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Les Atomes Crochus : 10 ans entre théorie et pratiques

Le 25 juillet 2012 par Atomes Crochus

Dans leur lettre d’information, les Atomes Crochus ont l’habitude d’interroger des professionnels qui partagent leurs expertises, questionnements et actualités. Pour les 10 ans, c’est Richard-Emmanuel Eastes, co-fondateur de l’association, qui apporte son éclairage.

Quelle a été pour vous l’évolution des Atomes depuis ces 10 ans ?

Les Atomes Crochus ont suivi une évolution tout à fait inattendue, et je dois dire que le point où nous sommes arrivés ne constituait absolument pas une visée initiale. En effet, nos premières préoccupations, en 2002, étaient seulement et simplement de nous amuser, de partager notre enthousiasme pour la science et nos idées en matière de médiation scientifique. Il faut croire qu’elles n’étaient pas trop mauvaises, car nous n’avons dès lors cessé d’être poussés par notre succès, à travers des demandes croissantes de collaborations et d’interventions dans les lieux les plus divers et à travers le soutien de nos partenaires financiers, essentiellement publics.

À l’époque, nous étions d’ailleurs dans une toute autre démarche que maintenant : nous pensions utile de « promouvoir la science et la culture scientifique », de « sensibiliser nos publics à l’environnement pour un développement durable »… Des objectifs un peu simplistes, hérités du discours ambiant dans la communauté scientifique ou les associations environnementalistes, au-delà desquels nous avons peu à peu fait évoluer nos activités.

Comment ?

De multiples manières. En commençant par viser davantage une « mise en culture de la science » qu’une « promotion de la culture scientifique». En ne cherchant pas à susciter des vocations scientifiques à tout prix, mais plutôt un intérêt pour la science et la connaissance en général et surtout, en imaginant des activités destinées à lutter contre l’auto-censure des jeunes vis-à-vis de la science. En d’autres termes, en cherchant à éviter que les jeunes défavorisés ne se détournent de la science plutôt qu’à y amener coûte que coûte les plus brillants.

Enfin, en proposant des actions destinées à « clarifier les valeurs » de nos spectateurs plutôt qu’à leur imposer les nôtres dans une posture trop militante. à leur montrer les bons côtés d’un monde tourné vers le développement durable plutôt qu’à les culpabiliser des erreurs faites par leurs aînés, qui d’ailleurs ne savaient pas qu’ils faisaient des erreurs. Enfin, en prenant du recul sur l’ensemble de nos activités grâce aux réflexions du groupe Traces, et en nous interrogeant toujours sur leurs légitimités, leurs pertinences, leurs limites, les progrès potentiels que nous pourrions faire…

Comment s’articulent justement réflexion et action chez Les Atomes ?

Les Atomes mènent des réflexions très empiriques, sur le terrain, enconcevant leurs projets et animations, car l’essentiel de la réflexion académique a été confiée au groupe Traces, qui en constitue en quelque sorte l’émanation théorique (même s’il mène lui-même des actions concrètes très variées). C’est donc à un perpétuel échange entre les deux associations que sont dues les idées créatives qui s’y développent.

Pour autant, Les Atomes Crochus ne s’empêchent pas de réfléchir sur la théorie ! Ils ont tout de même été les co-fondateurs du manifeste « Révoluscience, pour une médiation scientifique responsable, autocritique et émancipatrice », alors qu’ils publiaient un ouvrage de réflexion sur le rapport entre art et science dans la médiation scientifique.

Au fil des ans, Les Atomes ont noué de nombreux partenariats : c’est important pour vous ? Pourquoi ?

Il n’y a que quelques années que nous nouons des partenariats aussi étendus et précieux ; dans un premier temps, nous avions tellement d’idées que nous tournions un peu en vase clos. Puis, lorsque les idées deviennent plus ambitieuses, on commence à manquer de compétences. L’expérience aidant, on commence à savoir auprès de quels partenaires les trouver. Et à être suffisamment connus pour que l’on vienne vous proposer des collaborations. C’est ce qui s’est passé pour Les Atomes Crochus et  c’est évidemment un très grand bien.

Quel rôle ont joué les différentes personnes qui ont rejoint l’aventure ?

