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L’essor des sciences citoyennes, participatives et collaboratives

Le 7 mars 2012 par MyScienceWork

Vedettes de la seconde édition du  “London citizen cyberscience summit “ du 16 au 18 février, les « citizen science » ont le vent en poupe. Le retour de Célya, pour MyScienceWork, qui a participé à ces journées.

Citizen science est un terme difficilement traduisible en français. « Science citoyenne ou participative » sont les expressions s’y rapprochant le plus mais qui ne reflètent pas véritablement l’âme de ce mouvement. Les citizen science sont nées dans les pays anglo-saxons, d’ailleurs des présentations de la conférence TED 2012 ont été entièrement consacrées à ce sujet.

Elles sont encore peu développées en France, ne faisant pas partie de notre culture. « Science citoyenne ou participative » renvoie plutôt à l’idée d’une aide apportée par des citoyens à la science. La « société civile » – autre terme dénommant les citoyens – n’est qu’un acteur impliqué dans les processus scientifiques sans en être la pierre angulaire. Dans le modèle anglo-saxon, ce concept place les citoyens au cœur de la science. Grâce à leur motivation, ils arrivent ensemble, avec l’aide des scientifiques, à faire avancer des projets.

Cette volonté a été illustrée d’entrée de jeu lors du colloque. La phrase d’introduction « Science is far too important to be left to scientists alone [La science est bien trop importante pour la laisser aux seules mains des scientifiques] » reflète cette envie de participer. Bien entendu, les citizen science incluent les scientifiques mais à différents degrés selon les programmes.

Certains projets sont des co-initiatives avec des scientifiques, d’autres émergent d’une initiative citoyenne soutenue par la recherche, d’autres enfin sont des projets scientifiques de crowdsourcing où les citoyens vont aider à collecter des données. Ces citizen science ont connu un essor impressionnant grâce aux nouvelles technologies qui aportent  les outils nécessaires à la collecte et à la visualisation des données (cartographie, devices mobiles). Elles s’étendent et se renforcent dans le contexte du Web 2.0.

Les citizen science : une myriade de projets multidisciplinaires

La quantité et la diversité des projets existants est assez impressionnante. En l’espace de trois jours, plus de 50 initiatives de toutes nationalités ont été présentées. Le panel des sujets scientifiques abordés est également très vaste : de la biologie aux sciences humaines et sociales en passant par l’astrophysique et les sciences politiques. À la base, les citizen science se sont développées dans le domaine naturaliste et consistent principalement dans la collecte de données massives à l’échelle internationale : le crowdsourcing.

Dans Evolution Mega lab, chaque volontaire note la couleur de coquilles d’escargots de sa région et participe ainsi à l’étude des processus évolutifs de ces gastéropodes. Les données collectées sont ensuite corrélées aux données climatiques et visualisées sur des cartes. En France, un projet de même type a été initié par le Museum National d’Histoire Naturelle. Dénommé Spipol, ce projet collecte des données sur les insectes pollinisateurs. D’autres initiatives amènent  le citoyen à inventorier des masses de données gigantesques. C’est le cas par exemple de planethunters, un serious game qui propose au public de déceler de nouvelles  planètes autour d’étoiles lointaines.

D’autres projets, par les causes qu’ils défendent, invitent les citoyens à avoir une implication morale et  un engagement plus fort : mesure de la radioactivité après Fukushima, géolocalisation des conflits en Lybie pour favoriser la reconstruction des ville (notamment Misratah et Tripoli). Face à cette quantité faramineuse de projets, des questionnements émergent : Comment motiver les citoyens à participer à de tels projets de façon durable ? Les données récoltées sont-elles viables pour les recherches scientifiques et peut-on par la suite les évaluer ?

Motivation et engagement : moteur des citizen science

Une session entière a été consacrée à ces questions. Des scientifiques et des créateurs de projets ont partagé leur expérience, des conseils pratiques distribués aux participants. La motivation au long terme est l’élément clef du succès de ces projets. La création d’un site ne suffit pas, le projet doit attirer les citoyens et les pousser à participer régulièrement et dans la durée.

Les nouvelles tendances et pratiques liées au web 2.0 sont un élément de réponse. Andréa Wiggins, doctorante en design a résumé cela de façon pertinente lors de son allocution. « Practically everyone hates data entry, the idea : make it easy and worthwhile! [La plupart des gens détestent l’idée de remplir des bases de données : rendons le facile et utile !] ».Les cartographies et les visualisations de données sont la clef de ces sites.

