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Forum territorial : constats et axes de travail

Le 15 octobre 2010 par Marion Sabourdy

Lors de cette journée, j’ai pu relever quelques constats et axes de travail soulignés par les intervenants. Je vous les livre ici classés par thèmes et enrichis d’éléments glanés dans le compte-rendu du colloque « Communiquer la science en territoires », du 3 juin 2010 (1) et dans le livre blanc de l’AMCSTI (2). Des éléments ont pu m’échapper : vos compléments sont les bienvenus !

La Culture scientifique et technique

Elle est décidément cruciale pour le développement territorial et apporte une valorisation économique et sociale, affirme Claudie Haigneré, la présidente d’Universcience dès l’ouverture du forum en rendant hommage aux associations très actives dans ce domaine. Ronan Stéphan, directeur général pour la Recherche et l’Innovation au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche renchérit : « la diffusion de la CST est au cœur de l’enjeu du renouvellement de l’enseignement et de l’égalité des chances. Donner le goût des sciences permet un épanouissement et une construction de la société de la connaissance ».

Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche à l’Association des régions de France (ARF) et vice-présidente du Conseil régional d’Île-de-France affirme que ses « concitoyens doivent avoir un niveau d’information suffisant pour que les politiques portent leur parole » tout en soulignant le caractère spécifique de la science : « on a trop souvent descendu la science de son piédestal. Elle a des valeurs auxquelles on est attachés, comme l’honnêteté intellectuelle ».

Quelle gouvernance nationale ?

Sans surprise, Universcience sera en charge de la gouvernance de la CST française. Laurent Chicoineau, directeur de La Casemate (Grenoble) et co-pilote du comité d’organisation du forum glisse qu’une instance collégiale sera créée autour d’Universcience mais se demande comment les deux structures vont pouvoir interagir. Dans tous les cas, il plaide pour une organisation infra-régionale avec des débats sur la science et ses impacts, le tout en lien avec les universités.

Daniel Egret, président de l’Observatoire de Paris, rappelle que l’information est importante et qu’il faudra des organes qui la font circuler (3). Une personne dans la salle a proposé de s’inspirer du Centre national du Livre pour structurer la CST. Philippe Freyssinet, responsable du Département Énergie durable et environnement à l’Agence nationale de la Recherche (ANR) a partagé son expérience. Il explique que l’ANR possède un budget de 865 millions d’euros et finance chaque année 1500 projets parmi les 6000 propositions de chercheurs. Selon lui « très peu d’équipes de recherche intègrent les actions de communication dans leur projet ».

Le nerf de la guerre

Trois sources de financements ont été abordées lors du forum. La première concerne les Contrats de projets État-Région. Jacques Léglise, chef du département Action régionale, direction générale recherche et innovation au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche note que les projets financés par ce biais se généralisent et que 28 millions d’euros ont été attribués pour la CST, en particulier pour les CCSTI et les muséums.

Béatrice Korc, directrice du CCSTI du Rhône, a quant à elle évoqué les financements européens avec les exemples du projet Citizen science communication, des boutiques de sciences (voir un pdf de la commission européenne) et de la science participative (voir un article de La Croix).

Enfin, René Ricol, commissaire général à l’investissement a rappelé l’appel à projets qui sera lancé fin octobre ou début novembre dans le cadre du grand emprunt. Il a glissé les critères qu’il faudra remplir pour pouvoir y prétendre : « être reconnu sur son territoire, être fiable et proposer un projet qui a un impact réel ».

Les partenariats avec le monde économique et industriel

A ce sujet, Bernard Alaux, directeur du CCSTI Cap sciences (Bordeaux) a pris la parole (pour plus d’infos, voir notre article).

En juin dernier, Marie-Françoise Chavellier-Le Guyader, directrice de l’Institut des hautes études pour la science et la technologie (IHEST) estimait « que le secteur privé doit ouvrir davantage ses portes. La CST concerne aussi les entreprises, c’est une démarche citoyenne, mais aussi une question de recrutement et d’acceptation de l’innovation ».

C’est chose faite avec certaines entreprises qui « ouvrent de plus en plus leurs portes, par le biais de visites de sites industriels ou de centres d’information du public », lit-on dans le compte-rendu du colloque de juin. A ce sujet, voir l’exemple de la Fondation C.génial dont Alexandre Moatti est le délégué.

