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Oeuvrer à la médiation culturelle des sciences

Le 8 décembre 2010 par Marion Sabourdy

Pour décrire un métier, commençons par taper son nom dans la base de données de Pôle Emploi (fiches ROME). On y trouve médiateur conjugal, familial, ou judiciaire mais pas scientifique.

Tout au plus médiateur socioculturel et « animateur atelier science ». Pourtant, on en trouve dans chaque Centre de culture scientifique et technique (CCSTI) ou chaque association scientifique… Alors qui est le médiateur de la culture scientifique ?

« La médiation est un terme qui veut tout et rien dire, remarque Pauline Lachappelle, qui, en tant que chargée de mission médiation science et société à l’Université de Lyon développe une réflexion autour de cette fonction, On pourrait comparer un médiateur à Shiva, ce dieu hindou à plusieurs bras. Il doit être capable de synthétiser les savoirs et les réflexions d’acteurs divers ».

Pauline sait de quoi elle parle. Recrutée en mars 2010 par le service Science et Société de l’Université de Lyon (labellisé CCSTI), elle n’est pas « simplement » animatrice mais médiatrice du dialogue science et société.

« Un animateur ou un médiateur classique vulgarise les savoirs scientifiques. C’est important mais ce n’est pas ma priorité, précise-t-elle, je conçois plutôt des dispositifs de médiation culturelle des sciences, pour mettre en lien chercheurs et société civile dans sa plus grande diversité. Dans ce cadre, je me focalise sur l’expression des publics, le dialogue entre les chercheurs et monsieur-madame-tout-le-monde qui ont eux aussi des savoirs à partager souvent ignorés des décideurs ».

Avant d’en arriver là, Pauline a suivi un parcours dont la richesse et la variété sont de bons exemples de ceux des médiateurs et médiatrices que nous avons rencontrés jusqu’ici. Après un DUT en Sciences de l’information et de la communication, Pauline a obtenu un MASTER en gestion de projets culturels au sein de la faculté de sociologie et d’ethnologie de l’Université Lumière Lyon 2 où elle a travaillé sur le patrimoine culturel et l’éducation à l’environnement. « A l’époque, je me posais des questions sur la muséologie science et société et le rôle social des musées, commente la jeune femme, ce parcours m’a donné un regard très « sciences humaines » sur la culture ».

Après une expérience de médiatrice culturelle au Muséum de Lyon devenu le Musée des Confluences, elle s’envole à l’Insectarium des Muséums Nature de Montréal. « J’ai travaillé sur l’entomophagie (consommation alimentaire d’insectes). L’insecte est un objet de musée hors du commun et le rapport culturel à l’alimentation est passionnant » sourit la médiatrice.

A son retour en France, elle travaille trois ans à la Fondation 93 de Montreuil en tant que chargée de projet culturel. Elle y découvre non sans douleur les difficultés du monde culturel. Celui-ci subit parfois le passage sans concertation d’une logique de subvention à une logique d’appel d’offre (sans parler de l’évaluation chiffrée).

« Comment évaluer l’éducatif ? Cette logique met en concurrence des structures sensées être complémentaires » déplore Pauline. Elle avoue toutefois que ces pratiques n’ont pas que des mauvais côtés et permettent aussi de redynamiser le tissu associatif et le questionnement professionnel.

Elle quittera la Fondation 93 en juin 2009 pour tenter de se mettre à son compte, ce qui ne semble pas si simple dans ce domaine. Finalement, elle rejoindra son poste actuel à Lyon. Au sein du service « Science et Société », elle créée des dispositifs de rencontre et d’échanges entre la société civile et des acteurs du monde des sciences.

En cette année de la Biodiversité, elle a travaillé sur le thème de la nature en ville, pour inaugurer un dispositif de questionnement des sciences en société nommé « Et si on en parlait ? ». Celui-ci « s’inscrit dans un mouvement innovant en matière d’échanges entre citoyens et chercheurs, au sein duquel on retrouve par exemple le dispositif QSEC. Nous investissons un sujet de controverse pour le mettre en débat. Concrètement, nous organisons des ateliers de rencontre entre des publics et des chercheurs locaux pour faire émerger les représentations et expériences des participants et extraire des pistes de réflexion ».

Ces ateliers prennent la forme d’un cycle de quatre rencontres dont la forme s’adapte au thème, comme cette fois-ci des « balades de nature en ville ». « On y parle aussi bien de choses concrètes comme la disparition des espèces que de questions plus abstraites : La place de la nature n’est-elle pas avant tout une question du partage social de la ville ? ». Suite à ces ateliers, « la synthèse de ces questionnements sera mise en scène lors d’un grand débat public, le 14 décembre prochain, avec des chercheurs venus de la France entière ».

En amont de ce dispositif, le service a également expérimenté une forme de médiation originale sur ce même thème, les « Cafés nature en ville » avec l’aide de sociologues dont André Micoud et de plusieurs comédiens. « Les passants étaient invités à choisir un menu imaginaire de nature en ville : le « e-bees juice », la « porte aux aromates », « l’île flottante Robinson »… puis ils s’asseyaient pour échanger avec des sociologues sur leurs représentations et demandes de nature en ville ».

Les comédiens ponctuaient parfois la conversation de déclamations poétiques. « Cela a permis d’effectuer une enquête sociologique sympathique avec le public, près de La Sucrière au confluent, pendant l’exposition Cités végétales, devant la cantine de l’Université Lyon 1 et dans le Parc de la Tête d’or ».

Le dispositif science et société expérimenté lors de cette année-test sera ensuite reconduit en 2011 sur la question des déterminismes biologiques et sociaux (ateliers de janvier à mars puis rencontre-débat en avril), puis sur la chimie, Année internationale oblige (ateliers de septembre à novembre et rencontre-débat en décembre 2011).

Selon Pauline, ces pratiques permettent au public « de réfléchir, de se forger un esprit critique et d’avoir une vision élargie des sciences ». Et vous, avez-vous déjà expérimenté, mis en place ou participé à un dispositif science-société ? Parlez-nous de votre expérience en commentaires.

>> Illustrations : Université de Lyon (n° 1 et 2), Eric Roux – UCBL (n°3)

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