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Le numérique prend le large avec Ian Lipinski

Le 11 février 2013 par Gayané Adourian

« Dans ma vie, ça a été un peu comme en mer. On ne peut pas aller en ligne droite, on prend des virages, on « tire toujours beaucoup de bord » comme on dit, mais quelque part on vit depuis le début pour le même projet ». Portrait de Ian et de son projet Pas de Futur sans numérique en campagne sur KissKissBankBank.

Peux-tu nous raconter comment tu es venu à la voile ?

Mon parcours est assez sinueux. J’ai grandi à Paris mais j’ai commencé la voile à 12 ans avec l’association Bateau Ecole. Ensuite, je suis parti pendant deux ans aux Antilles. Quand je suis rentré en métropole, je suis devenu moniteur au Glénans en parallèle de mes études scientifiques. Je voulais pouvoir expliquer la nature, c’est pourquoi j’ai étudié la Physique jusqu’en maitrise avant de devenir ingénieur en aéronautique à Toulouse où j’ai pu travailler à la fois sur la voile et le planeur.

Au bout d’un stage de 6 mois dans un bureau d’études, je me suis rendu compte que je préférais de loin l’aspect pratique à la théorie… Du coup, j’ai décidé de faire un an de césure dont six mois passés au centre de voile des Glénans où j’ai passé mon brevet d’État de voile.

Quels ont été tes premiers contacts avec le grand large ?

Il y a trois ans, je suis parti avec 3 amis en bateau de croisière. J’ai adoré ! Mais au bout de 6 mois, je ressentais un manque de sens à ce projet : consommer le voyage uniquement ne me satisfaisait pas. J’ai alors commencé la course au retour. J’ai retrouvé en métropole une personne que j’avais rencontré dans les Antilles, qui m’a proposé d’accompagner son projet de traversée.

Ensuite, j’ai acheté un petit bateau, en utilisant déjà le crowdfunding – j’avais posté mon projet sur la plateforme Ulule. Entre temps, j’ai rencontré Jean-Louis Fréchin (amateur de voile) via Stéphanie Bacquère (Nod-A) qui m’a motivé pour réunir les écosystèmes du numérique et de la voile.

Entre le numérique et la voile, quels points communs ?

Pour Jean Louis Fréchin, les écosystèmes du numérique et de la voile ont des aspects communs. De mon côté, c’est le côté entrepreneur qui me parle. La prise de risque est une problématique constante dans un environnement hostile. On doit faire face à un flux d’informations en continu, savoir les trier, définir une stratégie… En mer, l’adrénaline que procure ces conditions extrêmes plonge en état de transe, avec une perte de la notion du temps qui passe. On perçoit son corps comme une machine et il faut trouver un équilibre entre le manque de sommeil, la lucidité, la sécurité et la performance… comme un entrepreneur ! ;-)

Il y a des croisements entre les startups du numérique et notre catégorie de voile : on privilégie l’agilité des petits projets, les petites équipes, la technique du bateau et la formation à la compétition. Je dirais que ce qui nous guide, c’est la passion. Sur les 6,50m on a un équipage réduit, une seule coque et beaucoup de technologies. On dit souvent que la course miniTransat est un véritable laboratoire d’innovation pour le Vendée Globe.

Pourquoi faire appel au crowdfunding sur ton projet ?

L’idée de financer mon projet via une campagne de crowdfunding, c’est à nouveau Stéphanie qui me l’a suggérée. Avant, on raisonnait en « budget à réunir » pour faire sa course… mais je suis persuadé que le temps des « gros skippers » est terminé (sauf pour le moment sur les plus grandes courses). Ce que le numérique peut apporter, c’est une autre façon de raisonner. Là, on a un « package » à distribuer, en accord avec le raisonnement du skipper, plutôt dans un cadre de multipartenariat. Ce que je sens, c’est que ce mode de fonctionnement a de fortes chances de se développer a l’avenir.

Pour l’instant, la communication se crée naturellement autour de la communauté locale de Lorient (association Grand Large, milieu professionnel, rencontres). Mais j’observe une progression de l’implantation numérique beaucoup plus large, notamment avec les réseaux sociaux. La communication autour de la course au large se passe aussi sur ces terrains (Twitter, Facebook…)

Comment va se passer la traversée concrètement ?

Si tout se passe bien, je vais traverser l’Atlantique en octobre (mi-octobre, départ de Douarnenez) en faisant la MiniTransat une course grand large pour les « mini », des bateaux qui ont une coque de 6,50m de long. Il s’agit de la seule course où toutes les communications sont interdites. Par contre, la vie a terre reste connectée, avec notamment l’équipe qui suit le skipper etc. Il n’y a que le skipper qui n’a aucun contact avec les autres.

Pendant le Vendée Globe, un jeu en ligne massivement multijoueurs (MMO) avait été mis en place : Virtual Regatta. Il a réunit 470 000 personnes pendant la course où les conditions de jeu étaient identiques aux conditions réelles (avec vraie météo, vrais courants). Il y en aura une pour la MiniTransat. De mon côté, du coup, l’intégration du numérique se situe plutôt dans l’esprit et l’organisation du « autour de la course » avec l’organisation de soirée pour se retrouver, créer des liens et des relations hors du cercle des professionnels. J’aimerais bien mélanger les réseaux dans l’état d’esprit des départs de course.

Qu’as-tu prévu pour raconter cette traversée ?

Même si je n’ai pas de contact avec le monde extérieur, on a prévu d’envoyer des newsletters voire de faire un film, même si ça sera peut-être difficile à bord. Pour moi le numérique est intéressant pour s’investir au delà de la communication et agréger une communauté. A propos de l’intérêt de l’interdit de communiquer : la meilleure interview de Michel Desjoyeaux s’est faite, selon moi, à la fin de la MiniTransat, au moment où il a touché terre car il avait alors pu confronter la « vie durant la course » à la » vie à terre ».

L’idée de partage d’expérience est très présente. En mer, on a des coups durs tous les jours mais on pense aux gens qui suivent le projet. Ce que la façon de mener ce projet m’apporte – au delà de mon intérêt pour la voile – c’est le côté 360°. Tisser un réseau, partir au grand large,  développer la communication du projet… tout est riche ! En particulier, je suis très heureux d’avoir rencontré des personnes que je n’aurais jamais eu l’occasion de rencontrer sans être présent dans les communautés numériques.

Pour aller plus loin :

- Le projet de Ian sur KKBB

- Suivre le projet sur twitter

>> IllustrationsNodesign (Flickr, CC) et Ian Lipinski (Facebook)

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