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Le Labo de l’édition, un espace ouvert pour un secteur en transition

Le 6 juillet 2012 par Gayané Adourian

Le Labo de l’édition à Paris est un nouveau lieu consacré à la « transition numérique et aux innovations dans la filière de l’édition ». Nous avons rencontré sa déléguée générale Virginie Rouxel pour en savoir plus.

D’où est venue l’idée du Labo de l’édition ?

Le Labo de l’édition est une initiative de la ville de Paris (1) qui s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à l’édition (au sens large), un secteur en mutation accélérée avec le numérique. Il se compose d’un incubateur dédié au soutien des nouvelles entreprises et d’une plateforme d’animation, un espace propice aux rencontres entre les acteurs de la chaine du livre et les acteurs numériques.

Le modèle économique prévoit que les acteurs investis co-piloteront ce lieu au sein duquel ils auront financé des projets. D’une certaine façon, la Ville initie le projet en apportant la mise de départ, avec l’idée que les acteurs concernés le développeront.

Pourquoi ce lieu émerge-t-il maintenant ?

À l’heure actuelle, le marché du livre numérique est équivalent à 1% du chiffre d’affaire de l’édition, mais ça ne veut pas dire que ça correspond aux usages : beaucoup de contenus sont accessibles gratuitement sur le web (légalement ou non). Aujourd’hui, les prix restent élevés et l’offre est relativement réduite en France.

Si l’on est encore sur un marché émergent, tous les indicateurs montrent qu’il va exploser avec l’augmentation du taux d’équipement en appareils mobiles et connectés. Dans les pays anglo-saxons, même si la structure du marché est très différente et le réseau de librairies bien moins dense, la part du numérique s’étend désormais de 15 à 25%.

Nous sommes conscients que le secteur de l’édition va fonctionner longtemps encore sur deux jambes, papier et digital. Mais l’innovation est à entendre au sens large : le numérique se conçoit aussi en termes d’outils utilisables pour le secteur du livre papier.

Comment favorisez-vous l’innovation ?

Le Labo contient un incubateur de start-ups membre du réseau d’incubateurs « Laboratoire Paris Région Innovation », une sorte d’agence de l’innovation dont les deux principaux métiers sont l’expérimentation de solutions innovantes sur le territoire de la Ville et la gestion d’incubateurs.

Au Labo, l’idée est de favoriser l’interconnexion entre les start-ups mais aussi avec le milieu environnant en imaginant de nombreux formats d’animations (conférences, formations, ateliers, etc.). Des acteurs plutôt traditionnels cohabiteront avec d’autres jusque-là étrangers au secteur et qui seul, ou par interaction, créeront des dynamiques innovantes.

Ici, on a aussi la particularité de faire du développement économique. Les entreprises en croissance auront la possibilité d’accéder à un fond de subventions qui permet en amorçage de financer jusqu’à 30 000 euros d’un programme d’innovation. Le pari c’est que ce type d’entreprises puisse créer à terme de nouveau emplois.

Parmi tous ces nouveaux lieux qui émergent, quelle est l’originalité du Labo ?

La particularité du Labo, c’est la thématisation liée à l’édition (contenus mais aussi diffusion, intermédiation, services, etc.) Les personnes impliquées doivent percevoir l’intérêt d’être dans un milieu fédérateur, d’où l’idée de développer un accompagnement pertinent. On cherche à développer les enjeux par rapport à un marché et favoriser la méthodologie des start-ups. L’important, c’était de connaître des personnes du secteur pour pouvoir en mesurer les enjeux.

Ensuite, la plateforme est une autre partie originale qui montre une véritable volonté d’ouverture vers l’extérieur en plus des rencontres, formations et événements. Le lieu n’est donc pas seulement au bénéfice des start-ups mais sert aussi à animer un écosystème déjà présent. Apparemment, il n’existe pas d’autres lieux comme celui ci dans le monde… en tous cas sur cette thématique !

Qu’est-ce que le numérique introduit comme changement ?

La transformation vers un univers digital est un double choc : un changement radical de paradigme et une évolution permanente. Il ne faut pas oublier que le secteur ne bougeait pas dans ses fondements. Aujourd’hui, on remet le rôle de l’éditeur en question : s’il n’est pour les auteurs qu’une porte d’entrée dans le circuit, il n’est plus indispensable dans l’univers digital. Cela oblige à revenir aux fondamentaux : un éditeur est aussi un initiateur de projets, un accompagnateur de création, celui qui exerce l’activité de curation et fournit les outils commerciaux… Autant de compétences indispensable dans l’environnement numérique.

Contrairement à ce que l’on peut entendre, il n’y a pas tellement plus de gens qui écrivent… mais davantage de possibilités d’être publié. Avant Internet, on ne voyait pas TOUT ce qui était écrit, il y avait une forte sélection. Aujourd’hui, c’est la visibilité qui devient cruciale… cela change le rôle de l’éditeur. Pour cela, dans nos événements, on souhaite faire intervenir des acteurs qui ne viennent pas du monde de l’édition, en particulier – mais pas seulement – ceux des industries culturelles voisines qui ont déjà vécu la mutation digitale.

Par rapport à Google, quelle position avez-vous ?

Google est partenaire du Labo de l’édition. Il existe en tant qu’acteur du livre (numérisation et distribution) mais aussi en tant qu’univers de référencement et moteur de recherche. Pour nous le Labo est une sorte d’exercice d’adaptation à son époque. Il vaut mieux essayer de comprendre comment les acteurs fonctionnent, quel type de partenariat on peut installer avec eux. Ce qui compte, c’est de voir ce qui est apporteur de valeur.

Il y a des acteurs qui font plus peur  (e.g. Amazon) car ils sont accompagnés par la crainte de la perte de valeur. Les libraires sentent leur rôle menacé par le numérique et se retrouvent en nécessité de se redéfinir. Les fonctions de recommandations, de lien social, d’échange, qui sont les valeurs fortes de la librairie devront tenir compte d’acteurs efficaces, devenus incontournables, comme on en trouve dans les médias sociaux.

Note

  1. Le projet du Labo de l’édition a été porté par deux adjoints au Maire de Paris : Jean-Louis Missika (en charge de l’innovation, de la recherche et des universités) et Lyne Cohen Solal (en charge du commerce, de l’artisanat et des professions indépendantes).

>> Illustrations : Nicolas Loubet (Instagram), album photo Facebook du Labo de l’édition (©)

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