Knowtex Blog

Les étudiants deviennent acteurs du changement dans l’éducation avec Unishared

Le 19 septembre 2012 par Pauline Dorkel

À 25 ans, Clément Delangue a créé Unishared, une plate-forme destinée à rendre le savoir accessible à tous. Un « social business » qui change la manière d’apprendre en favorisant la prise de notes collaborative.

Comment est né le site Unishared ?

Tout a commencé par un stage de huit mois chez eBay, où je me suis occupé de l’innovation mobile et de la partie « business developpement ». A travers cette expérience, j’ai pris conscience de ce qu’il était possible de faire dans le domaine de partage de compétence avec Internet. Ensuite, je suis parti à Dublin pour un semestre échanges dans le cadre de ma dernière année à l’ESCP (Ecole Supérieure de Commerce de Paris). Là-bas, j’ai commencé à “live-tweeter” mes cours. Je l’ai d’abord fait à l’occasion d’une conférence d’IBM et je me suis rendu-compte que cela intéressait plusieurs personnes. Cela a même généré des échanges intéressants, les gens me renvoyaient des liens, des ressources, des questions… J’ai senti qu’il y avait quelque chose à faire dans la prise de note collaborative et ouverte. Lors de mon dernier semestre, je suis retourné à l’ESCP et je me suis spécialisé en innovation… et j’ai créé Unishared avec un camarade.

Peux-tu nous rappeler le principe ?

L’idée principale, c’est de mutualiser la prise de note de cours et la diffuser sur internet. Les participants d’un même cours ou d’un évènement, peuvent créer du savoir en amont, prendre des notes de manière participative et continuer à enrichir le thème après. Cela marche en théorie pour n’importe quel cours, il suffit de créer une session. Le but de Unishared, c’est de rendre le savoir accessible à n’importe qui, peu importe ce qu’il fait, d’où il vient et où il se trouve. Pour nous, le fait d’être ouvert vers l’extérieur est très important car on montre que tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice. Par exemple, les commentaires, la recherche d’informations complémentaires ou contradictoires sont des rôles qui s’imaginent très bien sans avoir besoin d’être « encapsulé » dans le cours. Ce que j’aimerais, c’est de rendre l’apprentissage plus ouvert et plus collaboratif.

À quel stade de développement êtes-vous ?

Il y a déjà plus de 300 étudiants inscrits. Des grandes écoles ou des universités peuvent y créer leur espace pour que leurs étudiants publient les cours à cet endroit. Pour ces structures, cela permet d’avoir une visibilité à l’extérieur, de montrer une image d’ouverture et de partage. D’ailleurs le premier cours de l’Université de Stanford a été partagé sur Unishared au mois de juillet. Une petite réussite pour nous ! Depuis cet été, où nous avons travaillé d’arrache pied, nous avons intégré une dimension sociale à la plate-forme. Plus tard, on aimerait intégrer une application qui propose à chaque membre d’Unishared des cours pertinents pour eux.

Sais-tu comment est accueilli Unishared ?

Il y a un travail d’explication à fournir sur le fonctionnement d’Unishared et sur l’intérêt de participer. C’est sûr que cela demande une certaine connaissance du numérique et de l’utilisation de quelques outils… que tout le monde n’a pas ! Mais on a simplifié au maximum. Ce qui prend du temps, c’est de faire accepter ce type de concept aux différents acteurs. En pratique, il faut d’abord les faire tester. On voit qu’une fois qu’ils ont commencé, ils ont souvent envie de continuer. Pour moi, une entreprise doit être capable d’accompagner ou de générer des changements de comportements :  il n’y a qu’un pas entre prendre ses notes de façon « traditionnelle » et sur Unishared. Le point essentiel reste de laisser la possibilité d’avoir différents niveaux d’engagements. Par exemple, la plate-forme ne doit pas nécessiter un engagement fort dès le début, mais ce dernier doit pouvoir évoluer.

Pourquoi avoir décidé de créer une société ?

J’ai toujours baigné dans l’univers du commerce à travers ma famille. Dans ce domaine, il faut avoir cet esprit d’entrepreneur pour s’en sortir. Ensuite, à l’ESCP, je me suis investi dans une association qui conseillait des personnes voulant créer leur propre entreprise. J’ai eu la chance aussi de beaucoup voyager – j’ai fait plusieurs stages à l’étranger – ce qui m’a permis de me rendre compte de l’ouverture d’esprit et de la place qu’il pouvait y avoir pour s’exprimer, développer des idées. Du coup, j’ai eu envie de me lancer aussi dans entrepreneuriat, il suffisait d’avoir l’idée et d’être accompagné.

D’un autre côté, je savais depuis longtemps que ce que je ferai devait à la fois me passionner et avoir un sens autre que matériel. Les premières années à l’ESCP ont déclenché tout le reste : j’avais envie d’avoir un impact positif dans ce que je fais ! Le fait d’appartenir aussi à la communauté MakeSense, dont le but est d’aider des individus partout dans le monde à développer leur entreprise à finalité sociale, a renforcé ce sentiment de donner quelque chose à tous. L’idée de partager le savoir, de le rendre accessible, c’est très important pour moi. Le savoir dispensé dans les meilleures universités (e.g Harvard ou ailleurs) pourrait être suivi, partagé, commenté, augmenté par bien plus de personnes qu’il ne l’est actuellement. C’est l’un de nos objectifs.

Comment vois-tu l’entrepreneuriat social ?

Il est important pour moi de coupler innovation et social ! Ces deux notions vont très bien ensemble car l’innovation a de l’impact seulement si les gens l’acceptent et se l’approprient. Dans le même temps, des signaux montrent qu’on arrive dans une ère de prise de conscience des dimensions sociétales et environnementales par les entreprises. Ce mouvement part vraiment de la jeunesse et les générations un peu plus vieilles mettent plus de temps à s’y mettre, sauf quelques passionés. Du coup, le changement est très lent. Pour caricaturer, si tous les patrons du CAC40 avaient moins de 25 ans, je suis sûr qu’un changement de fond s’opérerait bien plus vite. Les jeunes ont beaucoup plus de contact avec la diversité et côtoyer la différence rend moins indifférent aux dimensions sociales.

Pour aller plus loin

- À propos de Clément, cet article récent dans Forbes

>> Illustration : François Tancré (©, Eventpixr)

1 commentaire

  1. bubu le 19 septembre 2012 à 19:24

    Bonjour
    J aurai une question: quelle différence y a t il entre unishared et
    un wiki en terme d innovation ?

Ajoutez un commentaire

Pas encore membre ? Inscrivez-vous pour laisser un commentaire ! Déjà membre ? Connectez-vous

Tous les contenus, sauf exception signalée, sont sous licence Creative Commons BY-NC-SA