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Chercheurs, journalistes, amateurs de sciences : le web en trait d’union

Le 6 avril 2012 par Marine Soichot

La recherche n’est pas qu’une histoire d’éprouvettes et de pipettes. Il faut aussi animer une équipe au sein d’un laboratoire, présenter son travail dans des colloques, échanger avec des confrères dans des séminaires, écrire et publier des articles, etc. Le chercheur écrit, dessine, schématise, parle, écoute. Bref, il communique. Comment le web modifie-t-il les pratiques ? Voici un tour d’horizon non exhaustif des us et coutumes chez les chercheurs mais aussi chez les journalistes et les amateurs de sciences.

Les carnets de recherche

Renouant avec le traditionnel cahier de laboratoire, des chercheurs racontent au quotidien leur travail. La plate-forme Hypothèses développée par le Cleo (CNRS) rassemble ainsi plus de 600 carnets de recherche en sciences humaines et sociales. Certains sont tenus par un chercheur, d’autres par une équipe, d’autres encore relatent les avancées d’un projet de recherche particulier. Les intérêts pour les chercheurs sont divers : faire évoluer ses méthodes et sa vision, participer à l’évolution d’un domaine de recherche, faire des rencontres et échanger, s’ouvrir à d’autres disciplines, etc. Research blogging est une autre plateforme, anglophone et pluridiscplinaire.

Les réseaux sociaux

À l’image des réseaux sociaux à visée professionnelle (LinkedIn, Viadeo), les chercheurs diposent aujourd’hui de plateformes dédiées : Academia.edu et ResearchGate dans toutes les disciplines ou encore BiomedExperts dans le domaine biomédical. ScienceFeed, quant à lui, est un réseau de microbloging qui à l’image de Twitter permet d’échanger de courts messages. Sur MyExperiment, les chercheurs peuvent publier et échanger des schémas retraçant les expériences menées en laboratoire. Enfin, certains réseaux sont dédiés à la gestion et au partage de références bibliographiques : Mendeley, Zotero, CiteULike.

Le mouvement du libre accès

Face au système de publications en vigueur, contrôlé par quelques éditeurs qui font payer à prix d’or les abonnements aux revue de recherche, certains revendiquent le libre accès aux résultats et publication de la recherche publique. HAL est un système français d’archives ouvertes qui rassemble presque 200 000 documents (articles, thèses, etc.). À une plus grande échelle, PLoS (Public Library of Science) est un éditeur scientifique à but non lucratif. Au-delà de la publication des résultats sous forme d’article, certains vont plus loin et organisent partage des données. Plusieurs bases de données comme FigShare (généraliste) ou Ensembl (génomique) ont ainsi vu le jour.

Entre journalisme et communauté

Du côté du journalisme, le web a permis le développement de nouveaux médias consacrés à l’actualité scientifique. On remarque par exemple deux web TV: Universcience TV et Curiosphere TV.  Plusieurs projets de site d’information scientifique ont été portés par des musées et centres de sciences, mêlant média web et exposition : Sciences Actualité à la Cité des Sciences et de l’Industrie, EchoSciences Grenoble à La Casemate (Grenoble), Info Sciences Aquitaines à Cap sciences (Bordeaux) ou encore Antenna au Science Museum de Londres.

Des espaces hybrides se sont développés allant au-delà de la simple diffusion des résultats de la recherche.  Entre blogs de recherche et blog de vulgarisation, sont apparus un troisième genre, les blogs de sciences. Tenus par des chercheurs, des enseignants, des étudiants, des naturalistes amateurs, ils parlent de science mais aussi sur la science elle-même, parfois au delà du domaine d’expertise strict de leur auteur. Dans le monde francophone, le C@fé des Sciences rassemble plusieurs de ces blogs.

À partir d’un site de social bookmarking (référencement de liens) et d’un blog, le réseau Knowtex constitue une communauté de journalistes, enseignants, médiateurs scientifiques et amateurs de sciences. Le réseau Plume! Est quant à lui plus centré sur la vulgarisation scientifique. Il permet à chacun de publier et contribuer à des articles. Ces réseaux sont autant d’occasion de rencontres entre des chercheurs et divers publics. Les échanges sont parfois organisés en événements comme dans l’opération « I’m a scientist. Get me out of here ! » où des enfants dialoguent durant plusieurs jours avec des chercheurs puis élisent celui qu’ils ont trouvé le plus clair et pédagogue dans ses explications. Le chercheur lauréat reçoit un prix pour réaliser une action de communication scientifique.

Des jeux, des chercheurs et des citoyens

Comme dans d’autres domaines, on observe un processus de gamification. Les jeux scientifiques se multiplient, souvent dédiés à la compréhension de phénomènes et à l’acquisition de connaissances. Développée au Quebec, la plate-forme Science en jeu propose une multitude de jeux relatifs à plusieurs disciplines. Sur la base de contenus scientifiques, un second type de jeux vise à sensibiliser le joueur sur telle ou telle question de société (Clim’way sur le changement climatique, Cancer Game sur la préventions du cancer) ou à lui faire découvrir des métiers scientifiques (Projet M2C pour les métiers de la chimie, Power of research pour le métier de chercheur).

Les ressorts du ludique sont également mis à profit dans des projets de recherche participatives ou citizen science.  Le plus célèbre est sans aucun doute Foldit, un jeu de pliage de protéines. Les formes de protéines issues du jeu ont été intégrées à des données de recherche faisant l’objet de véritables publications scientifiques. C’est l’intelligence collective de milliers de personne réfléchissant sur un même problème qui est ici mise à profit.

Les projets de recherche participatives consistent la plupart du temps à associer des volontaires à la collecte de données. Les exemples sont nombreux dans le domaine de l’environnement avec des inventaires et suivis de faunes et de flores. En France, le Muséum National d’Histoire Naturelle coordonne plusieurs actions de ce genre dont Spiroll sur le suivi des insectes pollinisateurs.

À une plus grande échelle, la chaine de télévision Arte a lancé en 2012 Opération Printemps où chacun est invité à observer, relever et partager les modifications dans l’environnement dues aux changements climatiques. Dans le champ anglophone, sur inaturalist, chacun peut documenter ses observations dans le milieu naturel contribuant ainsi, rêvons un peu, à la plus grande base de données naturaliste du monde.

>> Illustrations : sjcockel (Flickr, CC), Marion Sabourdy.

1 commentaire

  1. Laurent Chicoineau le 15 avril 2012 à 21:51

    Merci Marine pour ce papier bref, synthétique et très complet ! Peut-être pourrait-on ajouter la dimension data viz à cet état des lieux ? En tous les cas, merci d’avoir référencé Echosciences Grenoble, un p’tit nouveau d’à peine 1 mois qui va s’orienter vers plus d’interactivité et de service à la communauté des amateurs de science :)

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