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La pratique de la médiation numérique au Cube

Le 25 octobre 2011 par Gayané Adourian

À l’occasion des 10 ans du Cube, Carine Le Malet (responsable de la programmation artistique), Isabelle Simon Gilbert (responsable du pôle médiation) et Stéphanie Fraysse-Ripert (directrice du Cube) nous ont chacune parlé de la « médiation numérique », une activité en plein boom.

Le pôle médiation existe-t-il depuis l’origine du Cube ?

Stéphanie : Depuis l’origine, le Cube fonctionne avec trois grands pôles : la création, la médiation et la diffusion. Chacun de ces pôles fonctionne de façon autonome même s’il y a forcément des croisements (ce qui se voit dans l’équilibre budgétaire). C’est grâce à cela que les trois pôles ont pu se développer de façon parallèle et notamment celui de la médiation qui n’existait pas avec ART3000 (1)

Pendant les premières années du Cube, beaucoup de partenariats étaient axés sur la programmation et moins sur l’aspect médiation. Petit à petit, avec l’évolution des usages numériques et le développement de nos activités de médiation avec des outils innovants, la demande est devenue plus importante. Depuis deux ans, nous sommes autant sollicités sur la programmation que sur la médiation.

Que faut-il pour une médiation numérique efficace ?

Isabelle : Comme on essaie de faire des choses très innovantes, on se doit de faire beaucoup de veille tout en gardant une forte expérience de terrain. Cela passe par des ateliers numériques pour adultes, des projets pour les adolescents, de l’éducation numérique envers le jeune public, etc. Chacun fait de la veille dans son propre domaine mais tout le monde s’intéresse à la thématique « société et numérique ».

Au final, nous proposons un programme d’activités sous forme d’ateliers où la médiation consiste à amener le public à développer des pratiques numériques. En particulier, les projets avec les scolaires sont très importants : ils permettent de tester des dispositifs puis de les réinjecter vers un plus large public dans diverses manifestations (et vice versa). En fait, il vaut mieux parler de couple éducation/médiation.

Concrètement, comme cela se passe-t-il ?

Isabelle : Le plus important dans nos dispositifs de médiation, c’est l’accompagnement, surtout lorsqu’il implique des nouveaux appareils. On ne laisse pas les gens seuls face à des objets techniques. Du coup, cela nécessite un énorme travail en amont pour tester et trouver une façon de démocratiser l’utilisation de ceux-ci. Typiquement, c’est ce que nous avons fait lorsqu’on a introduit les iPad en tant que dispositifs de médiation. En conséquence, les médiateurs doivent être formés sur les oeuvres mais aussi sur les outils. On a toujours un peu la pression dans ces cas là, car les personnes qui viennent ont un oeil nouveau et peuvent avoir des usages auxquels on n’avait pas pensé en amont…

On mène ainsi plein de chantiers sur des nouveaux publics, des nouveaux usages, des nouveaux outils… la principale difficulté restant de cerner tous les publics ! En effet, au Cube, on brasse aussi bien des adolescents que des seniors… et les adolescents sont un peu plus compliqués à cerner car ils sont ultra-consommateurs de technologie et souvent connaisseurs. Si on ajoute à cela le fait qu’ils se désintéressent facilement d’un objet pour passer à un autre, cela devient difficile car notre programmation n’est pas si souple… Mais faire de la veille et expérimenter sur le terrain nous permet  d’avoir une bonne idée de ce qui peut plaire ou non.

Comment cette médiation s’articule-t-elle avec le domaine des arts numériques ?

Carine : Il faut savoir que ce type de médiation est extrêmement important pour pouvoir commencer à appréhender les arts numériques. Ce champ artistique est d’ailleurs assez compliqué car encore jeune et mal défini… La programmation ainsi que le travail de l’équipe de médiation du Cube a donc beaucoup aidé en montrant que finalement, les arts numériques recouvraient un champ très large.

Cette collaboration permet-elle aux publics d’apprécier plus facilement les oeuvres ?

Carine : Notre savoir faire en médiation permet d’effectuer un premier travail de découverte et compréhension par le public. D’ailleurs, beaucoup de gens sont bluffés par le mélange des activités de création, diffusion et médiation du Cube (au Canada, par exemple, ces activités sont séparées). À mon niveau, j’essaie de faire en sorte que la dimension poétique revienne toujours sur la programmation. Il faut que ça touche les gens pour qu’ils puissent s’intéresser. Tout ce qui relève du poétique, du sensible et de l’esthétique aide en général à aborder nouvelles thématiques.

Par exemple, sur le Cube Festival 2010, avec Isabelle et son équipe, nous avons imaginé un dispositif de médiation numérique. Cela nous semblait important de le penser en même temps qu’une oeuvre voire l’ensemble du festival. Cela s’est traduit par l’utilisation des lapins communicants Nabaztag en tant qu’audioguides, avec 1 à 2 médiateurs par pièce. Ainsi, il y avait plusieurs façon de naviguer : rencontre avec les artistes, dispositif pour être seul, interaction avec des médiateurs, dispositif ludique pour les enfants, etc.

Isabelle : c’est très valorisant pour l’équipe de médiation d’être liée à la programmation artistique. Nous avons la possibilité de proposer des ateliers spécifiques en fonction de la programmation artistique même si ce n’est pas forcément systématique. Certaines installations s’y prêtent plus que d’autres. En fait, notre médiation accompagne les arts mais on a carte blanche pour imaginer la façon de faire.

Et pour la suite ?

Stéphanie : Parmi tous les nouveaux dispositifs qui montent, il y en a un que l’on voudrait particulièrement essayer : le fablab. En effet, ce mouvement nous intéresse, plus particulièrement dans le cadre de développement des activités de médiation. Actuellement, nous réfléchissons, notamment avec l’agence Nod-A, à créer un « Fablab façon Cube ». En plus du développement des projets multimédias, il y a surement quelque chose à trouver par rapport au fablab mais adapté à notre public, à nos espaces et à notre mission.

Note

1. Voir l’article sur l’histoire du Cube, publié sur Knowtex à l’occasion de l’anniversaire de la structure.

>> Illustrations : photos Le Cube (Flickr, ©)

1 commentaire

  1. bitiji le 28 octobre 2011 à 17:54

    tres interesante … ;-)

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