Ils permettent de comprendre les données de façon simple, rapide et agréable. Un des exemples le plus parlant est l’entreprise Vizzuality qui a créé plusieurs sites du projet zooniverse. Dès la page d’accueil, l’envie de se lancer dans un de ces projets est présente ! Le champ du design numérique apparaît enfin comme une discipline à part entière pour optimiser ces sites. « Good design is not optional in citizen science and large scale collaboration [Le design n’est pas une option dans les citizen science ou la collaboration à large échelle] ».

La collaboration, pilier du web 2.0, est à la base du succès de ces sites. Un réseau soudé doit se construire avec des échanges entre les participants mais aussi avec les organisateurs et les scientifiques derrière le projet. Les retours des scientifiques sur l’avancée du projet sont essentiels. Dans le cas de Planet hunters, une page est consacrée aux observations déjà réalisées et aux planètes potentiellement découvertes autour d’étoiles.  Pour exemple, 34 planètes ont été découvertes autour de l’étoile qui porte le doux nom de SPH10079981 ! Les citoyens voient l’impact direct de leur travail et sont ainsi poussés à continuer.

La gamification apparaît comme un outil ultime pour motiver le public. Elle utilise toutes les ficelles d’un jeu mais adaptées à des sujets scientifiques. Tout devient alors une partie de plaisir. Les “joueurs” reviennent et participent sur le long terme. Une des plus belles illustrations est le projet Foldit, un jeu où l’on aide à replier de façon correcte des protéines. La simulation de repliement de protéine demande des puissances de calcul énorme. Faire jouer des milliers de personnes permet de gagner un temps considérable. De ce projet sont nées de belles découvertes et une belle preuve de l’émergence d’une intelligence collective.

Existe-il une science des citizen science ?

Dans le cas de Foldit, la légitimité des résultats obtenus n’est pas remise en question. Mais dans la plupart des projets la question de l’évaluation des données est une des préoccupations majeures de leurs investigateurs : comment savoir si la “récolte” des données est faite de façon correcte par les citoyens ?

La présentation de Evolution Mega lab par Jonathan Silverston a donné quelques éléments de réponse. Pour ce projet, un questionnaire en ligne est proposé aux utilisateurs les invitant à classer différentes espèces. Leurs résultats au quizz sont ensuite utilisés pour pondérer leur collecte de données selon leur score. Le facteur quantitatif est aussi un élément majeur. Plus le nombre de participants est grand, meilleure est la probabilité que les résultats soient viables. D’où l’importance de l’existence d’un projet au long terme regroupant une large communauté de participants.

Ces réflexions montrent qu’une science des citizen science se met en place. La recherche a beaucoup à apprendre au niveau éducatif, mais aussi des méthodologies de gestion de projets scientifiques. Les extreme citizen science sont une façon d’ouvrir la voie. Le groupe de recherche ExCites est à l’origine de ces idées. Les  extreme citizen science, plus qu’une simple collecte de données sont une prise en charge d’une question posée dans son ensemble par une communauté. Des outils utilisables et compréhensibles par un groupe de personnes intéressées offrent la possibilité de résoudre un problème de A à Z en l’analysant et en émettant des solutions.

Reste alors à créer des outils d’analyse utilisables par tous et pas uniquement par la sphère scientifique. Le London Citizen Cyberscience Summit est un moyen d’avancer dans cette direction.  Il a regroupé des passionnés, des scientifiques… qui ont mûrement réfléchi à ces enjeux. La théorie s’est aussi additionnée de beaucoup de pratique. Les compétences de chacun ont été mises à contribution. Des solutions à des problèmes existants ont été trouvées et de nouveaux projets ont aussi vu le jour. Un bel exemple pour les scientifiques et citoyens pour apprendre à travailler ensemble et à s’exprimer dans un langage commun.

Pour aller plus loin

Storify de la 1ère journée de conférence

Résumés et vidéos par E-Science Talk

- Résumé des interventions par le blog ExCiteS

- TEDxPhoenix – Lucianne Walkowicz – Look Up for a Change : Au sujet de projets de citizen science

>> IllustrationsPhotonQuantique (Flickr, ©)

>> Source : article initialement publié sur le blog de My Science Work sous le titre Citizen Science : rencontre entre la science et les citoyens

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