Le rôle des universités

En juin dernier, Nabil El-Haggar notait que « traditionnellement, l’université française ne joue pas comme les universités anglo-saxonnes le rôle de production de culture de façon transdisplinaire. L’université doit avoir une politique  culturelle exigeante qui aille au-delà de l’animation de campus et de la mise en place de quelques événements ».

Marie-Françoise Chavellier-Le Guyader observe que les centres universitaires et les organismes américains déclinent toujours un espace à l’accueil du public.  Anne-Catherine Hauglustaine, responsable coordination du Jardin des Sciences de l’Université de Strasbourg explique que « les universités sont les acteurs clé de la CST au niveau local et régional. Actuellement, avec la LRU et l’autonomie, nous rêvons d’une université s’ouvre sur la ville. Nos actions sont en train de se professionnaliser mais les universités doivent se sentir reconnues et soutenues financièrement. Dès le début de leur thèse, les doctorants devraient être mobilisés pour comprendre le rôle qu’ils auront dans la société ». Elle donne l’exemple de doctorants « missionnés » dont une partie de leur temps est consacré à la médiation, dans le cadre d’un OpenLab, de la rédaction d’un ouvrage ou du montage d’une exposition. Elle cite aussi les projets du Planétarium mobile et du Festival du film de chercheur à Nancy.

La région Ile-de-France

Paris et sa région concentrent près de la moitié du potentiel scientifique français. Isabelle This Saint-Jean a donné quelques chiffres : « L’Ile-de-France compte 17 universités, 40% de la recherche du territoire et une dizaine de milliers d’acteurs de la diffusion de la CST. Depuis 2006, 13 millions d’euros ont été engagés, soit 5% du budget. Les PICRI sont des projets originaux ».

David Ros, vice-président du Conseil Général de l’Essonne a donné l’exemple de son département qu’il qualifie de « très scientifique. La CST est importante pour nous. Nous stimulons nos acteurs par des dispositifs incitatifs (ex : A.S.T.R.E.) . La Banque des Savoirs fait partie du projet QSEC et nous avons participé au projet européen Yosciweb ».

Le soutien des collectivités territoriales

En juin dernier, Dominique Ducassou, adjoint au maire de Bordeaux, chargé de la culture et de la protection du patrimoine pensait que « le territoire pertinent pour communiquer la science est sans doute l’agglomération ou la région ». Les collectivités doivent aider la population à appréhender le rôle des sciences et la recherche contribue à la notoriété et à l’attractivité d’un territoire. Malheureusement, les élus ne sont pas forcément ouverts à ce monde. Pour réduire cette distance, il faut régionaliser davantage la communication des organismes de recherche.

Lors du forum, c’est Bruno Bourg-Broc, président de la fédération des maires des villes moyennes (FMVM) et député-maire de Châlons-en-Champagne qui a pris la parole. « Les communes ont leur rôle à jouer mais il ne faut pas que l’état se désengage pour autant. Dans les villes moyennes, les élus se mouillent, et on note une réelle volonté politique. Ce n’est pas une coïncidence si les trois universités technologiques se trouvent dans les villes moyennes (Troyes, Belfort-Montbéliard et Compiègne). La réhabilitation des sites industriels fait aussi partie de la culture ».

Des exemples en région

Florence Besset, responsable de la CSTI de la Communauté urbaine du Grand Nancy a souligné « nous sommes une terre de science et d’innovation, avec le siège de l’INRIA Grand Est et une politique de grands événements, comme le Festival du film de chercheurs relancé avec le CNRS. Nous associons la culture artistique avec la CST. Le programme Science Innovation Société présente tous les programmes de tous les opérateurs et nous faisons des réunions régulières avec eux. Nous lançons bientôt le site internet sciences.grand-nancy.org ».

Philippe Guillet, directeur du Muséum d’Orléans et secrétaire général Icom France, s’est dit agacé par le manque de références aux 60 muséums français. À la mention d’éventuelles coproductions dans le futur, il craint que seuls les muséums de Paris, Lyon et Marseille soient aptes à les faire. Pour lui, le développement d’expositions à la carte avec des textes validés scientifiquement, est une approche intéressante, comme le travail de Science Actualités.

Jean-Pierre Ledey, président de l’association Planète Sciences, souligne les ponts avec l’industrie et des acteurs importants comme le CNES et l’INRIA que son association a construits. L’association se place en intermédiaire entre les chercheurs et monde des jeunes et met en place des actions pour les publics en difficulté.

