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Émission #fail sur France Culture ?

Le 27 novembre 2010 par Antoine Blanchard

« Comment le numérique peut-il développer la culture scientifique ? ». Tel était le thème de l’émission « Science publique » du 19 novembre (animée par Michel Alberganti) avec Etienne Klein, Alexandre Moatti, Pierre Olivier Pulvéric et Bruno Racine.  Le débat s’annonçait ambitieux… Mais l’émission aurait dû s’appeler « Comment la numérisation du savoir peut-elle contribuer à diffuser la connaissance scientifique ? » vu l’angle étroit qu’elle s’est donné pour aborder le sujet.

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Vous avez dit numérisation des ressources ?

Les œuvres historiques de la science sont numérisées de manière partielle ou intégrale (100 000 ouvrages / an) rapporte Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Celui-ci venait notamment discuter de l’accord signé le 7 octobre avec Microsoft pour l’indexation sur le moteur de recherche Bing de ses œuvres numérisées.

La bibliothèque en ligne Gallica de la BnF devrait compter 1,2 million de documents en 2011, pendant que Google Books s’impose aussi sur ce marché et passe un accord avec l’éditeur Hachette pour la numérisation de 40 000 à 50 000 œuvres en langue française aujourd’hui épuisées.

Avec un marché colossal et une logique de partenariats public/privé en plein essor, il ne faut pas oublier que dans le domaine scientifique se pose la question de la légitimité des sources, prévient Pierre-Olivier Pulvéric, invité au titre des Assises du numérique dont il est le Commissaire général adjoint.

Tant d’informations, comment ne pas se noyer ?

Pour Alexandre Moatti, blogueur et président du comité éditorial de Science.gouv.fr et de Bibnum.education.fr : « Internet, c’est une confiance entre contributeurs ». L’internaute doit, par conséquent, jouir d’une méthode, de repères, d’une éducation aux usages numériques. Surtout : d’une capacité de discernement et de tri, nécessaires à une identification des ressources de qualité, et une utilisation des moteurs de recherche qui s’apparente à la démarche de recherche du scientifique.

L’omniprésence de Google (et de son idéologie) soulève également la question de l’ordre des résultats de recherche (algorithmes de ranking), qui peut être déformé par le Search Engine Optimization ou la présence de liens sponsorisés sur le côté (qui sont de la publicité, purement et simplement).

Pour Bruno Racine, le savoir n’est plus un sanctuaire réservé à quelques initiés et touche plus de monde. Mais pour Etienne Klein, l’appropriation du savoir scientifique doit être linéaire, avec des passages obligés… or le magma du web ne permet pas d’en prendre le temps.

Une émission qui prend le petit bout de la lorgnette

Ces sujets sont intéressants mais à trop se focaliser sur la numérisation et le web, on en oubliait que la culture scientifique sur le web n’est pas que diffusion, et que le numérique ne s’arrête pas au web. Heureusement, Alexandre Moatti était là pour envisager l’idée qu’à l’heure des réseaux sociaux en tous genres, ceux dédiés à la culture scientifique (comme Knowtex ou la communauté du C@fé des sciences, que j’ai contribué à fonder) permettent peut-être d’envisager de nouvelles formes de « mise en culture de la science ».

En réalité, le numérique propose de nombreuses modalités d’engagement des communautés avec des contenus scientifiques, et des communautés entre elles (patients, scientifiques, chercheurs, blogueurs, amateurs…) autour de la culture scientifique. Qu’on pense aux serious games, plateformes de blogs et de partage de ressources, « débats participatifs » en ligne, pure players proposant d’autres lectures de la « science en train de se faire », webTV collaboratives… Le ciel est la limite comme disent les anglo-saxons !

Des invités triés sur le volet

Aux Assises du numérique (organisée par une agence de relations publiques), la table-ronde « Le numérique pour une nouvelle politique des savoirs » était animée par… Michel Alberganti. La pratique qui consiste à animer des débats s’appelle « faire des ménages » et c’est depuis longtemps une pierre dans le jardin de la déontologie des journalistes.

