Du côté de la Bretagne : l’Abret en mots-clés

Le 2 mai 2011 par Marion Sabourdy

L’Abret, un des plus anciens CCSTI français a fait sa mue en 2010 pour réapparaître cette année avec une nouvelle remorque d’expositions itinérantes et de nombreux projets. Le président Michel Tréheux, le trésorier Michel Urien et le coordinateur régional Victor Riche nous présentent l’Abret en quelques mots-clés.

Bientôt 30 ans

L’Abret, pour Association bretonne pour la recherche et la technologie voit le jour en 1982 à l’initiative de Jean Le Mézec, membre de la direction scientifique du Centre national d’études des télécommunications (CNET). L’année suivante, le Ministère de la Recherche la charge de la constitution d’un réseau régional de la culture scientifique et technique en Bretagne. Proche des mouvements associatifs, l’Abret engage dès ses débuts une politique de soutien aux associations spécialisées telles les Petits Débrouillards et Planète Sciences.

Le « domespace » qui abrite les bureaux de l’association à Pleumeur-Bodou (22).

Une première collaboration avec la Caisse d’Epargne de Bretagne aboutira à la mise en place, en 1986 d’une remorque « Espace Ecureuil » qui fonde l’activité itinérante de l’association. En 1989, elle organise la deuxième Exposcience internationale (Brest) et soutient en 1992 la création du Planétarium de Pleumeur Bodou dans le cadre du projet Cosmopolis.

Les années 90 verront le développement des classes scientifiques. A partir des années 2000, l’Abret est chargée de la coordination régionale de la Fête de la science et organise des manifestations sur les quatre départements bretons. Elle compte aujourd’hui sept salariés et un bénévole formés aux sciences et à la médiation scientifique.

Un réseau structuré en trois pôles

Selon Michel Urien, « l’Abret a une structure éclatée en trois pôles dont chacun a ses caractéristiques propres, telles qu’ils se fondent au mieux dans leur environnement » :

  • le siège historique à Pleumeur Bodou (près de Lannion), « une zone qui détient le record du nombre d’ingénieurs au km² » sourit Michel Tréheux. Les quatre salariés (dont un itinérant avec la remorque des sciences) travaillent en forte coopération avec plusieurs associations. Ce pôle est en charge de la conception de nouvelles expositions, l’accueil de classes scientifiques pour des jeunes du primaire, les relations avec l’ENSSAT, une école d’ingénieurs de Lannion et l’IUT.
  • un pôle dans la banlieue de Saint-Brieuc inséré depuis 2009 dans le Zoopôle, sorte de pépinière spécialisée dans la sécurité alimentaire. Les deux salariés présents animent un espace dédié aux sciences (conférences, cafés-sciences) à côté de la « Cité des Métiers ».

Des événements variés

L’Abret profite de son implantation dans trois villes pour tester des formats différents : Quartiers de Sciences à Brest, Griffons la science, les Défis scientifiques du 22 ou encore la Semaine du cerveau (une première !) à Saint-Brieuc, la Fête de la Science dans les trois villes.

Très souvent, le but est d’amener la science là où on ne l’attend pas, dans les quartiers défavorisés par exemple, à grand renfort de conférences (17 en 2010), animations, cafés-sciences. Ces événements sont créés en concertation avec les chercheurs, le milieu éducatif, les responsables politiques et les services techniques des villes. La dernière initiative de l’Abret : amener les élèves du secondaire en immersion dans l’université de Brest.

Des expositions créées et animées

« Nous créons environ une grande exposition et une petite chaque année, indique Michel Tréheux, nous animons la grande exposition et également des expositions extérieures, selon les besoins des villes ou des organisations ». Le président compare cette production à celle du Palais de la Découverte «en son temps» : des manipulations avec des outils simples (voir les expositions actuelles).

« Nous développons des malles pédagogiques à partir de nos expositions, qui comprennent des expériences en format réduit. Nous avons par exemple 9 malles sur la lumière, qu’on emmène dans les classes ». L’association travaille étroitement avec un réseau de 300 chercheurs qu’elle contacte suivant les années thématiques, ainsi qu’avec des professeurs. L’Abret a également des contacts avec le British Council, qui leur propose régulièrement des expositions.

Un territoire quadrillé

Dépourvue d’espace d’exposition mais très active dans la conception de celles-ci, l’Abret s’est très tôt équipée d’une remorque d’exposition pour quadriller son territoire et aller à la rencontre de son public. « En 2009 et 2010, nous avons accueilli 20 000 visiteurs par an, indique Michel Tréheux, nous allons dans des lieux où la culture scientifique est absente ».

