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JIES : Etienne Guyon ouvre le bal

Le 26 avril 2011 par Marion Sabourdy

Après un périple de plusieurs heures, l’équipe de Knowtex arrive enfin à Chamonix pour les Journées internationales de l’Éducation scientifique (JIES). Le thème : l’idée de nature dans la médiation et l’éducation scientifiques. L’occasion de croiser les regards sur cette thématique en vogue, avec une première intervention qui donne le ton.

Étienne Guyon, figure de la culture scientifique française, est le premier à se jeter dans l’arène – plutôt bienveillante – du Chalet des Aiguilles. Ce physicien et professeur à l’ESPCI ParisTech offre une intervention sur « L’élégance des matériaux » avec un plaisir visible et la complicité de la salle.

Étienne Guyon

Sa table est parsemée d’objets hétéroclites : sable, bouteille d’eau, sac plastique, entonnoir, jeu pour enfants, livres (1)… Une boîte à outils idéale pour faire comprendre à l’auditoire l’élégance des formes, lignes, surfaces et volumes de la nature et leur utilité dans notre vie quotidienne (déplacement, alimentation, habitat, habillage, beauté…).

En quelques photos, l’idée de lignes prend vie sous la forme des tiges du Lis martagon. Selon Étienne Guyon, cette plante illustre à elle seule les effets élastiques théorisés par Euler en 1744 dans son livre Elastica (ou contés par La Fontaine) : elle se courbe mais ne rompt pas. Idem avec la rhubarbe épluchée (démonstration comique à l’appui). Des plantes aux constructions humaines, il n’y a qu’un pas, avec la notion de tenségrité (tensilité et intégrité) repérable dans le Dôme géodésique (Montréal) de Richard Buckminster Fuller.

Lis martagon

Le physicien passe alors à la notion de surface et de plis. Le coquelicot, la peau des nouveaux nés et le papier froissé sont autant d’exemple de matériaux qui se plient délicatement. Quant aux ouvrages d’art, un pli est plutôt synonyme de désastre : c’est ce qu’on nomme le flambement.

Jamais à court de références artistiques, E. Guyon cite le jabot du Pasteur de Rembrandt, le Drapé pour une figure assise, de Léonard De Vinci et plus près de nous, l’œuvre de l’artiste Edmond Vernassa. Malicieusement, il cite le « théorème » de la carte routière : « l’endroit où vous souhaitez aller est toujours indiqué sur un pli de la carte ».

Dôme géodésique de Richard B. Fuller

On le voit à sa manière de prendre à parti le public, Étienne Guyon est un passionné, à l’image de feu Pierre-Gilles de Gennes dont la méthode l’a largement inspiré. Il se dit d’ailleurs heureux d’observer la rencontre récente entre les « gens des sciences de la nature et les physiciens et mécaniciens ».

Selon lui, la mécanique, cette science « oubliée » à la fin du XIXe siècle, revient en force auprès des jeunes générations de chercheurs qui privilégient la pluridisciplinarité et le travail en équipe. Curieux, « ils vont piquer des idées un peu partout et n’hésitent pas à manipuler, à trouver des idées dans l’art comme par exemple les recherches sur la déchirure des affiches en forme de V, inspirées par les travaux de l’artiste Jacques Villeglé ».

André Giordan et Francine Pellaud contemplent une figure de Lichtenberg

E. Guyon poursuit son intervention avec le thème des volumes et des fractales. Il évoque tour à tour des gouttes qui ne mouillent pas les feuilles de lotus (grâce à des petites points microscopiques sur la feuille), des bulles de savon aux couleurs changeantes (dues à une modification dans leur écoulement), ou encore des formes fractales qui apparaissent quand on déchire un sac plastique. Dans la salle circule alors un bloc de plexiglas qui a figé une décharge électrique en une figure de Lichtenberg (voir vidéo).

L’ancien directeur du Palais de la Découverte ponctue son discours de petits exemples concrets, lâchant le micro et mettant « la main à la pâte ». Évoquant une ancienne exposition à laquelle il a collaboré, « Jeux de Grains, tas de sable et graines d’avalanche », il verse du sable sec ou humide pour montrer la différence de son agencement. Et précise que le fourmilion a une bien meilleure connaissance empirique sur le sable que nous. Le chercheur conclura néanmoins son intervention par une mise en garde contre la bio-inspiration forcenée. Pour lui, « on n’a pas construit les avions en copiant sur les oiseaux ».

La forme de la conférence est classique mais efficace. Les auditeurs posent des questions, commentent. Ça promet des discussions fertiles pour les prochains jours. En rangeant son matériel, Étienne Guyon nous confie aimer les rencontres entre art, nature et sciences.

Il s’intéresse en ce moment à la notion d’images en sciences, au point de vouloir écrire un livre sur ce thème. « Déjà, De Vinci illustrait ses travaux de mécaniques des fluides avec des images de tourbillons ». Le physicien s’interroge notamment sur la dimension politique de l’image : « est-ce que l’image a déjà montré toute sa puissance avec De Vinci ? Est-ce que les images remplacent le discours ? ».

Notes

  1. Étienne Guyon a entre autres coordonné la rédaction du livre « Matière et matériaux – de quoi est fait le monde », aux éditions Belin Pour la Science.

>> Illustrations : Bastien Lelu (Groupe Traces), ImaGes ImprObables, Martin Ujlaki (Flickr, licence CC), Gayané Adourian & Marion Sabourdy (Knowtex)

2 commentaires

  1. Daniel Sabourdy le 26 avril 2011 à 16:08

    Bravo à Marion et toute l’équipe de Knowtex pour leur réactivité….

  2. Fabre le 12 mai 2011 à 20:46

    Je me disais que j’avais un bouquin de lui (Guyon) : Ah, oui « Du sac de billes au tas de sable », dont je me suis inspiré pour mon dossier sur « sable, poudre et grains » :

    http://www.imaginascience.com/articles/sciencesphysiques/mecanique/sable/sable.php

    Tiens, je devrais lui envoyer le lien pour voir si je n’ai pas dit de bétises…

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