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Lyon s’ouvre à l’Europe sur des projets science et société

Le 9 décembre 2010 par Marion Sabourdy

Pour structurer son action locale et régionale, le Service Science et Société de l’Université de Lyon parie sur son expérience européenne. En choisissant de s’impliquer dans un réseau d’acteurs européens via plusieurs projets, « nous découvrons des exemples que nous pouvons adapter à notre territoire » indique Béatrice Korc, la directrice du service. « Cette ouverture nous apporte beaucoup pour comprendre différentes cultures et expérimenter des dispositifs, renchérit son adjointe Isabelle Bonardi, le fait de travailler au niveau européen nous donne une vision différente du local »

Ainsi, au sein du dispositif CASC (voir description en bas de l’article), le service a installé et animé l’exposition Sismo tour sur les séismes et tsunamis (créée par le Palais de la Découverte) pendant une semaine à la galerie commerciale Auchan à Saint-Priest (banlieue de Lyon). Si les résultats de la fréquentation sont inférieurs à ce qu’on aurait pu imaginer (500 personnes environ sur quatre jours ont pris le temps de discuter avec les médiateurs), le directeur de la galerie commerciale a apprécié ce travail et l’équipe souhaiterait y réitérer l’expérience et l’étendre au centre commercial de La Part-Dieu au centre de Lyon.

Autre exemple, le projet Urbanbees pour lequel le service intervient sur la dimension culturelle. « Nous avons créé une exposition sur la question du lien, de la place de la nature et du sauvage en ville (voir le portrait de Pauline Lachappelle). Cette exposition circulera sur l’agglomération lyonnaise puis dans 60 structures régionales comme des établissements scolaires et des collectivités territoriales, pendant 4 ans ».

Le service profitera de ce projet pour lancer des démarches participatives, sa spécialité : observation de pollinisateurs sur les sites, de milieux d’accueil, réflexion-débat sur le rapport à la nature et aux insectes, construction de nichoirs qui intègreront des témoignages d’habitants. « Nous souhaitons également confier à un ethno-anthropologiste une étude sur l’évolution de la perception qu’ont les urbains des insectes et du retour en ville de cette nature sauvage ».

L’implication européenne n’allait pourtant pas de soi dans une équipe déjà très occupée par les projets locaux et ne maîtrisant pas parfaitement la langue de Shakespeare. « Si l’Europe apporte les budgets de base, l’équipe doit être à même de trouver les budgets complémentaires. Concernant la langue, nous avons compensé cette faiblesse en composant des tandems » précise Béatrice.

Et le résultat est là : des jeunes femmes motivées, curieuses, qui voyagent en Europe et rapportent dans leurs valises des exemples de médiation « science et société ». « Nous avons visité une exposition sur les grands sujets de société à la Casa de las Ciencias, à la Corogne dans la pointe Nord-Ouest de l’Espagne, se souvient Isabelle, nous y avons eu des échanges fructueux sur la façon de faire de la médiation. Les espagnols proposent beaucoup et laissent les visiteurs libres. En France, on prête encore trop d’importance au contenu et pas assez à la médiation… »

Quant à la logique de fonctionnement de ces projets, Isabelle explique : « soit on est débutant, comme pour nous en ce qui concerne les Boutiques de sciences, et les réunions nous permettent d’appréhender les dimensions multiples des thématiques en jeu, soit on a déjà développé une plus grande expertise, par exemple avec les Cafés de sciences et on assure un rôle de synthèse des expériences ».

En effet, le service a contribué à créer des outils et rassembler des données dans un guideline sur la manière dont les cafés travaillent, leur potentiel, leurs besoins. Pour ce faire, il s’est appuyé sur deux enquêtes : l’une proposée à l’ensemble des organisateurs de Cafés d’Europe et l’autre à des focus groups dans chaque pays (1), composés de différentes structures qui souhaitent se lancer ou ont déjà expérience et faire ressortir leurs connaissances. « L’année prochaine, nous aimerions commencer à développer des activités pour les jeunes publics centrées sur la mise en débat de sujets en lien avec la science et les technologies. Les cafés des sciences junior sont un outil possible, mais pas le seul et nous allons tenter différentes expériences de médiation » prévoit Béatrice Korc.

La directrice est soucieuse que les activités de son service participent autant que possible à une évolution des pratiques et des mentalités : « la France est en retard sur les questions de débat démocratique. Il faut commencer avec les enfants, comme cela se pratique dans les pays du Nord de l’Europe, pour créer une culture démocratique réellement participative, avec des citoyens capables de débattre sans se « taper dessus », comme c’est trop souvent le cas ici ».

Le projet PERARES (engagement de la société civile dans la recherche) « nous permet de bénéficier de l’expérience des universités qui mettent déjà en oeuvre des dispositifs appelés « Boutiques des sciences » créés pour faciliter l’accès de la société civile à la recherche. Forts de ces échanges, nous allons développer un modèle spécifique, adapté aux enjeux de notre structure et du territoire dans lequel elle s’inscrit. Nous souhaiterions travailler avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire par exemple, qui n’ont pas facilement accès à la recherche par insuffisance de financements, souligne Béatrice Korc. Nous devrons faire émerger le besoin de recherche, le traduire et identifier les laboratoires susceptibles d’y répondre ».

