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Lift 2012 : trois jours pour s’élever

Le 22 février 2012 par Gayané Adourian

À l’occasion de l’ouverture de la conférence Lift qui se déroule du mercredi 22 au vendredi 24 février 2012, nous avons eu l’occasion d’interroger Nicolas Nova, l’un des co-fondateurs de l’événement.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Pour commencer, je voudrais tout de suite préciser que si j’ai fait partie des co-fondateurs de la conférence Lift, mon rôle est maintenant un peu moins important, plutôt centré sur l’éditorial. Aujourd’hui, je m’occupe surtout du laboratoire « Near Future Laboratory » basé entre Genève, Barcelone et Los Angeles autour des usages des technologies et du design.

Avant cela, je suis passé par un parcours en sciences humaines et sciences cognitives où je me suis intéressé aux interfaces homme-machine et aux interactions entre utilisateurs de technologies numériques et leurs interfaces. C’est la question des usages qui retenait mon attention. De là, je suis passé aux thématiques liées à l’ergonomie puis au design, en rapport avec les nouvelles technologies.

Pour autant, j’ai toujours eu à coeur d’avoir un pied dans le concret et le tangible. C’est notamment pour cette raison que j’ai travaillé dans l’industrie du jeu vidéo, ce qui m’a permis de me construire une expertise sur l’interaction homme-machine. Je souhaitais surtout comprendre les usages et pratiques des industries dans une logique de conception et de création pour pouvoir ensuite proposer des interfaces. Depuis je m’intéresse au numérique au sens large, aux problématiques de géolocalisation, à la ville numérique et aux interfaces gestuelles. Dans ce double parcours, mon intérêt pour le design est né en cours de route.

Comment est née la conférence Lift ?

Petit à petit, l’idée est venue de créer un événement qui pourrait fédérer différent acteurs de cette discussion. À l’époque on discutait et on se rencontrait par blogs interposés dans une perspective commune. La conférence est apparue comme une suite logique et a su créer un intérêt pour ceux qui y ont assisté. Le modèle s’est même ensuite répliqué et développé d’abord en Asie puis avec La Fing à Marseille. De mon côté, je me suis de plus en plus impliqué dans le studio de design et de création en gardant la partie éditoriale de l’événement avec Laurent Haug.

Le coeur de l’événenement c’est un intérêt fort pour l’innovation et le changement. On souhaite montrer que la technologie n’est pas seulement un ensemble de contraintes mais peut se révéler aussi un ensemble d’opportunités qui peuvent influencer notre vie. Pour l’occasion, on a mis en place différentes initiatives pour faire comprendre, découvrir ou montrer ces changements : la partie conférence joue beaucoup mais les ateliers sont également très présents. Une partie plus interactive avec des artistes ou des designers permet  d’ajouter un support à la discussion.

Mais au-delà de la partie un peu magistrale, la conférence est aussi un moment privilégié pour les mises en relation. Pour Lift, on a une forte volonté d’être participatif, d’utiliser au mieux les médias sociaux pour rendre possible des discussions avec la communauté avant, pendant mais aussi après l’événement. La communauté agrégée autour correspond à environ 7 000 personnes, ce qui n’est pas rien ! Souvent des membres eux-mêmes proposent des thématiques d’ateliers voire des orateurs. Cela nous permet de constituer des bases de données de speackers ou de sujets. Ensuite on peut découper un programme en fonction des propositions auxquelles on ajoute nos propres idées.

Quelle évolution avez-vous pu constater  ?

Au début, je pense que ceux qui venaient étaient plutôt ceux qui voyaient la technologie pour elle-même. Au fur et à mesure, nous avons agrégé d’autres intérêts notamment autour de l’implication sociale et culturelle des technologies, du côté business et des usages plutôt que de l’objet gadget. De nouvelles personnalités sont alors apparues comme des designers, des anthropologues, des chercheurs en sciences humaines…

Ces derniers venaient beaucoup plus pour la problématique du changement induite par les nouvelles technologies que pour le côté nouveauté. Pour autant, nous avons vraiment voulu garder le côté start-up et entrepreneurs. C’est à mon sens ce mélange des acteurs de l’innovation qui ont des background et des profils différents qui peut différencier Lift des autres événements. On y trouve une valeur dans le foisonnement de points de vues.

L’écueil à éviter aurait été celui de rester entre nous. La conférence est chère – l’organiser à un coût – mais nous avons mis en place différents mécanismes pour garder une certaine diversité dans notre public. Par exemple, à travers des partenariats avec des écoles de design (Ensad, HEAD)  ou des Organisations Non-Gouvernementales nous permet de garantir cette ouverture. En effet, la valeur de l’événement augmente avec la possibilité de faire interagir différents profils, communautés et compétences. C’est aussi pour cette raison que nous avons privilégié des temps de pause assez longs qui favorisent les moments d’échange, de discussions et de rencontre.

L’événement se prolonge-t-il après les 3 jours ?

Il reste de difficile de garder une trace de ce qui s’est passé après un passage à Lift, de visualiser la circulation des idées. Ce qu’on a pu voir notamment dans les suites de l’événement, ce sont des mises en relation qui se sont concrétisées par exemple sous forme de recrutement ou de développement pour certaines start-up présentes sur place. C’est parfois l’occasion également pour certains de trouver des partenaires pour candidater sur des projets de recherche. Ce qu’on observe – et qui nous réjouit aussi – c’est que Lift permet de faire émerger des gens ou des idées. L’échange reste une composante très importante.

Y-a-t-il une place privilégiée pour les designers ?

Le design a de l’importance dans cet événement mais il est entouré d’autres thématiques. Ce qu’on essaie de montrer, c’est que les designers, à travers leur approche et leur sensibilité, sont des bons acteurs de l’innovation. Ils ont une sorte de rôle de chef d’orchestre en somme. Ce sont des entremetteurs entre les changements sociaux et les possibilités qu’offrent les nouvelles technologies. Ce qu’ils apportent en plus, c’est une possibilité de projection dans l’avenir en montrant à quoi pourrait ressembler le futur.

Ce discours de prospective est souvent attendu. Leur manière de mettre en forme les idées constitue une contribution intéressante. Pour moi, ils ont une force d’innovation assez forte. Par exemple, une technologie qui peut être robuste n’est pas forcément acceptée mais en imaginant différents scénarios d’usages, une autre mise en forme, ou une mise en lien, de nouvelles pistes peuvent être envisagées. D’ailleurs avec le web2.0, un véritable souci de l’expérience utilisateur et de l’interface est apparu. Le design apporte une contribution un peu différente par sa capacité à mettre en musique différentes composantes.

Un petit mot sur le programme de cette année ?

Pour cette session, différentes thématiques se succèderont comme celle autour du luxe et du numérique, de la finance mais aussi de l’infobésité. D’autres axes comme near future, stories, ou encore technology ressources people (autour de l’influence des usages et technologies sur notre manière de vivre) structureront les journées. Enfin, la thématique de la gamification et des jeux video sera également abordée car cela nous semble très intéressant, à la fois comme force de changement, mais aussi en tant que créateur de nouveaux liens sociaux. Pour finir avec quelques perspectives un peu décalées, nous avons invité également des « extreme hackers » qui permettront d’ouvrir d’autres espaces des possibles.

>> Suivez le streaming vidéo de la conférence Lift12

>> Illustrations :  Julian Bleeker , Knowtex (Flickr, CC)

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