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Les femmes de génie sont rares ?

Le 1 juin 2011 par Marion Sabourdy

Une question provocante pour un spectacle réjouissant et émouvant. Anne Rougée « dépoussière » la légende de Marie Curie en 30 minutes bien senties, alternant entre lecture de textes authentiques et questionnements féministes.

Samedi 21 mai, les enfants se bousculent dans le bâtiment Esclangon de l’Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris), la bien-nommée. Ce sont les « 117 heures de la Chimie » (autant que d’éléments dans la classification périodique), un événement organisé par l’université, qui s’inscrit dans le cadre de l’année internationale de la Chimie.

Au programme, de nombreuses expériences, menées par les enfants et encadrées par de jeunes animateurs scientifiques qu’on devine étudiants en chimie. Mis à part les parents, peu d’adultes dans le bâtiment. Les rares présents s’attardent peu sur les stands et se dirigent plutôt vers l’amphithéâtre Herpin, qui accueillait deux pièces de théâtre dans l’après-midi.

Femme + génie = équation impossible ?

C’est de la première dont je vais vous parler ici, « Les femmes de génie sont rares ? », que j’ai découvert grâce à son auteur, Anne Rougée, rencontrée lors du 4ème apéro « Science et Web » à l’Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes.

« Pièce de théâtre » n’est pas l’expression exacte. Il s’agit en fait de la première partie, ou du premier acte d’une pièce qui en compte trois, consacrée aux femmes scientifiques, ou « femmes qui ont traversé la science », dont la mathématicienne Ada Lovelace et la physicienne Émilie du Châtelet.

Pour débuter cette « trilogie », Anne Rougée et Stéphane Baroux, comédien et metteur en scène, ont choisi pour figure la chimiste Marie Curie et pour lieu une loge de théâtre, avant une représentation (les deux autres parties évoqueront la répétition et la représentation). Anne incarne une comédienne, passionnée par la vie de Marie Curie, qui échange avec un autre comédien, joué par Stéphane Baroux. Passionnée par Marie Curie, elle lit et fait lire à son partenaire des textes de la chercheuse, de son mari Pierre et de leur deuxième fille Ève.

C’est l’occasion d’évoquer la vie de Maria Sklodowska, depuis son enfance et sa jeunesse dans la Pologne occupée par les Russes jusqu’à son deuxième Prix Nobel de Chimie en 2011, en passant par sa rencontre avec Pierre Curie, ses travaux qui ont permis la découverte de la radioactivité et du radium, la mort tragique de Pierre et les campagnes de presse contre elle… On découvre une Marie Curie joyeuse et généreuse, loin du cliché de la travailleuse austère et acharnée qu’on connait.

Le théâtre et la science en train de se faire

Malgré les conditions – journée ensoleillée et donc peu propice à l’afflux des spectateurs, amphithéâtre non dédié à ce type d’exercice – l’exercice est réussi et emporte l’adhésion des personnes présentes. Le choix d’écriture et de mise en scène est riche de sens, qui mêle théâtre en train de se faire et science en action. Par étonnant quand on connait le parcours d’Anne Rougée, directrice de la compagnie « Comédie des Ondes » mais aussi normalienne en mathématique et docteur en physique.

Anne a longtemps travaillé dans le milieu industriel de recherche et développement d’applications en imagerie médicale. Passionnée par l’histoire des sciences et techniques, elle a effectué des recherches sur les formes populaires de vulgarisation des sciences (voir sa biographie et son mémoire sur le site Automates Intelligents).

Elle propose ici une pièce très personnelle nourrie de son expérience, des stéréotypes machistes qu’elle a recensés (et sans doute subis, par elle et ses collègues féminines, comme le fameux « plafond de verre ») et de ses propres questionnements : « Peut-on être femme et scientifique ? Peut-on être scientifique et artiste ? ». Lors de la petite causerie d’après spectacle, elle précisera ses intensions et donnera quelques anecdotes dont sa rencontre avec Hélène Langevin-Joliot, la petite fille de Marie Curie qui a récemment publié un recueil de lettres entre sa grand-mère (Marie), sa mère (Irène) et sa tante (Ève).

Un peu de lecture avant d’aller assister aux deux prochaines parties du spectacle, la deuxième étant écrite, mais pas mise en scène et la troisième en cours d’écriture. « J’espère créer la version complète pour la prochaine Fête de la science, le mercredi 12 octobre prochain au lycée Camille Sée sur l’invitation de Véronique Chauveau de l’association Femmes et Mathématiques » précise Anne Rougée. Souhaitons-lui un été prolifique !

>> Illustrations : Marion Sabourdy pour Knowtex et Comédie des Ondes

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