Les projets

CASC : Cities And Science Communication

Domaine : villes de science

Financement : volet « science dans la société » de la partie « capacités » du Programme-cadre de recherche et développement technologique (PCRD7) (2)

Sites internet : officiel et action du service

Participants : 17 villes dont le leader Birmingham

Contexte : les villes de science sont des dispositifs créés en Angleterre pendant les années 1980 pour recentrer la ville autour de nouveaux centres économiques comme la recherche et l’innovation. Dans ce cadre, les universités entretiennent des liens forts avec la politique de développement de la ville et les industries. Ce sont des incubateurs, des pôles de compétitivité autant que des structures de lien avec la société civile.

Publics visés : les « hard to reach groups » ou les publics éloignés dont chaque pays n’a pas la même définition. Par exemple, les anglais travaillent avec les personnes âgées et les roumains avec les groupes linguistiques comme les hongrois.

Fin du projet : événement du 26 au 28 janvier 2011 à Birmingham avec un bilan et des recommandations politiques, notamment sur la place de la médiation dans le développement des villes.

PLACES : Platform of Local Authorities and Communicators Engaged in Science

Domaine : villes de science

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Participants : 70 villes européennes coordonnées par le réseau européen ECSITE

Objectifs : développer et renforcer les partenariats entre les différentes villes du réseau et leurs centres de sciences, muséums, festivals et événements. Structurer les activités de communication autour de la science, partager les outils, les ressources et les résultats.

Outils : études, rapports, plateforme ouverte sur internet, rencontres régulières, groupes de travail thématiques, relations entre les villes, initiatives inédites concernant les controverses scientifiques.

SciCafe : The Science Cafe Network

Domaine : cafés scientifiques

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Sites internet : officiel et activités du service

Contexte : Depuis janvier 2010, les partenaires ont contribué à la mise en place d’un site internet et à la conception d’outils dont le but est de faire connaître aux organisateurs potentiels de café comment s’y prendre, communiquer, créer un réseau  dynamique.

PERARES : Public Engagement with Research and Research Engagement with Society

Domaine : boutiques des sciences

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Contexte : initiative portée par l’université de Groningen (Pays-Bas) et la plate-forme d’échange d’expérience Living Knowledge.

Objectifs : renforcer les interactions entre les chercheurs et la société civile dans 17 pays et développer le réseau européen de Boutiques de sciences existantes.

Urbanbees, la ville et ses abeilles

Domaine : environnement

Financement : Programme LIFE+ dédié au développement et à l’environnement (3)

Sites internet : officiel et activités du service

Délai : jusqu’en 2014

Contexte : L’association Arthropologia a monté ce projet avec Bernard Vaissière (INRA Avignon). Ils ont observé que depuis plusieurs années, les insectes pollinisateurs et notamment les abeilles survivent mieux en milieu urbain. Ainsi, 200 espèces d’abeilles sauvages sont revenues en ville notamment grâce à la réduction des produits phytosanitaires, une température plus importante qu’en milieu rural et paradoxalement plus de variété de plantes. En revanche, les chercheurs n’ont aucune information sur la façon dont elle nidifient et se nourrissent. L’association a donc lancé une étude pour mise en place un plan de gestion reproductible partout en Europe. Ce projet de mise en lien entre les chercheurs et la société a pour but de questionner sur les changements de pratiques, les services écologiques et faire des propositions en matière d’agriculture.

Nuit européenne des chercheurs

Domaine : événement. rencontre chercheurs / publics

Financement : programme spécifique PERSONNES du PCRD7 (4)

Sites internet : officiel et activités du service

Contexte : le 24 septembre 2010, de 17h à 00h, les villes du réseau – 12 villes en France cette année – font se rencontrer des chercheurs avec les publics pour faire parler les gens de leur expérience. Cette année, le thème était « DiversitéS » naturelle et culturelle.

Notes

  1. Outre l’Université de Lyon, les autres membres français des focus groups sont l’association Paris Montagne, le Café des sciences d’Avignon et le Bar des sciences de l’Université Montpellier II
  2. Ce volet comporte trois lignes d’actions : (a) gouvernance plus dynamique des relations entre la science et la société (meilleure compréhension de la science et de la technologie, engagement à anticiper et à clarifier les problématiques, renforcement du système scientifique européen, évolution du rôle des universités) ; (b) renforcement du potentiel, élargissement des horizons (égalité homme-femme dans la recherche, jeunes et science) ; (c ) faire communiquer la science et la société.
  3. Actions qui contribuent au développement, à la mise en œuvre et la mise à jour de la politique et de la législation communautaires dans le domaine de l’environnement.
  4. Objectif : renforcement quantitatif et qualitatif du potentiel humain dans le domaine de la recherche et de la technologie en Europe.

>> Illustrations : Thierry Fournier

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