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Geek Politics : un webdoc pour démystifier les hackers

Le 4 février 2013 par Gayané Adourian

« Non, les hackers ne sont pas des criminels informatiques patentés. Il s’agit plutôt de bidouilleurs  en quête de solutions habiles à partir de bouts de corde et de ficelle« . Ainsi commence Geek Politics, un chouette webdoc lancé il y a quelques semaines. Rencontre avec Quentin Noirfalisse, l’un des réalisateurs.

Bonjour :) Pouvez-vous nous en dire plus sur vous ?

Nous sommes Dancing Dog Productions, une petite structure de production belge. Nous avons tourné un documentaire de fin d’études en Inde sur la cité utopique d’Auroville, alors que nous étudions le journalisme à Bruxelles. Depuis, nous ne nous sommes plus quittés ! Dancing Dog Productions, c’est une bande de quatre, où j’assume le rôle de journaliste, intervieweur, fouilleur et rédacteur.

J’ai lancé l’idée de base de Geek Politics mais sans Maximilien Charlier (cadreur, producteur, chercheur de moyens et d’idées de crowdfunding), Adrien Kaempf (caméraman et monteur principal, celui qui désenchevêtre les interviews et a pensé l’aspect vidéo du webdoc) et Antoine Sanchez (le graphiste, preneur de son, arrangeur de communiqués de presse, l’homme derrière l’interface de Geek Politics), rien n’aurait été possible.

Notre conception du documentaire se fait plutôt dans la durée, nous tentons d’échapper à l’urgence médiatique actuelle, et avons peut-être développé un petit goût pour l’enquête sur certaines alternatives, solutions ou détournements – d’où notre intérêt pour le hacking – face au système actuel.

Qu’est-ce qui vous a motivé à réaliser ce webdoc ?

L’envie d’un projet d’envergure, avec une liberté totale dans le traitement, après avoir terminé nos études, a sans doute joué un rôle. D’un point de vue personnel, tout part de Wikileaks, que j’ai découvert en 2007-2008. N’étant pas codeur moi-même, je connaissais très mal cet univers et, sans doute, le côté très politisé de la plateforme, la fuite d’Assange et consorts m’a intéressé. Les révélations sur la corruption kenyane ou l’affaire Trafigura m’ont fait penser que des hackers pouvaient avoir un impact politique et social certain.

En réalité, cela faisait longtemps qu’ils en avaient un. Après la vidéo Collateral Murder, les Afghans et Iraq War Logs, on voulait faire une enquête sur Wikileaks. Mais les médias se sont rapidement jetés sur le sujet. En cherchant un peu à la périphérie, nous avons découvert quantité d’initiatives, plus ou moins anciennes, visant à lutter contre la mise en place de systèmes de surveillance, en faveur de la neutralité du net, du logiciel libre, des creative commons, des initiatives poussées par les hackers du Chaos Computer Club ou les Islandais qui participent à l’IMMI, le combat de la Quadrature du Net contre Acta ou Hadopi (et autres).

J’ai donc commencé me documenter sur le sujet, grâce à des ouvrages comme UndergroundHackers : heroes of the computer revolutionFrom counterculture to cyberculture ou l’excellent (et trop méconnu) livre de Johan Soderberg Hacking Capitalism. Après avoir décroché une bourse du Fonds pour le journalisme - une excellente initiative belge qui vise à permettre des enquêtes au long cours – nous sommes partis à Paris, en Allemagne et en Angleterre pour voir ce qu’il se passait dans les hackerspaces, au Chaos Communication Camp ou dans les réunions du Parti Pirate. L’univers était foisonnant et nous sommes encore loin d’en avoir fait le tour.

Pouvez-nous nous expliquer votre démarche ?

À la base, nous étions parti sur un budget beaucoup plus conséquent, avec des idées d’interaction très poussées, sur le mode du « webdoc dont vous êtes le héros ». Toutefois, entre l’intérêt d’investiguer le sujet et le temps nécessaire pour boucler un financement conséquent (en sachant qu’en Belgique, le webdoc n’est pas encore un objet courant dans le paysage médiatique), nous avons choisi la première option.

Nous avons donc amassé la matière vidéo en nous rendant en France, en Allemagne (Chaos Communication Camp, hackerspaces de Berlin, conférences du Parti Pirate), au Royaume-Uni ainsi qu’en Belgique. Puis nous avons rencontré quelques témoins plus extérieurs à la scène hacker, mais fins observateurs avec des propos riches et hors des sentiers battus. À partir de là, nous avons décidé que la vidéo serait le média principal du webdoc, mais qu’on voulait également remettre le texte en avant, et, surtout expliciter certains concepts et dates pour le grand public. D’où l’idée des rubriques « concepts » et « chronologie » qui ont été assez géniales à rédiger.

En amont, Antoine Sanchez, notre graphiste, sur base de la structure développée avec l’équipe, a développé un graphisme dans des teintes très bleutées, métalliques, qui, trouvions-nous, collaient bien à cet univers, sans lui enlever sa vie propre. Nous voyions donc un objet qui tourne autour de la vidéo, laissant la parole aux personnes interrogées, en évitant la coupe intensive dans les propos, mais qui s’intégrait dans un espace graphique et textuel choisi.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

Il faut dire qu’on a eu un luxe : du temps. C’est une denrée rare pour les journalistes… Les difficultés, quant à elle, ont surtout résidé dans la partie technique de réalisation, même s’il n’y en a pas eu beaucoup car on s’est servi de technologies ouvertes et bien documentées.

Quant au fond, la difficulté a surtout été de traiter l’ensemble de la matière recueillie (plus d’une soixantaine d’interviews), de la trier, de la traduire, de bâtir des liens entre les propos des acteurs et de faire des choix de montage. Les problématiques brassées par les hackers et leurs connaissances sont vastes, ce qui représente un vrai défi pour les novices que nous étions… et il y a encore beaucoup  à apprendre.

Au final, quel est votre objectif avec ce webdoc ?

L’objectif du webdoc est d’apprendre à un large public ce qu’est un hacker et comment ils ont, au cours du temps, façonné des manières de faire contributives, relativement différentes des méthodes de travail classiques, et développé une conception politique des enjeux liés à l’internet et des potentialités citoyennes de cet outil. On associe souvent le hacker à la figure du bandit, souvent reclus. Rarement image médiatique n’a été plus fausse et trompeuse.

Le hacker s’inscrit dans une tradition qui refuse les modes d’emploi à sens unique, les prescriptions technologiques. Il aime patcher, améliorer les systèmes, qu’ils soient techniques, mais aussi politiques voire associatifs ou citoyens. En cela, ils sont des personnes, par leurs compétences, leur manière de faire, dont d’autres secteurs de la société peuvent apprendre, et l’efficacité des méthodes de développement dans le monde du logiciel libre et de l’open source (deux choses différentes expliquées dans le webdoc) tendent à ne plus être réfutées aujourd’hui.

>> IllustrationFraulein Schiller (Flickr, CC)

1 commentaire

  1. Nicolas Chevallier le 26 avril 2013 à 14:26

    Très bon webdoc, ca change des articles fait à la va vite et de la tendance des journalistes à survoler chaque sujet!

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