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Les webTV scientifiques

Le 17 décembre 2010 par Antoine Blanchard

En France, la télévision a ses limites et accorde peu d’importance aux programmes de vulgarisation scientifique. Si les contenus scientifiques n’y prospèrent pas (ou alors dans des formats souvent édulcorés), ne peut-on pas leur trouver de nouveaux débouchés sur le web ?

C’est l’idée des webTV scientifiques, qui transposent à l’univers d’Internet les principes des chaînes télévisées (une ou plusieurs émissions, une « couleur » éditoriale, des rendez-vous réguliers), avec parfois quelques libertés supplémentaires (ton, rythme de mise en ligne…).

Avec une webTV, on imagine souvent toucher un public large (65 % des français sont des internautes et 28 % d’entre eux regardent de la vidéo en ligne) à un coût proche de zéro… Un leurre, probablement. Une webTV a un prix, à un moment ou un autre de la chaîne de production.

Sur un hébergement mutualisé gratuit (UstreamLivestream ou Justin.tv), elle est soumise à de la publicité ou à des limitations d’utilisation. Hébergée soi-même, elle demande des infrastructures conséquentes pour assurer la diffusion en streaming. Proposant des créations originales et de qualité professionnelle, elle nécessite d’investir dans du matériel vidéo et des compétences d’écriture, réalisation et montage.

Pour ce qui est des publics, il faut voir les utilisateurs de webTV comme des cibles particulières au sein de la population des internautes (voire de la population tout court : et si la véritable cible de la vulgarisation scientifique n’était pas un public majoritairement internaute ?). Bien qu’utilisateurs d’internet, ceux-ci sont loin de se conformer à un même modèle.

Veut-on cibler les classes créatives ? Les amateurs de science (par exemple ceux qui lisent des blogs de science) ? Les enseignants ? Les adolescents ? Les enfants ? Leurs parents ? Impossible de viser le carton plein, même en multipliant les émissions et les formats.

Le ton et le public d’une webTV se définit dès sa charte graphique, son ergonomie et ses fonctionnalités (il suffit de penser par exemple à l’espace Juniors du site d’universcience). Et c’est comme ça que Canal-U se retrouve étiquetée « télé idéale de certains lecteurs de Télérama, disons les plus intellos du lot » !

Une vraie question subsiste : que mettre dans sa webTV ? Universcience, par exemple, a choisi d’offrir un magazine scientifique hebdomadaire (16 cases programmes originales) sur universcience.tv et une offre de VOD mutualisée avec d’autres organismes de recherche et de culture scientifique (CNRS, Inserm, IRD, CEA, Cnes, Inria, Cerimes, Curiosphere.tv, Université Nancy 2…) sur universcience-vod.fr.

Les choix éditoriaux influent aussi sur la durée des vidéos, leur fréquence de publication, etc. Nausicaa, à Boulogne-sur-Mer, a choisi d’utiliser sa webTV TV Nausicaa pour retransmettre en direct certaines animations de son centre de culture scientifique, en particulier des duplex avec des correspondants qui témoignent de leurs actions pour la mer aux quatre coins du globe.

Les webTV scientifiques fleurissent sur le web, en français (Télé2sciences.tvTéléSavoirsParisTech InsightCanal-UCanal IRDCanalc2 – on en trouvera une liste encore plus complète ici), en anglais (Spaceflight NowThe Royal Society…) ou plus encore (Experimentarium).

Tout est donc question de « contrat éditorial » – est-ce qu’il s’agit de proposer des apprentissages, du divertissement, du lien social ? Est-ce qu’il s’agit d’animer un territoire, une communauté d’intérêts ? Voire même, est-ce qu’il s’agit d’offrir une vitrine à la science, une image « cool » et « tendance » à moindre frais ?

L’emballage « webTV » ne doit pas faire oublier ce qu’on y met. TV Nausicaa, par exemple, privilégie les rendez-vous en direct avec les internautes, et donne à ses émissions un ton informatif (sans être « intégriste »), pédagogue (sans être professoral), positif (incitant à l’action) teinté d’un humour de connivence.

Quel est l’avenir des webTV scientifiques ? Entre l’option « communautaire » (forte présence sur les médias sociaux, ouverture au contenu généré par les utilisateurs) et l’option « institutionnalisation » (diffusion dans le bouquet Neufbox TV ou la Freebox TV), la multiplication des écrans (ordinateur, téléphone mobile, iPad, univers virtuels à la Second Life…) semble incontournable.

Le web change le rapport à la télévision, aussi bien dans le rapport au temps (avec la télévision de rattrapage) que dans le rapport affectif (avec les espaces de discussion). Arte l’a bien compris, en refondant le blog de son émission scientifique X:enius, pour offrir encore plus de contenu (texte ou vidéo) et d’interactivité. Evidemment, les webTV sont les mieux placées pour explorer ce potentiel d’expérimentations !

Je remercie Océane Gaborit pour ses explications sur TV Nausicaa, Pierre Girard pour X:enius et Benjamin Benita pour universcience.tv. Je reste le seul auteur de ce billet et endosse toute responsabilité pour les erreurs qui auraient pu s’y glisser.

>> Illustrations : Fenchurch! (Flickr, ©)

>> Billet co-écrit avec Élise Daoudal

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