Le bulletin du Syndicat national des journalistes interrogeait en 1991 la « confusion des genres, due, par exemple, aux « ménages » effectués par certains de nos confrères, aux shows médiatiques télévisuels ou encore à l’omniprésence du sponsoring ou de la publi-info ».  Cette question n’a rien perdu de son actualité puisqu’elle était à l’ordre du jour des Assises du journalisme la semaine dernière. Servez la soupe à la personne qui vous embauche pour faire un ménage, comme ici, et on ne manquera pas de vous poser des questions. Dont acte.

D’autre part, il y a cette pratique du « Club Science publique » qui offre à Étienne Klein et Jean-Claude Ameisen (absent cette fois) un abonnement mensuel à l’émission. Je ne sais pas vous mais nous, cette pratique nous gêne. Et le regard d’Etienne Klein sur la culture numérique, bof…

Une occasion manquée au final

Comment ne pas contraster cette émission avec l’ébullition du « grand mix », la soirée mariant culture scientifique et culture numérique qui s’est tenue à la Cantine (haut lieu parisien de la culture numérique) le 5 novembre dernier ? (disclaimer : je suis à l’origine de cet événement)

Étudiants, chercheurs, blogueurs, internautes, « geeks », opérateurs de recherche et institutions de culture scientifique y étaient réunis pour écouter quelques spécialistes (Dominique Boullier du médialab SciencesPo, Jean Menu d’universcience et Pierre Barthélémy de Slate.fr), assister à la présentation de projets qui changent la culture scientifique numérique (citons OwniSciences, Prisme de tête, Sciences et démocratie, ArtScienceFactory, Hypotheses.org…) et réfléchir lors d’ateliers à deux questions :

Cet agent du changement, le magazine Politis l’a bien saisi dans l’article Controverses 2.0 publié la même semaine que l’émission de France culture. Extraits choisis : Nous sommes à la Cantine, lieu parisien hautement connecté, pour une première réunion en vie réelle d’un nouveau type de réseau, et c’est l’une des questions posées au public. Ici on parle de live-blogging, de serious games, de bookmarking ou encore de cross-post. Et pourtant l’univers en question est loin d’être hermétique. Il se veut même le lieu d’expression d’un nouveau type de lien social autour des controverses scientifiques. De jeunes initiatives qui ne passent pas inaperçues. (…)

Antonio Casilli est sociologue à l’EHESS, spécialiste des questions liées à Internet et partie prenante dans le projet OWNISciences« Internet ne dématérialise pas les pratiques de controverses sociotechniques classiques, mais les prolonge. Les forums citoyens en ligne peuvent bousculer les certitudes scientifiques. Ce n’est pas nouveau et a déjà été observé dès les échanges télématiques du pré-web en 1988. Des personnes atteintes par le VIH avaient réussi, dans un réseau de résistance civile électronique, à faire évoluer les protocoles d’essais cliniques américains. »

Alors, à quand un « grand mix » sur France Culture ?

>> Illustration : hans.gerwitz (Flickr, CC)

>> Article co-écrit avec Lorena Biret

5 commentaires

  1. Alexandre Moatti le 28 novembre 2010 à 12:23

    Je vous trouve un tantinet sévères voire acides dans votre compte-rendu de cette émission, à laquelle en effet j’ai participé.

    D’abord on ne peut pas comparer une émission sur F-Culture, entre « seniors », et une soirée comme « Le grand mix », plutôt entre trentenaires (j’étais content d’être à cette soirée moi qui ne le suis pas !). L »une et l’autre ont des objectifs différents, des invités différents, des publics différents. Or vous semblez les mettre en concurrence, ce qui n’a pas de sens. Voire même, sur d’autres commentaires que j’ai vus par ailleurs, semble percer un certain regret de ne pas avoir été invités (me trompè-je ?). Alors là je dis : 1) attendez d’être senior :)- 2) plus sérieusement, les deux initiatives (émission de radio et soirée grand mix) sont complémentaires : toutes les initiatives sont bonnes pour favoriser Internet et la culture scientifique.

    A cet égard, et c’est moi qui serai un peu acide là, mettez- vous un moment à la place des autres : certains pourraient penser que le grand mix c’est aussi « voir les choses par le petit bout de la lorgnette ». Qui peut prétendre détenir la vérité sur un aussi vaste sujet que « Internet et la culture scientifique »? N’y a-t-il pas danger, dans le domaine scientifique, à vouloir s’ériger en parangons de la Vérité ?

