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Makers : l’industrie rebootée par les communautés

Le 24 janvier 2013 par Martin Pasquier

J’ai longtemps refusé de lire les livres des cerveaux les plus brillants de la Sillicon Valley, probablement parce que j’avais peur d’être convaincu et de devoir changer ma philosophie immuable… Heureusement, je n’ai pas encore 30 ans et OUI, j’ai lu un de ces livres et OUI il a changé la donne ! Au moins pour moi.

Le livre de Chris Anderson - “Makers: la nouvelle révolution industrielle” - est un livre GÉ-NIAL que l’on ne peut refermer sans FAIRE quelque chose après. Il épouse parfaitement ma vision d’un monde basé sur les communautés… ce qui peut sembler naturel pour des américains mais beaucoup moins pour des européens (d’ailleurs, ce que je vis en Asie confirme l’exception américaine).

Les produits incubés dans une communauté ont plus de chance d’être adoptés

Pour Anderson, la troisième révolution industrielle – après la machine à vapeur et la mécanisation aux 18e-19e siècles, le pétrole et les transports aux 19e-20e – est sur le point d’arriver grâce au web ET à la façon dont il change les processus de production. Au-delà des imprimantes 3D, découpeuses laser et autres outils de bidouille (« DIY ») représentant le mouvement des « makers », Chris Anderson nous montre parfaitement comment ces outils numériques & physiques sont en train de refaçonner notre société :

  • Si le web a démocratisé l’innovation en bits, les makers démocratisent l’innovation en atomes grâce à des outils de prototypage rapides et abordables. Bienvenue dans “the long tail of things” [la longue traîne des biens].
  • Le travail des makers est basé sur la communauté : elle procure l’étude de marché, le marketing et une partie des recettes en échange de récompenses symboliques comme la reconnaissance ou des droits étendus au sein de la communauté (pensez aux modérateurs de forums ou les différentes récompenses des plateformes de crowdfunding).
  • Si vous aimez la géo-économie, vous serez ravis d’apprendre que les makers peuvent être un moyen pour l’Occident (et les États-Unis notamment) de contrer la main d’oeuvre bon marché d’Asie, puisque la valeur du produit revient à sa communauté, à sa proximité au consommateur, à sa fiabilité, à sa capacité à être remodelé.
  • Cette révolution est celle des amateurs, qui, après avoir conquis les réseaux sociaux avec des lolcats et des bébés, entrent dans le monde physique avec des objets personnalités et irrésistibles. Pourquoi acheter chez IKEA quand vous pouvez commander des choses plus authentiques sur Etsy ? C’est là que le surplus monnétaire se trouve : vous payez votre évitement de la consommation de masse (pour de bon !).

  • Cette “industrie du cottage”, en référence aux premiers temps de la révolution industrielle anglaise, n’est pas une concurrente de l’industrie de masse, mais répond à une demande plus personnalisée, en moindre quantités. Il n’est pas (encore ?) possible d’atteindre une économie importante avec les makers mais ça ne coûte pas plus de produire d’autres produits personnalisés.
  • L’outil lui-même a un pouvoir libérateur : de la même façon que l’imprimante a permis aux gens de s’exprimer, le web a permis aux gens de publier, nous pouvons parier que les outils de fabrication vont permettre aux gens de construire / fabriquer.
  • Avec la long tail of things vient la long tail of talents [la longue traîne des talents], puisque beaucoup de projets offrent un espace d’expression pour quiconque a les compétences ou plus simplement l’envie de s’impliquer : “c’est la solution ultime de marché : les communautés de l’innovation ouverte connectent les ressources latentes (des talents pas encore utilisés dans ce domaine) avec la demande latente (des produits pas encore assez rentables pour être créés de la façon usuelle)”.

Une compagnie chinoise peut copier vos produits, pas la communauté associée

Si vous considérez les makers par le prisme de la communauté, il y a aussi de nombreux points très intéressants soulevés par Anderson dans son livre :

  • La fabrication est un moyen pour chacun d’exprimer sa créativité avec ses propres outils, presque sans aide venant de compagnies annexes ou de l’État. C’est un moyen pour les communautés de développer leur propre économie.
  • Cette long tail of things fait de nous les nouveaux “indie” [indépendants], favorisant l’émergence de micro-marchés où les gens peuvent exprimer leurs différences.
  • La loi de l’offre et de la demande a, dans un certain sens, pris le chemin inverse. Au lieu d’un produit voulu par une compagnie (et parfois vérifié par une étude de marché), les produits de niche des makers naissent des envies / besoins des gens (“on pourrait penser des entreprises de fabrication liées à des communautés particulières”).
  • Le mouvement des makers est l’apogée de la culture du remix véhiculée par le web. Les communautés sont maintenant en capacité de produire leurs propres produits (ou plutôt : leur propre version d’un objet donné).

  • La façon dont une communauté est intégrée au développement des makers est plutôt simple : vous recevez une étude de marché, de la R&D, du support, de la documentation sur le produit, du marketing et les premières ventes si vous trouvez le moyen d’impliquer socialement les gens et de rendre la communauté plus engagée dans votre projet.
  • La mise en place d’une entreprise centrée sur la communauté se ressent aussi dans sa communication et son marketing : il y a un blog, des forums où les gens s’aident les uns les autres. Les tutoriaux sont créés par les employés eux-mêmes.

Prenez l’exemple de Lego. La marque à la brique jaune ne voulait pas créer d’armes modernes et se coupait ainsi des enfants de 8-9 ans qui traversaient une phase de jeux de guerre. Une communauté, Brickarms, a commencé à mouler des armes modernes et a vite été reconnue par Lego étant donné que l’initiative remplissait deux critères : pas de violation de la marque et le respect des conditions de sécurité afin que les enfants n’avalent pas les pièces. C’est un écosystème complémentaire : ils produisent et vendent des pièces qui ne rencontreraient pas assez de consommateurs pour que Lego les produisent. De plus, ils participent à fidéliser les clients indécis de Lego plus longtemps [ndlr : en proposant une offre de pièces plus importante].

Pour faire court, la communauté exposée dans Makers est un avantage compétitif contre la main d’oeuvre bon marché et délocalisée. C’est un très bon exemple d’industries portées par l’intérêt social (utilité, passion) plutôt que par de purs intérêts mercantiles.

Pour aller plus loin

La culture de Makers est aussi dessinée par les gens qui la compose, ses magazines et ses acteurs clé. Si, comme moi, vous souhaitez les suivre, je vous suggère de garder un oeil sur la liste ci-dessous inspirée par Anderson :

  • Les boutiques : Techshops, Sparkfun
  • Les créateurs d’outils : MakerBot, Shapeways, Advanced Circuits, Thingiverse, Ponoko, Pololu, 123DCatch
  • Les sites de vente : Kickstarter, Etsy, Quirky, MFG.com, Alibaba
  • Les blogs et magazines en ligne : Instructibles, Replicator’s blog, Jason Kottke, Culture Conductor
  • La recherche : MIT Center for Bits and Atoms
  • Les lieux de création : FabLab, Maker Faires (biggest one is in San Mateo), Makerspaces in different cities
  • Les marques : Lego, Dyson, Boeing…

>> Source : article publié initialement sur  le blog de Martin Pasquier sous le titre « Chris Anderson’s “Makers” : when customers turn into community », traduit et adapté en français par Camille Cocaud.

>> IllustrationAndrea Schwalm (Flickr, CC)

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