positionner comme un lieu où s’articulent le monde virtuel et le réel, « une zone de frottement entre ces deux mondes, un laboratoire d’observation de nouvelles pratiques » précise Sébastien. C’est ainsi que Sébastien, Alexandre et Vincent Clarenc, le webmaster ont lancé le projet de « Média Lab ». Les trois hommes, jusqu’ici éclatés géographiquement, se rassemblent dans un même lieu pour coordonner leur travail et « faire prendre conscience des changements que le numérique induit ».

En tant que médiateur formé « à l’ancienne », Sébastien Cursan se demande : « Quand un visiteur entre à Cap sciences ou quand un internaute arrive sur le site : quelle aventure peut-on lui proposer ? Comment l’impliquer dans un récit, notamment via le numérique ? ». La réflexion concerne donc la déambulation physique dans le bâtiment et virtuelle sur les sites. Le jeune homme n’a pas été choisi au hasard. Il a déjà été animateur sur l’exposition « Planète numérique » en 2000 et travaille actuellement à « Numériquement vôtre », créée par l’Espace des sciences à Rennes.

Pour « Consomm’Attitudes », il a étudié avec un stagiaire l’impact du numérique sur le public et les animateurs, notamment la  façon dont ces personnes s’approprient les outils comme la puce RFID. Du côté des animateurs, « nous avons observé la manière dont ils se servaient des outils numériques. Ceux-ci étaient-ils utilisés pour mieux vulgariser ou au contraire constituaient-ils un frein à l’animation ? ». Du côté des visiteurs, « nous donnions des explications avant l’entrée dans l’exposition. Ce travail d’observation et d’accompagnement sur les outils n’est jamais fait dans les autres CCSTI ».

Et le public n’est pas le seul à devoir être rassuré. Le passage au « tout numérique » inquiète visiblement les médiateurs. « Bugs », perte de contrôle, de temps, du contact humain, non maîtrise de l’outil, évaluation du travail sur de nouveaux critères, « traces » indésirables sur les réseaux sociaux voire disparition pure et simple du métier de médiateur… La liste des peurs est longue et freine certains membres du CCSTI dans leur appropriation du numérique.

Pour atténuer ces angoisses et rendre le site plus attractif, Vincent propose de nombreuses idées : évolution du blog, petites vidéos filmées « à la Antoine de Maximy » caméra à l’épaule dans le centre, interviews de 1 à 2 minutes des conseillers scientifiques quand ils se déplacent au CCSTI, interface du site plus riche, activité plus importante sur les réseaux sociaux… Le webmaster souriant et enthousiaste prend comme exemple le Muséum de Toulouse pour ses activités sur le web.

Les enjeux économiques, politiques et culturels de Cap-science.num sont nombreux et découleront des choix actuels. Ce projet n’est visiblement pas un gadget dans l’arsenal du CCSTI bordelais. La réflexion que mène le centre prouve qu’il a un rôle à jouer au sein des structures françaises de culture scientifique, afin de rester prescripteur dans ce domaine.

Notes

  1. Dans le cas de l’exposition Consom’Attitudes, des sociologues de l’université de Bordeaux ont participé au dépouillement et à l’étude des données. À ce stade, les données des visiteurs ne sont associées qu’à des numéros, comme préconisé par la CNIL pour des raisons de respect de la vie privée.
  2. À noter d’autres innovations, présentées dans le dossier de presse mais que nous ne développerons pas ici : le kiosque d’observation de la construction du Pont Bacalan-Bastide (bornes numériques et périphérique multitouche 3D nommé Cubtile réalisé par la société Immersion), le carnet de bord numérique de l’exposition « Décollage immédiat » (quizz sur un iPod) et le projet de recherche InSTincT en partenariat avec des équipes de l’Inria et la société Immersion.

Cap sciences sur le web

Site principal : Cap-sciences.net (376 977 visites, 8 066 436 pages vues, 4’ de temps moyen sur le site)

Les expos virtuelles : Aquitaine sortie des eaux (2004), Sur les Traces de l’Homme en Aquitaine (2006), Sociétés humaines en Aquitaine (2007), Climway (2008, à noter 303 771 visites, 3 816 696 pages vues) Question de paysages en Gironde (2010), Consomm’Attitudes (2010)

Les éditions : Infosciences (6357 visites, 35 297 pages vues, 9’ sur le site)

Facebook : page (375 fans) et compte (388 amis)

Twitter : @capsciences (258 followers)

FlickR : Galerie de photos (1800 photos, 23 000 vues en 2009. Depuis janvier 2010, doublement des vues)

Dailymotion : Capsciences (98 vidéos et 28 761 vues) et Infosciences (56 vidéos et 18 781 vues). Depuis janvier 2010, doublement du nombre de vidéos

Source des chiffres : interview de Vincent Clarenc et rapport d’activité 2009.

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