Knowtex Blog

Le journaliste peut aussi avoir un rôle d’observateur

Le 9 juin 2011 par Gayané Adourian

La 2ème journée de la simulation des négociations internationales sur le climat (COPRW) a été marquée par un vote demandant la non-présence des journalistes… L’occasion de questionner Denis Delbecq sur le positionnement des journalistes en situation de négociation diplomatique.

Est-ce qu’un journaliste peut assister aux négociations ?

Traditionnellement, la diplomatie se fait à l’abri des regards… mais on a eu récemment un contre-exemple avec Wikileaks qui a soulevé beaucoup de questions (même si le cas est un peu différent puisque la divulgation s’est faite a postériori). C’est une question difficile car à partir du moment où il y a un regard extérieur, les relations bilatérales changent. Je dirais que le secret de la diplomatie est nécessaire mais pas forcément dans tous les cas. D’ailleurs, c’est aussi ce que nous montre Wikileaks : que des observateurs extérieurs puissent avoir accès aux négociations est une bonne chose sauf que pour le moment, le journaliste n’est pas le bienvenu car les parties prenantes peuvent modifier leur posture en sa présence.

Toutefois, à un moment, tout le monde doit quand même avoir accès aux données et aux informations. La question qui se pose, c’est au bout de combien de temps. Par exemple, le documentaire que Canal Plus à produit sur les négociations de Copenhague en 2009 est sorti quelques temps après l’événement. À Libé, en plein mouvement social, on a eu aussi des gens qui nous filmaient et j’ai eu beaucoup de mal à faire accepter les caméras… Si le journaliste est là comme un observateur, c’est moins gênant. A mon avis, ce qui est important, c’est le processus. En tant qu’historien du présent, il peut peut capter de formidables témoignages. Dans tous les cas, il est vraiment absurde jeter les journalistes par principe.

Le risque du direct, c’est d’être manipulé. Typiquement, cela peut se passer dans les cas de procès où certaines parties peuvent avoir des intérêts aux fuites. Mais en diplomatie, c’est la règle : il n’y a pas d’observateur. C’est là que Wikileaks joue un rôle important en accélérant le processus de diffusion. Bien sur, je préférerais avoir accès à toutes les sources d’informations comme je veux. Mais le travail du journaliste c’est aussi confronter les points de vue, pas seulement être dans le direct.

Autre chose : sur les méthodes, on peut parler du Freedom of Information Act en Grande Bretagne. Sur le climat, les chercheurs croulent sous les demandes d’information. D’un côté, c’est très satisfaisant, on est dans des mécanismes de transparence. Mais est-ce qu’il faut donner accès à tout, tout de suite ? Par exemple, si on prend un modèle climatique, c’est ardu et pas forcément évident à comprendre. Quand j’ai travaillé sur Wikileaks pour Terra Eco, il y avait tout un jargon à décrypter. Ce problème de vocabulaire peut être mal interprété dans l’instantanéité, surtout que souvent il est sorti du contexte.

Quel rôle joue en particulier le journaliste « Eco-Terre » ?

Toute la question c’est de savoir si ce journaliste milite ou pas. Par exemple sur mon blog je ne me cache pas de mes opinions. Par contre, quand je travaille pour Terra Eco, je suis uniquement journaliste. Il faut peut-être redire que notre rôle c’est d’informer et d’écouter les uns et les autres pour témoigner. La question de l’objectivité ne se pose pas vraiment car lorsqu’on fait déjà des choix éditoriaux, on n’est plus objectif. La ligne est déjà un engagement.

Par exemple, si on lit le dernier article que j’ai publié sur le nucléaire dans La Recherche, on ne peut pas savoir ce que je pense. Sur ce sujet, je me suis fait d’ailleurs allumé par certains lecteurs de mon blog qui trouvaient que j’étais trop mesuré. Là j’ai vraiment fait un travail de journaliste par choix et aussi un peu en réaction à l’espèce de catastrophisme de la presse avec ces unes et ces titres effarants. Du coup j’ai voulu adopter une ligne médiane et expliquer.

Beaucoup de sujets en environnement reposent sur des bases scientifiques et le fait d’avoir une culture et une histoire scientifique me paraît indispensable. Quand il y a eu le tsunami puis l’accident au Japon on avait deux sons de cloche aberrants : d’une part, le fait qu’il n’y avait pas de risque de tsunami en Europe , d’une autre part que cela pouvait faire des dizaines de milliers de morts. La position du journaliste du coup : démonter les deux !  J’apporte un regard pour que les gens se posent des questions mais aussi pour le faire comprendre que tout n’est pas si simple qu’on pourrait le croire.

>> Illustrations : Knowtex, Oolong (Flickr, licence CC)

Ajoutez un commentaire

Pas encore membre ? Inscrivez-vous pour laisser un commentaire ! Déjà membre ? Connectez-vous

Tous les contenus, sauf exception signalée, sont sous licence Creative Commons BY-NC-SA