    Je souscris à votre impression selon laquelle on a surtout parlé de numérisation des savoirs. C’était peut-être dû à la présence de B. Racine de la BnF et à l’actualité de l’accord Google/Hachette. Peut-être aussi à mes anciennes fonctions de Secrétaire général de Bibliothèque numérique européenne (voir mon autre blog http://www.bibnum.info). Mais on ne peut nier que ce sujet est partie intégrante du sujet « Internet et la culture scientifique ». On est là sur France-Culture, et ce sujet du patrimoine n’y est pas incongru : d’ailleurs, et là je vous renvoie la balle, ce sujet est absent de vos réflexions – en tout cas celles que j’ai entendues à la soirée du grand mix. De même, un sujet que j’ai évoqué lors de l’émission, et absent de votre réflexion, celui de l’encyclopédie en ligne Wikipedia, partie intégrante du sujet. Comme quoi, on ne peut pas tout couvrir, au cours d’une soirée ou lors d’une émission – un peu de modestie.

    Pour moi, il y a un continuum qui s’étale comme suit : numérisation du patrimoine scientifique – encyclopédies en ligne – sites de culture scientifique et technique – Web 2.0 de la CST, blogs, réseaux sociaux.
    L’émission a beaucoup évoqué le premier sujet. On n’a pas pu parler du troisième sujet, ce qui est dommage – mais là il n’y a pas polémique comme dans le premier sujet (Google vs. BnF), ou innovation et mouvement comme dans le quatrième – et quand il n’y pas polémique il n’y pas débat dans les medias !
    J’ai moi-même évoqué ce sujet, le Web2.0 de la science, j’ai mentionné (dans le cours de l’émission, et dans mes « coups de coeur », lors du tour de table à la fin) le Café des sciences, Knowtex, etc . Peut-être même un peu trop, même ! Cela peut m’être reproché, comme sur le site de l’émission FC, où une commentatrice indique que j’ai « trop fait de publicité pour l’ancien concept des Cafés des sciences » (elle confond avec le concept de Bar des sciences, que je n’ai pas évoqué et pour cause puisqu’il n’a rien à voir avec Internet).

    Si je résume un peu brutalement : 1) Knowtex est né il y a deux mois d’après ce que j’ai compris (excellente initiative) 2) dans une émission de FCult (quand même un media de prestige, d’où vos réactions) consacrée au sujet, Knowtex jeune de deux mois est évoqué à plusieurs reprises 3) vous n’êtes pas contents ! Seriez-vous d’éternels contestataires, pour qui rien n’est jamais assez bien ?

    Vous m’ouvrez les yeux (et à cet égard je suis content d’être abonné à Knowtex) sur certains aspects liés à cette émission (les habitués, les renvois d’ascenseur – il est vrai que la présence de la personne des Assises du numérique n’apportait pas grand ‘chose à l’émission). Mais là aussi je vous trouve étonnamment acides ou susceptibles, notamment contre Michel Alberganti, ingénieur devenu journaliste (comme Alain Perez des Echos) et qui a passé sa vie à diffuser la science ! Vous consacrez un long paragraphe à quelque chose que vous avez raison de soulever, mais qui n’a qu’un lointain rapport avec le sujet, et que vous auriez pu mentionner plus brièvement et sans doute plus subtilement. J’arrête par crainte de tomber dans le même travers !

    Bref : pourquoi tant de hargne, quelque peu suspecte, sur un sujet qui devrait nous réunir tous ?

    A bientôt sur Knowtex !

    Alexandre

  2. Antoine Blanchard le 28 novembre 2010 à 13:37

    Merci Alexandre d’avoir pris le temps d’un commentaire détaillé. Tu as raison d’écrire que le sujet de la numérisation est important quand on parle de culture scientifique sur le web : ce n’était pas au centre de la soirée du grand mix mais le sujet était relativement présent dans l’atelier « temporalité et persistance des contenus numériques » : http://www.knowtex.com/blog/les-contenus-numeriques-de-limmediatete-a-larchivage/ L’exercice d’une émission de radio est ingrat et on ne peut tout dire en une heure. Mais si le contenu ne reflète pas le titre, ça me donne le droit de réagir… et de proposer que l’émission ait une suite, non pas qu’elle soit rayée des tablettes !

