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La Rotonde : entre médiation et éducation

Le 3 décembre 2010 par Marion Sabourdy

Dans les bureaux de La Rotonde, au sein de l’École nationale supérieure des Mines de Saint-Etienne, les affiches de théâtre côtoient les mallettes pédagogiques. Depuis 2006, le CCSTI participe au développement de l’enseignement des sciences à l’école primaire, à travers le projet européen Pollen (2006 à juin 2009) et l’actuel Fibonacci (voir la page dédiée sur le site).

Le projet Pollen, financé par la Commission européenne, a été initié par l’opération française La main à la pâte et soutenu par l’Académie des sciences. Il avait pour but de « mettre les enfants en situation d’observer, de questionner et de comprendre le monde qui les entoure, grâce à la mise en place d’une démarche d’investigation ». Saint-Étienne a fait partie des 12 villes « pépinières des sciences » où le projet a été lancé (1). C’est aussi la seule ville en France à avoir accueilli le dispositif, qui l’a faite rentrer dans le réseau des centres-pilote de La main à la pâte.

Peur des sciences ou matériel trop coûteux

La responsable de ces projets, Clémentine Transetti, une jeune femme pleine d’humour diplômée d’un DEA de neurobiologie (2), a demandé aux enseignants pourquoi ils ne faisaient pas de sciences : « les réponses sont toujours du même ordre : ils ne sont pas formés, ils ont peur des sciences et pensent que cette discipline nécessite un matériel coûteux ».

Clémentine doit donc réussir à désacraliser les sciences pour ces instituteurs, leur proposer des séquences d’enseignement ludiques tout en collant au plus près au programme de l’Éducation nationale. « C’était dur de trouver le juste milieu entre la liberté du monde de la CST et le manque de flexibilité de l’Éducation nationale, avec son programme et ses évaluations ».

Elle a donc mis en place un dispositif de mallettes contenant des documents pédagogiques et du matériel pour la classe, qui collent au plus près du programme de l’Éducation nationale depuis la petite section de maternelle jusqu’en CM2.

« Nous avons réparti le programme dans une grille, avec cinq thèmes scientifiques par an (3). Nous avons cherché des modules pédagogiques existants et créé ceux qui manquaient, fabriqué des mallettes à partir de ces modules ou de notre propre expérience et mis en place des rotations de ces mallettes entre les écoles ».

Un réseau d’enseignants et de villes

Le CCSTI a déjà formé 200 enseignants de 50 écoles du département (4) et son action a touché 4500 élèves. Certains étudiants et doctorants de l’École des Mines et de Polytechnique accompagnent les instituteurs et recadrent la démarche scientifique quand ils en ont besoin. Une activité qui entre dans le cadre du service civil (à la place du service militaire) des étudiants de Polytechnique (5).

« Cette initiative ludique et détournée marche très bien du côté des enseignants qui ont souvent une formation littéraire. Ils se décomplexent et se sentent accompagnés, souris Clémentine, en revanche, nous avons du mal à les suivre régulièrement sur le long terme ».

En effet, Pollen prévoyait la formation de 50 enseignants la première année, puis 50 autres la deuxième et encore 50 la troisième, tout en continuant à suivre les enseignants formés les années précédentes. «  Pour Fibonacci, nous avons fait le choix de ne plus prendre de nouvelle école et de concentrer notre travail sur celles avec qui nous avons déjà travaillé ».

Cette année, La main à la pâte a fait évoluer Pollen vers le projet Fibonacci en s’associant avec l’Université de Bayreuth (Allemagne) pour la partie sur les mathématiques. L’École des Mines de Saint-Étienne est devenue centre de référence, avec l’École des Mines de Nantes. L’Université Henri Poincaré de Nancy participe également au projet.

Des échanges et des inquiétudes pour le futur

Dans ce cadre, La Rotonde poursuit les projets initiés avec Pollen et est devenue tuteur de l’Université libre de Bruxelles et de l’Association nationale italienne des enseignants de sciences naturelles, à Naples. « Nous les aidons à mettre en place le projet suivant leur propre système éducatif ». Une petite délégation d’enseignantes italiennes était d’ailleurs présente lors de ma visite. La barrière de la langue n’est pas encore évidente à franchir, mais les mallettes et l’émission « C’est pas Sorcier » ont l’air de plaire…

Si Clémentine est très positive au sujet de l’implication des enseignants, elle est plus critique sur l’implication de l’Éducation nationale, pourtant très favorable au lancement de Pollen. La restriction actuelle des budgets et la forte diminution des heures de formation continue dans l’année risquent de transformer l’activité de La Rotonde en simple « prêt de mallettes pédagogique sans accompagnement des enseignants » déplore Clémentine. Pourtant selon elle, ces projets européens ont permis de passer de « pas de science » à « un peu », « ce qui est déjà très positif ».

Notes

Outre Saint-Étienne, le projet européen Pollen a mobilisé les villes de Lisbonne (Portugal), Girone (Espagne), Pérouse (Italie), Ljubljana (Slovénie), Vac (Hongrie), Bruxelles (Belgique), Leicester (Royaume-Uni), Amsterdam (Pays-Bas), Berlin (Allemagne), Stockholm (Suède) et Tartu (Estonie)

Comme plusieurs autres membres de La Rotonde, Clémentine a été formée à la médiation pendant une année à l’IUT de Tours (licence pro « Développement et protection du patrimoine culturel, spécialité Médiation scientifique et éducation à l’environnement »)

Ces thèmes sont répartis dans des sections plus larges : l’eau, l’air, hygiène et respect de l’environnement, le corps humain, le ciel et la terre, animaux et végétaux, technologie et  une section « joker » si les enseignants ont le temps (alimentation, ombre et lumière, énergie, équilibre, classification)

Les activités ont débuté dans 11 écoles maternelles et élémentaires situées à proximité de l’École des Mines, puis ont été élargies dans le quartier de Montreynaud et dans la ville de Saint-Chamond.

C’est « L’accompagnement en science et technologie à l’école primaire » (ASTEP) lancé par le ministère de l’Éducation nationale, le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur et l’association La main à la pâte

>> Pour aller plus loin, lire le dossier de la Banque des Savoirs : Mieux enseigner les sciences à l’Ecole

>> Photos : Licence CC, CCSTI La Rotonde – École Nationale Supérieure des Mines de Saint-Étienne

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