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Halim Madi et la nano-économie : duo gagnant de TEDx Paris Universités

Le 29 octobre 2010 par Gayané Adourian

Samedi 16 octobre, à la Cité des Sciences, se tenait le premier TEDx ParisUniversités. Au programme : 18 pitchs mêlant les expériences, les âges, les sujets. Outre les présentations, un concours pour les étudiants était organisé. Interview exclusive du vainqueur : Halim Madi, 22 ans (1), pour son concept de « nano-économie ».

Peux-tu nous présenter en quelques mots ton parcours universitaire ?

J’ai fait une terminale S spécialité Maths au Liban avant de venir en France pour suivre deux ans de sciences économiques à l’université Paris I – Panthéon-Sorbonne. J’y ai rencontré des gens de tous bord, très intéressants ; c’est de là qu’a germée l’idée de la « nano-économie ».

Telle qu’on me la présentait, l’économie était très mathématisée, avec des hypothèses absurdes. Lorsque j’ai été admis dans le magistère BFA (Banque-Finance-Assurance) à Paris-Dauphine, j’ai remarqué que ces hypothèses avaient atteint la sphère financière et que les équations qu’on utilisait pour modéliser des produits financiers étaient extrêmement complexes. Plus encore, les stages d’été en banque m’ont fait prendre conscience que le pouvoir prédictif des sciences économiques était quasi nul.

Tu veux dire que les sciences économiques ne peuvent rien prédire ?

Par exemple, un physicien pourra dire où se retrouvera une boule de billard si elle est frappée avec une force donnée. Mais est-ce qu’un économiste peut dire à quoi ressemblera l’économie si on lui injecte un milliard de dollars ? C’est de l’approximation à l’état pur, et encore… L’exemple est devant nous outre-atlantique, là où la crise a frappé le plus fort.

Il faut distinguer deux types de sciences économiques : celles du monde académique et celles du monde professionnel. La première est un savant fou, elle essaye de faire en sorte que le monde ressemble à ses modèles. La deuxième est « une dame arrogante » qui considère que le monde est inclus dans son modèle. Les deux ont reçu une gifle en 2007. Le staff économique d’Obama lui a conseillé d’injecter autour de 800 milliards de dollars. Pour autant, ce n’était clairement pas suffisant. Mais les économistes n’avoueront pas qu’il fallait en injecter plus !

Autre exemple. Est-ce que cette quantité d’argent que le gouvernement américain et la banque fédérale américaine ont injecté va mener à une inflation ou à une déflation ? Les économistes peuvent au maximum avancer qu’il y ait des CHANCES que ce soit une déflation sur le court-terme et une POSSIBLITÉ d’avoir une inflation sur le long-terme. Si on demande une date, il n’y aura pas de réponse. C’est de la météorologie ou de la sismologie.

Comment as-tu vécu l’expérience de TEDx ParisUniversités (TEDxPU) ?

J’ai découvert TEDxPU en voulant moi-même monter un TEDxSorbonne. L’équipe de TEDxPU avait une idée similaire, meilleure en fait, pour apporter TED dans le monde universitaire. Je suis personnellement très grand fan des conférences TED et regarde énormément de vidéos. Je me suis inscrit parce que je pensais que la nano-économie était un concept intéressant à exposer. L’idée était assez mature et je voulais voir si elle tenait le coup face à la critique.

Il y a eu une première sélection sur la base des vidéos envoyées sur Internet. Chaque participants avait 3 minutes pour expliquer rapidement son idée. Seuls 20 étudiants ont été retenus. Nous nous sommes tous rencontrés à l’occasion d’un « Educamp » pour apprendre à connaître le concept TED, se familiariser aux idées des uns et des autres, s’entraîner.

Personnellement, ma préparation s’est faite en parallèle de mon stage chez Allianz Global Investor (je ne l’ai fini que 4 jours avant la répétition finale !). Je ne me suis considéré préparé que lorsque j’ai été sûr de pouvoir défendre logiquement chaque point de mon exposé.

Comment s’est passée ta présentation d’ailleurs ?

C’était magique ! Incroyable. On te donne une scène pour parler de ce qui te passionne le plus, ce qui te fait veiller les soirs de la semaine, te lever le dimanche matin (!). Je n’étais pas spécialement stressé. Le coeur battant oui. Ultra-enthousiaste surtout.

La nano-économie, c’est quoi, en quelques mots ?

Les individus, plus que jamais, sont des sur-individus dont l’impact est démultiplié par le développement des réseaux, la démocratisation de la technologie, de l’information et de la finance. À mon avis, il est devenu prioritaire que les sciences économiques se penchent sur le sujet. Ce qui est non seulement indispensable mais surtout possible grâce à la masse de données sociales disponibles aujourd’hui.

C’est un peu ma fierté que personne n’utilise le mot nano-économie pour se référer à ce dont je parle et que personne ne le voit comme une discipline avec le potentiel d’une science. Certains comme Nicholas Christakis ou Jukka-Pekka Onnela, tous deux à Harvard, utilisent la masse d’informations disponibles pour comprendre la société mais ils n’étudient que les effets de réseaux.

Comment envisages-tu ton avenir après TEDxPU ?

Je suis actuellement en stage dans une entreprise de conseil entre Dubai et Beyrouth, dans la section « Services Financiers ». Je fais un peu le tour de tout ce qui touche à l’industrie, à la finance et aux sciences économiques. Je dois aussi aller à l’université de Toronto pour un échange de 6 mois, aller à TEDActive une semaine, faire un stage d’été dans une banque d’investissement…

Côté personnel je veux continuer à couvrir et rester au courant de tout ce qui touche à la nano-économie, bien structurer mes idées, enrichir le concept, voir quels économistes empruntent cette voie. J’aimerais faire de la recherche sur ce sujet mais en espérant monter une boîte qui exploite les idées dont j’ai parlées à la conférence.

Je pense que de tous temps, il y a eu des tendances similaires qui apparaissaient aux quatre coins du monde, pour exprimer un besoin, une nécessité. Je crois que dans le monde d’aujourd’hui, on n’attendra plus longtemps avant de voir les choses changer.

Note

  1. Il est déjà auteur de Reprise ou Re-crise.

>> Illustration : Sanyiaas (Flickr, ©)

2 commentaires

  1. Marion le 29 octobre 2010 à 12:16

    Enfin de l’économie sur le blog Knowtex ! Article très intéressant et jeune homme impressionnant. Merci Gayané :-)

  2. Nicolas le 29 octobre 2010 à 12:21

    Pour ma part, je suis un grand fan de la dernière phrase >> « Je crois que dans le monde d’aujourd’hui, on n’attendra plus longtemps avant de voir les choses changer. » Très motivant.

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