    Si donc il faut être senior pour être invité chez Michel Alberganti, je ne crois plus en rien. Et ma double amertume (un sujet en décalage par rapport au titre, un choix d’invités discutable) se trouve renforcée a posteriori. Ce n’est pas que la contestation m’anime mais quand je me sens légitime et compétent sur un sujet, ou quelques uns de mes camarades (dont tu fais partie), je trouve regrettable que ce même sujet soit mal défendu à une heure de grande écoute et sur une radio du service publique. Je pense que c’est une réaction naturelle.

    Tu écris que « toutes les initiatives sont bonnes pour favoriser Internet et la culture scientifique », je suis d’accord, et c’est pour ça que nous avons (avec Lorena, ma co-auteure) consacré deux chapitres au contenu de l’émission. Ce billet n’est pas qu’une critique, c’est aussi un compte-rendu de l’émission. Et le titre, qui peut paraître sec et arrogant, est un clin d’œil à un mème célèbre de la culture numérique (http://knowyourmeme.com/memes/fail) et donc renvoie au titre de l’émission ;-)

    Enfin, dernière précision importante : j’ai écrit ce billet en mon nom propre et même si je fais référence à des actions collectives (le grand mix, le C@fé des sciences…), il n’engage que moi.

  3. Marion Sabourdy le 28 novembre 2010 à 14:59

    Merci Alexandre pour ce retour complet, intelligent et le fait de ne jamais rentrer dans la polémique, même si ce billet vous a indisposé.

    Le retour d’Antoine et Lorena marque une déception, légitime de mon point de vue. Bien sûr, l’écriture web et la liberté du blog peuvent renvoyer une impression d’acidité.

    Connaissant les auteurs, il s’agit surtout d’une forte envie de taper dans la fourmilière. C’est de bonne guerre entre générations (puisque vous avez commencé avec ça ^^). D’ailleurs en passant, pour beaucoup, nous sommes plutôt des « vingtenaires » ;-)

    Sinon, juste une petite précision factuelle : Knowtex a été rendu public en janvier 2010 et nous travaillons dessus depuis environ un an.

    Pour finir sur une note positive : nous vous sommes très reconnaissants d’avoir pris la peine de citer nos initiatives, preuve que la soirée du Mix a joué son rôle, ce qui est déjà pas si mal selon moi.

    Dans le futur,et je pense que mes collègues seront d’accord, il ne tient qu’à nous de travailler ensemble sur des billets, émissions de radio ou autres, afin que le débat gagne en richesse et diversité.

    A bon entendeur… ;-)

  4. Nicolas Loubet le 28 novembre 2010 à 18:51

    Coucou !

    Ben ça fait plaisir, un peu de débat ;-) Sur le même sujet, on pourra lire le billet de Pascal Lapointe sur le site de l’agence Science Presse : http://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2010/11/24/numerique-numerique Un petit regard extérieur (vu du Québec) pas inutile…

    Comme toi Alexandre, il me semble déplacé de « comparer » un événement comme le Mix (destiné à favoriser les rencontres et dynamiser les collaborations) et une émission de radio sur France Culture…

    En revanche, ce qui est juste (à mon sens), c’est que le titre de cette émission était en décalage avec le contenu effectif (conditionné par le panel d’invités). Au risque de déplacer la discussion, il me semble que cela est dû – en grande partie – à un malentendu : tout le monde ne met pas la même chose derrière le terme de « culture scientifique. »

    N’oublions pas, en effet, que « culture scientifique » n’est pas synonyme de « culture GÉNÉRALE scientifique »… (vi !). Depuis un moment, pas mal d’acteurs de ce milieu professionnel (en partie réunis à l’AMCSTI) ont placé leurs actions de « culture scientifique » sous le signe du partage, de l’échange voire même de la collaboration autour d’enjeux de société où la recherche et l’innovation technologique sont impliqués.

