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L’innovation numérique au Château de Nantes

Le 24 avril 2012 par Gayané Adourian

Dans la perspective de la future Nuit des musées, nous avons rencontré Christophe Courtin, responsable au Château de Nantes des nouvelles technologies, pour discuter des innovations numériques.

Peux-tu nous présenter le Château de Nantes ?

Le château des ducs de Bretagne est un château du 15e siècle situé en plein centre ville, qui comprend à la fois une enceinte austère et défensive mais aussi, à l’intérieur, un palais d’agrément construit dans la période du gothique flamboyant. Terminé par Anne de Bretagne, il a été un château royal jusqu’à la révolution puis s’est vu confié aux militaires, devenant alors une sorte de caserne. Au début du 20e siècle, il a été cédé à la ville de Nantes qui en a fait plusieurs musées. Dégradé au fil du temps jusqu’en 1990, la ville de Nantes à décidé d’en faire une restauration complète et un nouveau musée : le musée d’histoire de Nantes.

Dès le début du projet, qui a duré assez longtemps finalement, il y avait une volonté d’en faire un musée d’histoire de la ville. Les conservateurs ont eu carte blanche et ils ont très vite décidé de mettre tous les objets en réserve et d’écrire l’histoire et le parcours de la ville. Ce n’est que dans une seconde étape qu’ils ont utilisé les objets pour illustrer cette histoire. Du coup, ils se sont rendu-compte que les collections ne suffiraient pas et l’idée d’avoir un recours massif au multimédia s’est imposée très en amont – 4 ou 5 ans avant l’ouverture du musée en 2007. En tout, près de 5% du budget total de restauration et d’installation de la muséographie a été attribué au multimédia soit environ 3 millions d’euros. Pour autant, le musée a choisi d’aller sur des technologies éprouvées et robustes mais il reste l’un des premiers musées en France à s’être intégralement équipé en haute définition pour les vidéos et installations interactives.

Qu’avez-vous prévu pour la Nuit des Musées ?

L’année dernière le château avait participé à La Nuit Twitte et cette année, on a décidé de poursuivre dans cette optique. L’idée c’est aussi d’être un peu plus actif sur les réseaux sociaux. Un Live-Tweet a été prévu avec au moins un tweetwall (e.g mur de tweets) à l’accueil du château. Pour l’animation du fil, c’est un groupe d’étudiants et de lycéens qui vont live-tweeter pendant la soirée. Le jour même, il y aura plusieurs animations avec notamment des concerts d’élèves du conservatoire, mais aussi des visites commentées par les médiateurs.

D’autre part, on a aussi organisé avec les étudiants un concours de photographies qui se déroulera sur Facebook. L’idée : se mettre en scène dans le musée. Nous proposons aux visiteurs de venir déguisés, de faire des photos devant des œuvres en fonction de leur tenue. Cela nous permet de démarrer une utilisation des réseaux sociaux et nous espérons une certaine participation, surtout qu’une tablette tactile est mise en jeu.

On a un gros déficit comme tous les musées : les visiteurs qui ne viennent pas sont les 18-35 ans. Avant ils viennent avec leur classe, après ils viennent avec leurs enfants. Nous souhaitons donc occuper un terrain qui leur est familier, les réseaux sociaux. Pour autant, nous sommes conscient que ce n’est pas parce qu’on sera sur ce terrain qu’ils viendront forcément davantage. Mais nous y aurons une présence, une existence, et ça nous paraît important d’y être aujourd’hui.

Pourquoi aller sur les réseaux sociaux ?

Le numérique fait partie de notre démarche globale. On travaille beaucoup avec les enseignants pour des visites scolaires, mais on fait également beaucoup de tests de nouveaux dispositifs. Pour la Nuit des Musées nous nous sommes associé avec Bryo, une association qui met en relation des étudiants de grandes écoles qui prennent en charge des groupes de lycéens de quartiers plutôt défavorisés. L’idée : travailler sur des projets à dominante culturelle pour découvrir le travail en équipe, la collaboration, etc.

De leur côté, ils cherchent des institutions comme la notre et pour nous qui cherchons à entrer dans les réseaux, qui sont les plus experts si ce ne sont les jeunes lycéens ? Ce sont eux qui ont pris l’initiative sur le concours de photos. En ce qui concerne ce terrain, nous sommes dans de l’expérimentation, un peu comme sur Museomix mais à un tout petit niveau. Notre parti pris pourrait s’apparenter à un living lab où le côté humain prime sur le côté technologique.

Comment est perçue cette démarche ?