L’association s’installe pendant une semaine dans une ville ou une école et propose des activités de médiation scientifique, à l’image du Scientibus de Limoges (voir notre reportage). La première semi-remorque « Roule ta science » date de 1986 et présentait depuis 2009 l’exposition « Les ondes en question » dans 50 villes partout en France. Michel Tréheux en parle : « nous avons réalisé cette exposition avec la Fondation Santé et Radiofréquences, en restant impartiaux vis-à-vis des opérateurs de télécommunications ». La nouvelle remorque sera inaugurée en mai, à Pleumeur Baudou, avec l’exposition « A la lumière des lasers », créée en 2010 à l’occasion des 50 ans du laser, une thématique qui tient à cœur aux membres de l’association, pour beaucoup (ex-)chercheurs dans ce domaine. « Cette nouvelle remorque de 70 m² se déploie de chaque côté comme des poupées russes, explique Michel Tréheux, elle a été réalisé par l’entreprise Toutenkamion (Loiret) spécialisée dans ce domaine ».

Les Cafés-sciences Junior

Profitant de sa présence sur trois sites, l’Abret organise des « Cafés-Sciences », sortes de rencontres-discussion entre chercheurs et grand public. « Mais nous nous sommes vite rendus compte que le public était relativement âgé » remarque Michel Urien. L’équipe a alors récemment décidé de faire évoluer le concept en « Cafés-Sciences Junior ».

L’initiative est pour l’instant cantonnée au site de Lannion, riche de son école d’ingénieurs (ENSSAT) et de son IUT. Les étudiants, par groupes de 4 ou 5, sont incités à prendre en mains l’organisation, la recherche d’intervenants et l’animation de ces soirées, avec l’appui de l’Abret. Les précédentes soirées avaient pour thème le sommeil, les réseaux sociaux et l’amour, et ont drainé un public nombreux et rajeuni. « Les étudiants jouent vraiment le jeu, sourit Victor Riche, nous sommes passés d’environ 5% à 80% d’étudiants présents dans le public ». Le prochain Café, le 12 mai, abordera le thème du cerveau et des illusions d’optique. Une initiative qui contribue à rapprocher l’Abret de ce public d’étudiants ingénieurs.

Les nouvelles technologies

Concernant le numérique, l’Abret se pose actuellement beaucoup de questions. Conscients de l’avantage des réseaux sociaux, ses membres ont récemment découvert Facebook et Knowtex, en parallèle de la refonte du site internet. Mais leur ambition diffère de celle d’autres centres, avec un projet d’espace virtuel pour la diffusion de la culture scientifique et technique. « Beaucoup de technologies sont actuellement développées autour de la visualisation 3D, de la réalité virtuelle et augmentée, remarque Michel Urien, nous souhaitons travailler dans ce sens avec le Centre européen de réalité virtuelle (Brest), l’Ecole supérieure d’Arts de Brest pour l’architecture 3D et l’IUFM de Bretagne pour la partie pédagogique ». Un projet baptisé MUSUREVA dont les premières réalisations sont créées sur le thème des lasers, et dont le développement nécessitera vraisemblablement 3 à 4 ans.

Le tourisme scientifique

« Notre pôle de Pleumeur Bodou est situé dans un environnement très favorable au tourisme scientifique avec la Cité des Télécom, le plus grand planétarium de France, un réseau d’antennes vestige des télécom spatiales, la géologie locale, des activités possible sur le thème de la mer, des algues… » liste Michel Tréheux.

Depuis début 2011, l’Abret souhaite valoriser les associations locales, si possible hors saison, en leur amenant des visiteurs dans le cadre de séjours ou journées spécialisés ou généralistes. « Cette initiative prolonge une activité de classes scientifiques démarrée il y a 30 ans, les Classes Trégor, du nom d’une province de Bretagne » complète Michel Urien. L’association a accueilli jusqu’à 30 classes par ans, dans des hébergements de l’Ile-Grande. Ces classes découvertes sont pour l’instant plutôt destinées aux élèves de la région parisienne avec le soutien de la Mairie de Paris. L’Abret souhaite poursuivre son activité avec des enfants de maternelle, avec une préférence pour le thème de l’environnement.

Pour aller plus loin :

Voir les interviews audio et vidéo de Michel Tréheux et de Victor Riche

La page « Historique » sur le site de l’Abret

>> Illustrations : Abret

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