    On est donc loin de la transmission ou de la diffusion des savoirs comme objectif (ne pas hésiter à débattre spécifiquement de la question sur le site Révoluscience > http://revoluscience.eu/). Et c’est ce qui me faire dire qu’Antoine a raison de repabtiser l’émission Comment la numérisation du savoir peut-elle contribuer à diffuser la connaissance scientifique ? » Un sujet qui intéresse aussi des gamins de 25 ans au demeurant ;-)

    En tant que (modeste) acteur de la culture scientifique dans l’univers numérique, j’appuie sans hésitation le principal message de ce billet « d’humeur » : l’émission est passée à côté de la question « Comment s’ancrer dans la « culture numérique » (guidée par la participation, la collaboration et l’interaction) pour créer davantage de LIEN entre des contenus/des expertises (scientifiques/techniques) et des centres d’intérêt ?

    NB : une question qui préoccupe les centres de science, les associations de médiation, les instituts de recherche, les universités, etc.

    Il y aurait tant à dire, en la matière, sur les expérimentations du Museum de Toulouse, sur le chantier ambitieux Cap-sciences.num (porté par le CCSTI Cap sciences), sur le succès inattendu du serious game Clim City (rebaptisé Clim Way), sur l’échec effectif du projet WikiCNRS, sur le rôle croissant des blogs dans les controverses « socio-scientifiques » (e.g. avec le climat), sur la genèse du média social « Culture visuelle »…

    D’autre part, en tant que fils de bibliothécaire (> http://www.knowtex.com/user/timsit), je tiens à dire que la problématique du patrimoine et de l’archivage des ressources est PRÉCISÉMENT ce qui a motivé la naissance de Knowtex… avant de se développer dans des directions multiples. C’est d’ailleurs la raisons pour laquelle nous sommes autant exigeants sur le référencement (comparé aux Delicious, Diigo, Yoolink…).

    Pour finir, je dirais qu’en tant que co-fondateur de Knowtex, je suis ravi que le nom du site ai été cité autant de fois sur France Culture… mais j’attends surtout l’occasion d’aborder ce sujet une autre fois vu le dynamisme (déjà au traditionnel apéro du C@fé des sciences ?). Enfin, j’espère…

  5. paslap le 29 novembre 2010 à 03:02

    @Alexandre: Comme auditeur d’outre-Atlantique (et auteur du billet signalé par Nicolas…) permettez-moi d’exprimer un bémol : je ne suis même pas sûr que l’émission ait, comme vous l’écrivez, favorisé la culture scientifique —ce qui, pour le journaliste que je suis, voudrait dire : avoir éveillé (un peu) le public à l’importance d’une culture scientifique ancrée dans la société. Je doute que les auditeurs d’une émission intitulée Science Publique aient encore besoin d’en être convaincus… :-)

    En revanche, si l’ambition était, comme vous l’écrivez dans la même phrase, de « favoriser » Internet, là, l’objectif est sûrement atteint. Si tant est qu’on entend par là éveiller le public à l’idée qu’Internet n’est plus une mode passagère; les auditeurs de Science Publique n’en sont-ils que là?

    Je vais soumettre une hypothèse de rédacteur en chef d’outre-Atlantique : le sujet « culture numérique », était, au départ, mal défini. La culture numérique, en soi, ce n’est pas un sujet pour une émission de radio sur la science, du moins pas plus que « la culture de l’imprimé ». Ce serait un sujet pour une discussion de haut niveau entre philosophes et historiens, qui débattraient des avancées et des reculs de la culture, de la Grèce antique jusqu’à aujourd’hui, mais pas pour une émission désireuse de s’ancrer dans l’actualité. Parce que ça englobe beaucoup trop de sous-sujets dont chacun aurait pu faire l’objet d’une émission à part : la numérisation des livres par Google menace-t-elle la place du livre en français? La France a-t-elle une politique digne de ce nom dans l’univers du numérique? Et —ce qui aurait satisfait les gens du Grand Mix— quelle place pour les nouveaux outils d’Internet dans la vulgarisation scientifique? Si, d’aventure, vous deviez me répondre que ce sont là des sujets qui seront peut-être traités dans de futures émissions, alors je serai vraiment interloqué : est-ce que Science publique n’avait encore JAMAIS parlé des changements en cours sur Internet?

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