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Diane Drubay ou l’innovation numérique dans les musées

Le 13 mai 2011 par Lorena Biret

Diane Drubay, fondatrice de Buzzeum, nous a accueillis après les Rencontres culture numérique autour d’un déjeuner non loin de la rue Mouffetard. L’occasion d’en savoir plus sur ses projets, allant du Musée Jean-Jacques Henner à la Nuit des Musées, à laquelle l’agence participe depuis 2008.

Diane Drubay, l’âme de Buzzeum

Après une formation à l’Institut de Préparation à l’Administration et à la Gestion (IPAG) de Paris, Diane complète son parcours par un Master d’Economie de la Culture à la Sorbonne en 2008. Là, elle effectue un stage  au service communication de la Direction des Musées de France (DMF), un département du Ministère de la Culture ainsi qu’un autre au Musée d’Orsay.

C’est dans le cadre de sa formation qu’elle crée le blog Buzzeum qui mêle médiation culturelle et pratiques numériques. Ce blog se transformera ensuite en agence de communication et de stratégie culturelle, qui se veut également laboratoire, incubateur d’idées et de projets.

Pour Diane, l’innovation permanente est une véritable obligation afin de rester à la page vis-à-vis du public. Mais la tâche se révèle ardue, car il faut faire bouger les fondamentaux et les rouages institutionnels. « Les idées plaisent souvent, mais il y a rarement quelqu’un pour mener à bien des projets innovants de A à Z » déplore Diane. Pourtant, quand la volonté est là, de belles initiatives voient le jour… comme au Musée Henner.

Henner intime

Le Musée Jean Jacques Henner a réouvert ses portes en novembre 2009, après deux années de restauration. Installé dans un hôtel particulier du XIXe siècle, dans le 17e arrondissement de Paris, il est consacré à l’œuvre du peintre Jean-Jacques Henner (1829-1905). De son Alsace natale à Paris où il a fait carrière, en passant par la Villa Médicis où il a séjourné suite à son Prix de Rome, les collections retracent l’itinéraire d’un artiste qui, au début du XXe siècle, était considéré comme un des plus importants de son temps.

Lors de sa réouverture, les responsables du musée se sont tournés vers Diane Drubay. La jeune femme a alors tenu à bout de bras le projet de transfiguration du musée, afin de le positionner en « prototype » de l’innovation numérique et technologique. Elle a l’idée de personnifier feu Jean Jacques Henner via un compte Facebook, une chaîne Dailymotion, un compte photo Flickr et un site/blog. Tous sont gérés par Diane Drubay.

Pour compléter cette activité « on line » est organisé chaque mois depuis novembre 2009  un évènement au Musée. Le dernier a eu lieu  le 7 avril et fût une belle occasion d’accueillir les séances de dessin avec modèles vivants du Dr Sketchy’s Anti Art School.

La Nuit des Musées, 7e édition

Autre projet, autre style, mais toujours autour des musées. A l’origine de la Nuit des Musées, il y avait le Printemps des Musées, créé en 1999. C’est en 2005 que l’évènement devient européen et… nocturne. À ce jour, 42 pays Européens participent à la Nuit des Musées. Mais pourquoi la nuit ? Essentiellement pour apporter une autre atmosphère, une lumière, un point de vue différents, et surtout pour attirer un public plus jeune et noctambule. Mais l’objectif de la Nuit des Musées est aussi d’offrir la possibilité à tous d’accéder aux musées, quelque soit la catégorie sociale, ou encore l’âge.

2005 a donc été une année charnière pour l’événement, non sans difficulté car il fallait évoluer dans  la gestion et l’organisation mais aussi et surtout dans les moyens de communication  Première mini révolution, en 2008, lorsque Diane, alors stagiaire au service de  communication de la DMF, créé une page profil Facebook « Nuit des Musées ». Un casus belli au sein du Ministère qui ne veut pas entendre parler de Facebook. Mais Diane est tenace et poursuit son initiative. En mai 2008, le site de la Nuit des Musées est mis en ligne. En décembre 2008, le compte Flickr nait, permettant de retrouver en photo les éditions de ces Nuits des Musées et autres opérations montées pour l’occasion.