Il faut imaginer une hiérarchie très horizontale entre les services dans le musée. Pour nous le numérique, c’est un moyen de médiatiser certaines choses parmi d’autres… sans oublier que tous les moyens sont bons. C’est pour cela que nous pourront aussi bien utiliser des livres thématiques, des visioguides, de la médiation humaine ou des bornes interactives… Il n’y a pas vraiment de « hiérarchie des dispositifs », on fait du sur mesure à chaque fois.

Est-ce que vous vous orientez sur un dispositif numérique particulier ?

Nous allons dans la direction de dispositifs in situ de plus en plus tactiles et multitouch. Pour le moment, on n’envisage pas de réalité augmentée car cela pose la question du travail en groupe. Je pense que le dispositif peut être valable pour une seule personne mais n’est pas encore adapté pour une visite à plusieurs. Pour nous, il est vrai que la question des usages est essentielle. On va préférez par exemple être au plus proche des usages quitte à être rétrograde au niveau des dernières technologies, ce qui ne nous empêche pas de faire de la veille sur ces dernières.

L’autre orientation c’est le transmédia. Il est devenu hors de question de fabriquer des applications fermées et depuis un an, nous propulsons les sources et le contenu de celles-ci dans une base de données avec des technologies tournées vers le web. Par exemple, la table multitouch sur laquelle on travaille en ce moment, verra son contenu accessible sur mobile le jour où on le souhaitera. Dans ce cas, ce n’est pas tellement l’aspect technologie qui nous intéresse mais plutôt une manière de concevoir de façon à économiser du temps et de l’énergie pour ce qui relève du contenu. C’est un aspect essentiel tellement le travail de tout compiler est difficile : il faut que ce soit récupérable.

Enfin, comme la mobilité est aussi un enjeu important, on est en train de transférer les audioguides vers les visioguides, avec 7 langues différentes et 3 parcours différents – sur les oeuvres, sur le monument et sur l’aspect « traite négrière » car Nantes était l’un des premiers ports négriers de France. Ce contenu est développé sur iPod touch car on tient absolument à ce que ça ne soit pas réservé aux propriétaires de smartphones. Cela dit, le public pourra aussi charger l’application chez lui ou gratuitement à l’entrée du musée.

Comment considérez-vous la réalité augmentée ?

Pour nous la réflexion est encore prématurée. Il faudrait travailler de manière plus concertée avec autres services de la ville pour créer des applications, pas seulement sur le château. Si on imagine une application géolocalisée dans la ville à dominante patrimoniale, alors on pourra envisager de la réalité augmentée aussi pour le château car on s’adresse à une utilisation individuelle ou à 2 ou 3 personnes avec une tablette. On ne veut pas aller trop vite car le château reste attaché à la notion de service public et citoyenneté. Le musée garde une orientation citoyenne et on ne souhaite pas exclure une population qui n’aurait pas de mobile connecté. Par ailleurs, cela pose aussi la question des visiteurs étrangers. L’orientation technologique, c’est quand même de rester accessible à tous, sans laisser trop de gens au bord du chemin.

Est-ce que le numérique est difficile à introduire ?

En fait non, à l’origine, le numérique est une volonté des conservateurs. Lorsque je fais des propositions de programme de recherche et développement pour mettre en valeur des objets de la collection avec le numérique, c’est généralement accepté. Par contre, il faut qu’elles soient appuyées sur un véritable objectif soit scientifique soit en terme de médiation ou les deux. Par exemple, j’ai proposé de réaliser un scan en 3D du château dans l’optique de pouvoir réaliser de nombreuses applications. On ouvre un champ des possibles et ça devient aussi quasiment un objet scientifique d’étude. Mais nous n’avons pour l’instant, pas les moyens de mettre en place un programme de recherche scientifique sur le château donc ce projet ne se fera pas tout de suite.

Est-ce qu’il existe des liens avec l’écosystème numérique nantais ?

Pour le moment les contacts sont très informels et nous n’en avons pas vraiment avec la Cantine numérique ou la Fabrique du libre. On fait un peu peur en tant qu’institution muséale et surtout, nous ne sommes pas encore assez identifié comme un terrain d’expérimentation possible. C’est principalement du au fait que … je n’ai pas vraiment de temps à y consacrer. Cela revient donc plutôt à un problème de connaissance réciproque mais un événement du type de Muséomix pourrait être un bon tremplin pour lancer tout ça.

Pour se connecter sur Twitter : @ChateauNantes & @chcourtin

>> IllustrationsDalbera, Guillaume72 (Flickr, CC), C. Courtin ©

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