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Expérimenta : l’art, l’homme et la machine

Le 17 octobre 2011 par Mathilde De Vos

Pour la première fois, les Rencontres-i de Grenoble, accueillaient le salon Expérimenta. Un lieu où le public a pu découvrir et manipuler d’étonnants dispositifs technologiques, résultats de collaborations entre artistes et scientifiques. Mathilde, médiatrice pour l’occasion, nous livre son expérience.

Il est 15h, ce mercredi 5 octobre, lorsque j’arrive sur le salon Expérimenta. Dans les locaux de MINATEC, au CEA, 26 stands ont été préparés pour autant de dispositifs. Chercheurs, artistes, entrepreneurs, médiateurs, et… 18 étudiants en communication scientifique s’y affairent. Dans le cadre d’un partenariat avec le master de communication scientifique et technique de Grenoble, les étudiants – dont je fais partie – ont été sollicités pour présenter ces projets au public, au côté des structures qui les ont créés. Quatre jours pour découvrir les dessous de la médiation scientifique.

En entrant, le salon d’exposition donne une impression étrange d’obscurité et de lumière à la fois. De nombreux écrans et autres objets intrigants éclairent la pièce. Près de l’entrée, des vêtements lumineux sont éclairés au moyen de LEDs : ces prototypes sont en phase de création pour un spectacle de danse.

Un peu plus loin, le logiciel eMotion d’Adrien Mondot est projeté sur une toile. Avez-vous déjà observé le mouvement des bulles lorsque l’on passe la main à la surface de l’eau ? Il reproduit très fidèlement cette sensation, jouant avec la lumière comme le ferait la surface d’un liquide.

Ces deux stands illustrent parfaitement les thématiques d’Experimenta : lumière et énergie d’un côté qui croisent informatique et numérique de l’autre. Les domaines d’application sont vastes, allant de la domotique au théâtre et à la musique ou des arts graphiques aux interfaces de navigation numériques etc…

Un système interactif de visualisation de données par Ars Electronica

Direction le stand d’Ars Electronica, la structure que j’accompagne. Cette institution culturelle autrichienne anime un réseau d’artistes et de scientifiques dans le domaine de la création numérique. Mes deux interlocuteurs sont très enthousiastes et m’ont proposé très rapidement de venir découvrir leur dispositif : Sim Linz. Ce système interactif de visualisation de données récoltées sur la ville de Linz possède une interface très particulière : pour naviguer l’utilisateur n’utilise ni clavier, ni souris ou écran tactile, mais un stylo et des cartes sur… papier !

Grâce à une caméra, le stylo reconnaît le code imprimé sur les cartes, ce qui permet d’afficher les données correspondantes : infographies interactives, cartes thématiques et géolocalisation, photos, etc. C’est un outil très intuitif, réactif et réellement captivant. Après 3 minutes d’explications, je suis sous le charme.

Ivan, qui anime le stand, est sculpteur sur bois. Il travaille comme médiateur au Ars Electronica Center, le musée dédié aux arts numériques et aux nouvelles technologies d’Ars Electronica. Les exposants diffèrent beaucoup d’un stand à l’autre : scientifiques, artistes, étudiants, thésards, professionnels de la communication, entrepreneurs, ingénieurs…

Les artistes valorisent plutôt la philosophie de leur dispositif quand les scientifiques insistent souvent sur la prouesse technologique. Les questions des visiteurs sont tout aussi variées : « Qu’est-ce que c’est ? » « Comment ça marche ? » « En quoi est-ce utile ou innovant ? » ou encore « En quoi est-ce de la “culture scientifique” ? » comme l’a si justement demandé ce garçon d’une douzaine d’années.

Des approches multiples

Les dispositifs eux-mêmes offrent de multiples approches. Le dispositif d’Ars Electronica peut être présenté sous l’angle technique : programmation du logiciel, cryptage des informations sur support traditionnel (non numérique)… Un beau challenge de médiation scientifique !

Mais on peut également évoquer le dispositif en termes d’usages du numérique. Sur le stand de l’Institut National de l’Énergie Solaire, des batteries en forme de bouteilles se rechargent grâce à une fontaine solaire alimentée par un panneau photovoltaïque. Ce dispositif pédagogique illustre notre consommation d’énergie à travers un système très esthétique.

Pour autant, les explications ne peuvent pas être identiques pour un public aussi divers que celui croisé durant Experimenta : familles, groupes scolaires, seniors et curieux en tout genre sont présents. Leur point commun ? Un intérêt très marqué pour la science et l’innovation, mêlé d’admiration pour la plupart, de critiques vives pour le reste, notamment sur l’intérêt, la nouveauté ou l’utilité des dispositifs.

Chacun repart avec un avis sur ce qu’il vient de voir, intrigué telle cette dame qui reste sans voix, dubitatif, comme ce jeune ingénieur qui préfère utiliser son clavier au duo papier-stylo un peu désuet, émerveillé, à l’image de ces lycéens qui veulent tout savoir, tout comprendre, tout essayer…

Lieu de rencontres improbables et multiples entre inventeurs et artistes d’horizons divers, et des publics aux attentes et aux savoirs variés, le salon Experimenta a bien joué son rôle. Au centre, l’objet scientifique pose question et le médiateur s’efforce de nourrir l’appétit de savoir du visiteur. Pour y parvenir, il doit réussir un grand écart : comprendre la technologie et le geste artistique tout en gardant un esprit de néophyte pour rester à la portée de chacun. Un vrai défi !

>> Illustrations : photographies de Laurent Pajot (Flickr, licence (c) ), Ars Electronica (Flickr, licence CC)

2 commentaires

  1. Lisa Maymon le 18 octobre 2011 à 09:09

    Un premier article très bien écrit, une expérience bien retranscrite !!

  2. Mathilde De Vos le 18 octobre 2011 à 10:15

    Merci ! Ce fut une expérience très enrichissante !

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