Les 10 éléments marquants de notre semaine au Québec

Le 23 janvier 2012 par Karine Braud

Normalement, le dernier semestre du Master 2 « Communication Scientifique et Technique«  de l’Université Stendhal devait se passer à peu près comme ça : quelques semaines de cours, une petite semaine de vacances pour la Toussaint suivie de quelques semaines de cours ; les dernières de notre vie. Finalement, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça pour nous…

Ça a commencé par une annonce qui circulait dans nos réseaux: l’Office franco-québécois pour la jeunesse (LOJIQ) proposait à des Français de 18 à 25 ans de participer au 12e Forum international Sciences et société organisé par l’Association francophone pour le savoir (@_Acfas). Une semaine direction Montréal puis Québec pour assister au Forum. Dépôts de candidature faits, Marie et moi sommes donc parties le 2 novembre direction l’outre-Atlantique avec quatre autres étudiantes de Master 1.

Sept jours, c’est un peu court… alors autant dire qu’on a essayé d’en profiter à fond. Entre le Forum, les rencontres avec plusieurs professionnels de la culture scientifique organisées par notre correspondant à LOJIQ et nos visites libres, nous n’avons pas chômé ! À travers ce « top 10″, nous sommes revenues sur les éléments qui nous ont le plus marqués. Ça n’a pas été évident de les hiérarchiser… mais vous avez ici la crème de la crème, sachant que le reste, c’était super aussi ! Nous avons aussi pris le parti de ne pas parler de nourriture car cela aurait tourné à un « top 10 des recettes les plus grasses mais c’est pour ça qu’on les aime »…

1. Le développement durable

Quand nous sommes parties de l’autre côté de l’Atlantique, on avait imaginé un pays à la pointe du développement durable, un pays dont on aurait tout à apprendre. Comme souvent, le propos est à nuancer une fois sur place… En discutant avec quelques Québécois, nous nous sommes vite rendu compte que les jeunes n’étaient pas vraiment plus éduqués que nous à ces notions. En outre, la ressource en eau est largement utilisée par les consommateurs privés car – contrairement à nous – ils ne paient pas leur consommation. Mais des projets très intéressants émergent comme le réaménagement de l’ancien site d’enfouissement de la ville de Montréal en un grand parc.

Aperçu de ce qui sera plus tard le deuxième plus grand parc de Montréal

2. Le mode de vie américain

Quand on arrive dans la Belle Province en tant que français, on se sent vraiment en Amérique (les américains s’y sentent peut-être eux un peu en Europe ?). Ce sont tout d’abord des grosses voitures comme on n’en verra jamais autant en France – « moins grosse qu’il y a quelques années« , soulignent notre accompagnateur Thierry Tulasne (mais grosses quand même !). Puis ce sont les snacks à tous les coins de rue – vous connaissez les bagels ? – et les chaînes anglophones à la télévision… De l’autre côté, la langue québécoise et la vieille ville de Québec nous rappellent sans cesse les origines européennes de ceux que l’on appelle nos « cousins ». Un mélange assez surprenant !

Montréal vue du Parc Mont-Royal

3. Le sens de l’hospitalité

Qu’on se le dise, l’hospitalité québécoise n’est pas une légende ! Dans la rue ou au boulot, tous ceux que nous avons rencontrés nous ont fait un accueil en or. Le plus surprenant a été de voir des inconnus dans la rue nous aider spontanément et nous conseiller alors qu’on avait l’air perdu. Sans compter toutes les personnes qui, en apprenant que nous étions Françaises, nous souhaitaient la bienvenue ! Du point de vue de la prononciation aussi des Québécois nous ont dit faire l’effort de limiter leur accent quand ils nous parlaient pour que nous puissions comprendre ! Bref, comment ne pas avoir envie de revenir dans cette ville où tout semble plus zen et plus accueillant ?

4. Melting-pot linguistique

Une pièce de théâtre en québécois, « ça vous tentes-tu ? ». En tout cas, ça nous semblait plus inoffensif que de rester dans cet avion où un pilote vous annonce au micro qu’ « il semblerait que nous allons atterrir »… C’est une blague où il n’est vraiment pas sûr ? Si en sept jours nous n’avons pas eu le temps d’obtenir notre diplôme de québécois LV2, nous en ressortons quand même avec une ou deux expressions plutôt sympas. Par contre, les mots anglais sont assumés et prononcés avec l’accent contrairement à nous, qui avons tendance à les « franciser ». À l’écrit, puisque la ponctuation est anglaise, alors oubliez les espaces entre la dernière lettre et point d’exclamation. Un beau melting-pot franco-québécois-anglo-saxon !