Il n’est absolument pas possible de décrire, en l’espace d’un texte d’interview, la contribution de chacun des collaborateurs des Atomes Crochus. Mais si j’essayais de dire un mot de chacun… Côté bénévoles : Cathy pour le clown, Francine pour le développement durable et la clarification des valeurs, Bérénice pour le regard artistique, Mélodie la réflexivité et notre charte graphique, Nathalie pour la compréhension des enfants du primaire, Matteo pour les jeux de discussion et les liens internationaux, Bastien pour la rigueur intellectuelle, notamment lorsqu’on parle d’histoire des sciences, Livio pour son regard critique et pour ce que Paris-Montagne a apporté aux Atomes…

Côté salariés : Valentine pour avoir essuyé les plâtres, Marie pour la rigueur et la solidité de la structure administrative, Hélène pour sa créativité et l’idée des Haïkus, Clovis pour ses connaissances scientifiques et sa rigueur organisationnelle, Fabien pour son énergie et son contact avec les jeunes, Ronan pour son courage à lancer des projets pharaoniques, Stéphane pour la qualité de son art photographique, Adèle, Malo, Violaine, Maëlle, Eglantine, Anissa pour leurs idées folles et leur patience, Clémentine et Iris pour leurs incroyables dons de graphistes, Meriem pour ses talents de rédactrice… Sans compter la kyrielle de stagiaires qui ont donné,toujours avec passion et acharnement, de leur temps et de leur énergie pour la réalisation de nos projets. Sans compter, en outre, les formidables inputs que nous donnent régulièrement nos membres d’honneur, à commencer par André Giordan, compagnon de la première heure, François Taddei, encore plus fou que nous, ou Bernard Avron, ami de toujours.

Mais la culture scientifique est aussi un grand melting pot, où tous se nourrissent en permanence des innovations et réflexions des autres : nous devons donc également beaucoup à tous les acteurs qui, comme nous, oeuvrent à ce bel objectif consistant à donner accès à une meilleure compréhension du monde, dans lequel la science et la technologie jouent un rôle important.

Et le clown de science dans tout ça ?

Le clown de science est à la fois le ferment, le logo, la mascotte, le concept clé et le fil rouge des Atomes. Le fait que, 10 ans après notre tout premier spectacle, il nous soit possible d’organiser un festival avec une dizaine de compagnies montre à la fois que nous étions en avance et que nous restons au coeur de la réflexion que nous avons initiée. Car le clown, ce n’est pas seulement un personnage qui fait rire ; depuis le début, nous avons clamé qu’il constituait un « médiateur scientifique » par excellence, non pas au sens de la vulgarisation (le clown n’explique rien) mais de celui du rapport à la science, à la connaissance, à la matière, à l’objet, à l’autre. Dès lors, le clown fait absolument le lien entre les actions innovantes des Atomes Crochus et la réflexion du groupe Traces sur la science, sa communication et son rapport à la société. (1)

Les Atomes sont souvent présentés comme un laboratoire d’innovation : concrètement qu’est-ce que cela signifie ?

Il est bien possible que nombre de nos activités ne soient pas spécialement innovantes, ou ne le soient plus après quelques années. Pourtant, le fait de nous présenter ainsi nous oblige à nous renouveler, à chercher du neuf, à nous dépasser. Un objectif que nous atteignons de temps à autres, comme ce fut le cas avec la mise en art des jardins chimiques, l’invention du clown de science, le développement de l’expérience contre-intuitive et de l’approche phénoménologique, des contes scientifiques interactifs, des ateliers intergénérationnels, des concours art-science… Comment voyez-vous l’avenir ? Très difficile question ; si vous me l’aviez posée il y a 10 ans, j’aurais probablement répondu que l’avenir serait passionné, créatif, utile et pertinent… ou ne serait pas.

J’ai toujours poussé une multitude de projets en poursuivant ceux qui soudain s’avéraient opportuns, me laissant en cela guider par les compétences et envies de mes collaborateurs, et par les opportunités. Une démarche qui rend parfois la vie un peu incertaine et difficile à l’équipe des salariés, mais qui s’est toujours avérée fructueuse. Qui aurait parié il y a 2 ans que nous dirigerions aussi vite un centre de sciences aussi prestigieux que l’Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes ? En fait, je crois que je n’ai pas très envie de prévoir l’avenir ; mais plutôt de le laisser nous montrer ce qu’il a en réserve pour Les Atomes Crochus.

Note

1. Sur le clown de science chez Les Atomes, consultez aussi la lettre spéciale n° 11

>> Illustrations : Album de la page Facebook des Atomes Crochus (©), Knowtex (Flickr, CC)

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