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Médiation de l’art contemporain : le numérique en trait d’union

Le 24 juin 2011 par Marion Sabourdy

Vous faites peut-être partie de ces dubitatifs qui ne comprennent vraiment pas l’art contemporain. Rien à faire, ces monochromes et ces sculptures aux formes douteuses ne vous inspirent pas… Pour Gonzague Gauthier, community manager au Centre Pompidou, la raison de ce désamour vient peut-être de votre solitude face à ces œuvres d’art, qui ne vous évoquent rien, « contrairement à l’impressionnisme, plus rassurant car figuratif ». Si en plus le cartel accroché près de l’œuvre ne donne que des indices techniques (taille, matériaux utilisés…) et que l’œuvre heurte notre esthétique plutôt habituée au « beau », il n’en faut pas plus pour décrocher…

Les musées d’art se doivent donc de trouver une nouvelle forme de médiation, accessible à tout un chacun et pas seulement aux conservateurs et amateurs éclairés qui aiment entretenir ce flou autour de l’art contemporain. C’est le défi que s’est donné le Centre Pompidou. « Notre emplacement près des Halles draine un public plus jeune et plus divers que celui des autres musées d’arts, indique Gonzague Gauthier, une de nos missions depuis les débuts du centre est d’attirer ce public précis ».

Le programme jeunesse comme prototype

C’est le but du studio 13-16, un « espace exclusivement dédié aux adolescents [qui] propose un programme unique constitué de rencontres avec des artistes en tous genres (plasticiens, danseurs, DJs, chorégraphes, vidéastes…), de workshops pour s’essayer à l’art sous toutes ses facettes, d’expériences inédites autour d’œuvres interactives, de soirées et week-end festifs (Studio Party…) ».

Cet espace est emblématique de ce que le centre souhaite mettre en place plus largement en termes de médiation. En bon community manager, Gonzague y va de ses propres propositions. En plus de l’activité « classique » tournée vers les réseaux sociaux, il aimerait utiliser l’espace physique du centre et plus largement la ville comme lieux de création : résidences numériques, installation de clés USB dans les murs pour partager des fichier avec des inconnus, accueil de « hackers » dans le centre, géolocalisation d’informations relatives aux artistes et aux œuvres dans Paris… « L’art du 20ème siècle est très collaboratif. Nous avons intérêt à mettre cette dimension en avant, à inverser les rapports entre acteurs et spectateurs ». Le but : permettre au public d’accéder aux œuvres autrement et, par là même, changer son regard sur les œuvres.

Participer pour s’approprier

On le voit, le mode participatif, direct et concret est privilégié : « l’immersion est nécessaire à la découverte. Dans le studio 13/16, le but est de créer un contact direct avec le contenu, voire avec le conservateur, plutôt qu’avec le médiateur qui explique ». Mais pour garantir cette forme de découverte, le spectateur doit à la fois avoir accès à ce savoir mais aussi aux outils pour se l’approprier (voir le remixer). Si le contact direct avec l’œuvre est incontournable – certains versent même parfois une petite larme – le numérique peut également apporter sa pierre à l’édifice.

Au centre, Gonzague Gauthier

Par chance, « nous traitons une période particulière de l’histoire de l’art, qui entretien des rapports étroits avec la technologie et le numérique » souligne Gonzague. En clair, « nous avons une cohérence entre la forme et le fond, vis-à-vis d’autres musées comme le Louvre ». Alors, profitant de sa renommée en tant qu’institution culturelle « et [de] notre légitimité dans ce domaine, avec nos travaux en commun avec l’IRCAM et l’IRI », le centre vient d’annoncer le lancement prochain de son nouveau site (voir captation vidéo), pour l’instant baptisé « Centre Pompidou virtuel » (CPV).

« Durant l’été, nous allons mener des focus groupes pour avoir une première idée des retours d’utilisateurs. En septembre, nous ouvrirons progressivement le site en bêta, pour une ouverture totale en novembre, détaille Gonzague, le CPV sera évolutif et s’ouvrira aux usagers. Un espace personnel sera disponible et adapté aux projets collaboratifs satellites tels que les ateliers Wikimédia ou les livetweets ».

Expérience autour du web sémantique

Très éloigné du site actuel, il s’agira d’une plate-forme de diffusion de contenus et de ressources numériques « résolument ouvert[e], privilégiant l’open source et l’interopérabilité ». En clair : le centre va petit à petit mettre à disposition du public les 65 000 œuvres de son fond sur ce site. « Celles-ci sont encore sous droits d’auteur mais un travail énorme a été engagé pour que nous puissions les rendre disponibles malgré cela. En revanche, le but est que l’espace personnel, adossé au centre de ressource, puisse entièrement être sous Licence Creative Commons ». La programmation (notamment les conférences) et la production éditoriale et multimédia auront également la part belle.

Une représentation possible du web sémantique

Originalité par rapport à d’autres sites institutionnels : le pari du web sémantique. « Les ressources indexées seront organisées non selon une arborescence hiérarchique rigide mais en clusters (nuages) ouverts, donnant à l’internaute la possibilité de naviguer par le sens. Chaque page sera ainsi liée à un ensemble de ressources connexes, permettant à l’utilisateur de faire son propre parcours ». En bref, il s’agit d’une approche originale que Gonzague qualifie même d’impertinente venant d’une telle institution. Décidée par le président du centre Alain Seban, elle se veut prescriptrice aux autres centres d’art et en perpétuelle expérimentation.

Est-ce que la première tentative de ce genre sera couronnée de succès ? Réponse dans quelques mois, quand les premiers visiteurs auront exploré ce site et tracé leurs propres routes au sein d’un univers jusque là peu accessible.

>> Illustrations : scarletgreen, yannick_vernet, Samuel Huron (Flickr, licence CC)

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