2009, une année sans partenariat Buzzeum / Nuit des Musées, mais seulement du conseil. Cependant, un compte sur Dailymotion ainsi qu’ un  blog de la Nuit des Musées voient le jour. Sur Facebook, le groupe Nuit des Musées est créé afin de pouvoir échanger ses programmes.

La seconde révolution intervient l’année dernière avec la création d’un compte @nuitdesmusees, en prévision d’un partenariat avec le réseau social de micro-blogging Twitter. Un nouveau concept s’ensuit, La Nuit Tweete, dont le principe est simple : échanger sous forme de messages de 140 caractères maximum ses commentaires, impressions, conseils, liens, photographies de l’événement avec sa communauté. Cette opération d’envergure européenne prend racines dans la culture web 2.0 et a pour principaux objectifs de fédérer l’ensemble des participants à la Nuit des musées (institutions organisatrices, musées, visiteurs) autour d’animations pédagogiques, ludiques, et favoriser par ce biais une nouvelle forme de sociabilisation grâce aux outils numériques de partage . Pour cette première avec Twitter, 42 musées participaient, avec un enthousiasme certain.

Pour l’édition 2011, l’opération La Nuit Tweete est reconduite devenant également Européenne, avec  une quarantaine de musées partenaires dont le Centre Pompidou, la Monumenta. Aussi, de nombreux petits musées se sont invités à la fête. Un bon moyen pour eux, qui ne sont pas encore vraiment sur internet,  de commencer à toucher ce nouveau public via une opération facile à mettre en place et ayant la visibilité de la nuit des musées. Les publications des participants seront rassemblées sur Twitter grâce au hashtag #NDM11.

Un groupe Flickr a été créé pour centraliser une banque d’images collaborative géante sur la Nuit des musées 2011. Le mot-clé utilisé sur Flickr (#NDM11) est le même que celui de Twitter #NDM11.

Au-delà de Twitter

Cherche Tom dans la nuit est le nouveau jeu transmédia, ou « Alternate reality game » (ARG) de ce cru 2011. Véritable chasse au trésor grandeur nature  ce jeu permet à l’internaute de suivre le déroulement  d’une histoire, au travers l’utilisation de nouvelles technologies et d’une communauté d’utilisateurs IRL (« in real life ») et de joueurs en ligne.

« Plus qu’un jeu de devinette, les ARG sont avant tout une nouvelle manière de raconter des histoires. Ce sont des fictions qui se jouent dans la vie réelle, au lieu d’être confinées dans les pages d’un livre ou sur les images d’un l’écran. Les joueurs peuvent voir l’intrigue éclore et se déployer en temps réel […]. C’est une expérience interactive beaucoup plus riche et amusante », explique Adrian Hon (co-fondateur & directeur artistique chez Six to Start, Games Designer, Puppetmaster, et journaliste pour The Telegraph).

Mobile or not mobile, that’s the question ! La Nuit des Musées le sera bien cette année à travers une application (gratuite et compatible iPhone + iPad). Elle offrira le programme des musées participants, une recherche géolocalisée, une autre  par événement, ainsi que les horaires des différentes animations prévues à travers toute l’Europe lors de cette nuit culturelle. Elle proposera également de suivre le « live-tweet » des visiteurs via l’opération La Nuit Tweete. Aussi on pourra personnaliser l’appli en créant son propre programme et bien sûr le partager avec ses amis sur les réseaux sociaux.

Une prise de conscience de la part des Musées…

La mutation du Musée Henner et les initiatives de la Nuit des musées sont symptomatiques d’un renouvellement du monde des musées, entamé depuis 2009 environ. Nombre d’entre eux ont compris l’importance de l’interactivité avec les visiteurs, et de leur fidélisation en adoptant une stratégie « digitale » au long terme. Les musées se montrent ainsi de plus en plus soucieux de leur image de marque. Ainsi, une réelle évolution est remarquée sur l’élaboration graphique et fonctionnelle de leur site web, véritables vitrines pour attirer le curieux.

Comme toute marque, celle-ci se doit de gérer sa « e-reputation » sur le web en tâche de fond et proposer une expérience nouvelle aux visiteurs. Ces deux nouveaux impératifs poussent donc à l’innovation, et à l’amélioration de l’échange établi avec les visiteurs. On prendra l’exemple du Museum de Toulouse et du Centre Pompidou qui s’inscrivent comme précurseurs dans le développement de ces problématiques culturelles sur internet.

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