Jean-Louis Gachet, directeur de l’OCIM rappelle que leurs rapports sont autant de « photos » régulières des pratiques culturelles des français. Mais jusqu’ici, ils n’ont pas été capitalisés. L’OCIM va donc mettre en place un observatoire de la CST en s’inspirant des Québécois. Selon lui, le nombre de ces acteurs est énorme mais il convient de sortir d’une forme de « consanguinité » en procédant à un renouvellement général.

La contribution de l’AMCSTI

Christine Welty, présidente de l’Association des Musées et Centres de Science pour le développement de la CSTI a indiqué que son réseau, âgé de 25 ans et concerné au premier chef car il couvre tout le territoire national, participe activement à la discussion. Pour preuve, la constitution des Trophées Diderot de l’initiative culturelle.

En préparation du forum, elle et son vice-président Bruno Dosseur ont participé aux 3 réunions du comité de pilotage du forum, ont réuni les animateurs des 5 clubs de l’AMSCTI en avril dernier, ont organisé 14 rencontres régionales concernant 18 régions dont les DOM et ont fait participé les adhérents lors de son congrès en juin dernier. Selon l’AMCSTI, il faut professionnaliser l’ensemble du réseau et pérenniser le label « Science et Culture, Innovation ». Les autres préconisations de l’association sont présentées dans un livre blanc, parmi lesquelles on peut lire (p.5) :

  • Pour une AMCSTI confédérative des identités territoriales, reconnue réseau de référence en matière de CSTI
  • Pour un renforcement significatif de la position de la CSTI et sa reconnaissance par l’Etat, les collectivités territoriales, les organismes d’enseignement supérieur et de recherche
  • Mettre en place des instances indépendantes, représentatives des acteurs en région, favorisant une transparence des décisions
  • Sanctuariser les fonds nationaux alloués à la mission de régionalisation
  • Déployer une politique de diversité structurelle favorable à une co-construction équilibrée, horizontale et ascendante

Le livre blanc rassemble également les différents courriers et notes préparatoires du forum ainsi que les comptes-rendus des rencontres régionales et le bilan d’un questionnaire mis en place par le club Centres de sciences (« Relation entre Universcience et les centres de sciences »).

La place des médias

À noter une absence cruelle de représentants des médias dans ce forum (je n’ai croisé qu’une journaliste, mais je n’ai pas encore eu accès au listing des inscrits). Les relations entre les chercheurs, la CST et les médias ont toujours été complexes, malgré le bon travail de certains, par exemple l’AJSPI.  Seule Florence Besset a évoqué ce thème en donnant l’exemple de France 3 Lorraine qui, selon elle, produit la seule émission scientifique en région (C à savoir).

La transformation du numérique

Assez peu abordé lors du forum, seulement cité par quelques intervenants, le numérique va pourtant « bouleverser nos vies et comprend beaucoup d’avantages et quelques risques » explique René Ricol. Plus jeunes, Guillaume Boudy, secrétaire général du ministère de la Culture et de la Communication et Laurent Chicoineau citent : Culture clic, l’utilisation de la réalité augmentée, les serious games, la blogosphère… À ce sujet, voir notre article.

Et le public dans tout ça ?

Sauf erreur de ma part, la problématique du public et de son approche n’a pas été abordée lors du forum. En revanche, elle l’a été en juin dernier. Pour Arnaud Benedetti, directeur de communication de l’Inserm, les institutions scientifiques doivent aller à la rencontre de la population où on ne les attend pas, comme par exemple au centre commercial Évry 2. Mais elles doivent également utiliser les réseaux existants comme les écoles, les villes jumelées et le réseau des médiathèques (un français sur 4 fréquente une médiathèque alors que seulement 6% de la population déclare aller dans un lieu de science une fois dans l’année). Jean-François Launay, directeur de la communication de l’INRA, estime qu’il est absolument nécessaire de conquérir de nouveaux publics et pose la question du marketing pour trouver des formes de séduction autres.

Notes

  1. Les Cahiers de l’Association « Communication Publique » de septembre 2010.
  2. Livre blanc « Pour une nouvelle gouvernance de la culture scientifique, technique et industrielle en France ».
  3. A ce sujet, voir le tout nouveau blog du CCSTI bordelais « Studio Cap sciences ».

>> Illustrations : Lemoox (Flickr, CC)

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