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Learning Shelter & Leeaarn : la « french touch » de l’apprentissage numérique

Le 16 octobre 2012 par Gayané Adourian

Coursera et Udacity monopolisent l’attention dans le monde de l’éducation. À Paris, outre Unishared, deux startups françaises tentent de se développer dans ce domaine avec des visions alternatives. Portraits croisés.

Alexandre Dana (ESCP) a lancé sa première entreprise lors d’un stage destiné aux élèves de classes préparatoire. L’idée : qu’ils puissent partager leurs copies corrigées de devoir sur table. Bien que l’expérience ne soit pas vraiment concluante, il entame une double année de césure entre ses 2ème et 3ème années d’études pour un nouveau projet qui exige un investissement à temps plein : Learning Shelter.

Antoine Amiel (HEC), au profil littéraire – avec un passage en « hypokhagne » et « khagne » – est lui aussi en césure pour développer Leeaarn, une plateforme destinée à faciliter l’apprentissage à la carte. Pour cela, il a monté une équipe composée de quatre personnes.

Deux envies de faire bouger les choses

L’histoire de Learning Shelter (sortie courant octobre) commence avec l’appétit d’Alexandre pour donner des cours particuliers. Un jour, contacté par une personne située à Annecy, il teste le cours… avec Skype. Expérience concluante : le cours se déroule aussi bien qu’en présentiel avec même quelques avantages : pas de déplacement, partage de documents. Progressivement, Alexandre propose à tous ses élèves de passer par Skype. « J’ai senti qu’on pouvait faire quelque chose sur le thème de l’éducation et de la visioconférence ».

Pour Antoine, l’éducation est l’un des secteurs qui a le moins évolué avec le web… jusqu’à ces deux dernières années ! « On voulait faire quelque chose dans l’éducation. On voyait des services comme Skillshare répondre à une forte demande et ça nous a un peu guidé. Mais il est impossible de faire exactement pareil en France. »

Des méthodes et des envies différentes

Chez Learning Shelter, c’est le cours particulier qui est mis en avant. La jeune startup se positionne à rebours de la massification des cours en ligne qui déferle en ce moment (cf. Coursera ou Udacity). À défaut de proposer le même cours à 3 000 élèves, nos frenchies privilégient la notion d’interaction entre un professeur et un élève. Cette idée pré-existait depuis deux ans mais c’est au moment où Google a lancé Hangout qu’elle s’est réellement concrétisée. En effet, outre la vidéo, le service propose une édition collaborative de document (seule contrainte : les utilisateurs doivent avoir un compte sur Google+).

« De notre côté, on est parti sur l’idée de se créer son propre parcours » raconte Antoine. Lancé en mai dernier, Leeaarn se positionne sur le partage de compétences car c’est là qu’il y a le plus de demandes. Des cours sur les nouvelles technologies ou la création d’entreprise sont ainsi dispensés par des professionnels. L’avantage réside dans le carnet de contacts qu’ils peuvent partager, leur réseaux, leurs expériences tirées de situations réelles… mais aussi dans le sens inverse, des retours  qu’ils peuvent obtenir des « apprenants ».

Simplifier l’expérience utilisateur au maximum

Lorsqu’on arrive sur Learning Shelter, il est tout de suite possible de créer ou de suivre une classe. Chaque classe comprend la description d’un des cours avec les notions abordées, la durée, le nombre d’élèves, les recommandations et le nombre de cours donnés. Ensuite, il suffit de réserver un horaire. L’idée consiste à faciliter aussi la vie du professeur avec un calendrier où il pourra indiquer les plages horaires où il n’est pas disponible. « On aimerait regrouper une communauté de professeurs. » indique Alexandre.

Du côté de Leeaarn, sur le site, outre la biographie des intervenants, les cours possèdent un descriptif, le matériel qu’il faut apporter parfois, le niveau. Cela sert surtout à orienter les personnes qui souhaitent apprendre. À ce jour, les cours d’introduction se font généralement avec des personnalités plus ou moins connues – par exemple Roxanne Varza – puis d’autres prennent en charge les cours d’approfondissement. Tous les cours se font en présentiel, dans des locaux de startups ou des espaces de coworking.

Des services axés sur l’apprentissage permanent

Pour comparer avec les initiatives américaines, celles-ci n’offrent généralement pas de service mais uniquement l’accès au cours. Or, lorsqu’il n’y a pas de professeur en face, celui qui suit peut lâcher très rapidement… Aujourd’hui, ces services possèdent un très grand nombre d’utilisateurs mais ne comptent pas forcément beaucoup d’actifs. Le manque d’interaction déçoit souvent et sur Learning Shelter, les jeunes français ont décidé de prendre le processus à rebours : c’est le fait de donner un cours qui est démocratisé. « C’est probablement là qu’on est un peu innovant dans les cours en ligne… surtout qu’on n’a pas de modèle américain pour nous guider. » raconte Alexandre.

Coursera ou Udacity sont des services qui ont été lancés par des universités et non des étudiants. Learning Shelter a une vision hors de l’école, à compléter avec ce qui existe, par exemple l’utilisation de ressources ou d’autres services. Ici, il faut apprendre quelque chose, on ne vient pas pour les notes mais pour l’apprentissage. À terme, le service ne se fera plus seulement de personne à personne mais aussi avec plusieurs auditeurs. L’idée : donner des cours depuis chez soi mais aussi prendre des cours avec plusieurs professeurs différents dans la semaine. Le fait qu’il n’y ait pas d’engagement sur une durée est intéressant dans le cadre d’une construction de parcours pluridisciplinaire(s).

Selon Antoine, à l’heure actuelle, le taux de chômage pousse les gens à se former voire à changer de travail et la formation est devenue très importante, sans pour autant être réservée aux salariés de grandes entreprises. En parallèle, le coût des études et de la vie a augmenté et nos jeunes entrepreneurs constatent que le système a besoin de « renouveau ». Enfin, les pratiques numériques changent vite, ce qui pousse à se former de façon permanente. « Le système universitaire français reste plutôt unidiscplinaire mais aujourd’hui, il s’agit d’une vision obsolète avec des demandes devenues pluridisciplinaires, à la carte, ou les gens peuvent se créer leur propre parcours ».

Avec Unishared, qui pourrait être implémenté dans les deux services, mais aussi Cup Teach of Teach - pour ne parler que des plus connus – il semblerait que le milieu de l’éducation en France bouillonne… À suivre.

>> Illustrations : Benoît Crouzet (Flickr, CC), Learning Shelter (Facebook), Leeaarn (Facebook)

1 commentaire

  1. A.Dana le 16 octobre 2012 à 19:16

    Merci pour l’article ! Beaucoup de startups françaises essayent en effet de changer l’apprentissage. Et à la différence des Etats-Unis, le changement ne vient pas des universités (Udacity et Coursera ont toutes les deux été fondées par des profs’ de Stanford).

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