5. La culture participative

Nous sommes vendredi soir. Le 4 novembre. Nous sommes tout juste adaptées au décalage horaires et on espère tenir bon pour le Bar des sciences qui se prépare (et notre live-tweet !). Mais la soirée ne souffre d’aucun temps mort. Les jeunes québécois nous aident sans le savoir, par leur assurance et ce que nous, français, pourrions prendre pour du culot. Les questions fusent et c’est la même chose le lendemain. Il ne s’agit pas d’un manque de politesse mais, pour discuter de sujets aussi sérieux, pas de hiérarchie qui tienne. Les chercheurs et les étudiants échangent d’égal à égal.

L’atelier « La fabrication des idées »

6. Des français au Québec

Aller au Québec, même quelques jours, c’est le dépaysement ! Vraiment ? Finalement pas tant que ça… Premier jour à l’Acfas, rencontre avec Julie, ancienne étudiante du Master de communication scientifique de Strasbourg. Sans oublier plus tard Perrine, ancienne étudiante du Master de communication scientifique de Grenoble qui travaille actuellement aux 24h de sciences à Sciences pour tous, ni Céline, ancienne du master journalisme scientifique de Paris, qui travaillait pour le Consulat de France à Montréal. Pour les deux premières, un stage de fin d’étude à Montréal a suffi pour qu’elles prennent le virus québécois et décident d’y rester. Quant à Céline, celui-ci est venue après ses études, mais il est là, tenace, et comme les autres, elle veut rester outre-Atlantique. L’émigration « CST’inenne » au Québec ne fait que commencer !

7. L’engagement citoyen

Après la table ronde du dimanche matin, qui faisait un retour sur les ateliers du forum, nous discutons quelques minutes avec Rachel Solomon Tsehaye, attachée de recherche en sciences de l’éducation à l’IUFM de Dijon. Elle confirme la différence que nous avions ressentie en ce qui concerne la liberté d’expression, chez les chercheurs aussi. Les scientifiques sont plus impliqués qu’en France dans la vie politique. Cela lui fait se poser des questions : « [En France], on est tellement en train de tuer, de nier le citoyen en nous qu’on n’éveille pas la citoyenneté des étudiants ». Aussi a-t-elle très envie de partager avec eux ce qu’elle a vécu au Canada, de les inviter au voyage.

8. Le congrès de l’Acfas

Parmi toutes les activités par l’Acfas, une en particulier a retenu notre attention : le 80 ème Congrès. À cette occasion, des doctorants mais aussi quelques étudiants soumettent une communication à leurs pairs. Ceux qui seront retenus peuvent alors faire une présentation au cours du Congrès devant un public plus large. En dehors de cet exercice qui est souvent le premier pour eux, leur participation est l’occasion de se doter de quelques armes en termes de communication. Un projet de conseil en communication scientifique a été mis en place au cours duquel des conseillers font un diagnostic personnalisé de la présentation. Une initiative originale à suivre… et reproduire !

9. Technologies numériques

Au Centre des sciences de Montréal, on trouve des ordinateurs partout… ou presque. Le centre a en effet beaucoup misé sur les nouvelles technologies dès son ouverture en mai 2000. Une approche concluante ? En tous les cas, on a adoré la salle de production de reportages scientifiques. Assis devant un ordinateur avec un casque et un micro, on commence par choisir un sujet. On peut ensuite visionner de très courts témoignages qui nous rappellent les enjeux de telle ou telle technique (le clonage par exemple). Puis des vidéos d’informations et des personnes de divers horizons (une « bioéthicienne », un généticien,…) qui nous livrent leur point de vue. Une fois qu’on a toutes les cartes en main, on peut se forger sa propre opinion. Puis, avec l’aide du journaliste scientifique qui est derrière l’écran, on passe au montage en utilisant les vidéos présentées : « soyez clair, direct, et pensez à votre public!« . Et hop ! Directement dans notre boîte mail !

Une salle au Centre des Sciences de Montréal

10. Un ministre créationniste ?

Des créationnistes parmi les ministres ?… Oui, vous a bien entendu. Les Québécois le font remarquer avec beaucoup de dérision : le ministre canadien des Sciences et Technologies serait créationniste ! C’est en tout cas ce qu’il a laissé croire il y a quelques années, en refusant de se prononcer au sujet de la théorie de l’évolution du fait qu’il était chrétien… Après avoir inquiété la communauté scientifique, il semble qu’il soit revenu sur ses propos. Il est toujours en poste en tous les cas…

>> Article co-écrit avec Marie Sauget

>> Illustrations : K. Braud, M. Sauget, M.-J. Marcotte ; Centre des sciences de Montréal (Flickr, CC)

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