Quand la réalité rencontre le virtuel : crossmedia expérience

Le 9 mars 2011 par Gayané Adourian

Jeudi 3 mars dernier, avait lieu le 20ème Déjeuner de la Technologie dans la commune de Saint-Denis. Sujet alléchant : l’omniprésence des réseaux. Le concept est intéressant ; trois petites présentations d’un quart d’heure chacune – censées être frustrantes pour les intervenants et le public – permettent d’enclencher des conversations autour des grandes tablées prévues pour le déjeuner. Ambiance bonne enfant, les discussions vont bon train. Dans cet environnement, l’un des intervenants m’intéressait tout particulièrement : Stéphane Gaultier, venu présenter Zavastars un exemple de jeu crossmédia.

Dans le monde des médias et du multimédia, il est de plus en plus question d’interaction entre les supports. Interaction entre le livre et le web : Fanfan 2 est issu d’une collaboration entre Orange et Alexandre Jardin pour aller au-delà du livre. Autre exemple, le crosspost, pratique répandue chez Owni par exemple constitue une interaction entre les contenus etc… Dernièrement, la cérémonie des oscars a été également pensée dans cette direction crossmedia.

Stéphane Gaultier, fondateur et directeur de la société Virdual basée à Issy-les Moulinaux (région parisienne) s’est penché de son côté sur les nouvelles formes d’interaction télévisuelles. En 15 minutes, il a présenté le concept de Zavastars et la nécessité pour les chaînes de télé de ne pas négliger cette aspect interactif. Mais 15 minutes, c’est vraiment court et heureusement, le déjeuner a permis d’approfondir la question et d’en savoir un peu plus sur le parcours de cet homme « né avec le minitel » comme il le souligne en riant.

Internet et la télévision doivent se compléter

Le constat est simple. Aujourd’hui si la présence du petit écran est toujours aussi indispensable dans nos foyers – 9 millions de téléviseurs ont été vendus en 2010 – il n’est plus exclusif depuis l’arrivée de l’internet haut débit. Que se passe-t-il alors ? Les écrans s’allument simultanément ! 80 % des jeunes regardent la télé avec internet devant eux (notamment via les interfaces mobiles). La dimension d’usage communautaire d’Internet y est pour beaucoup. Étonnamment, aucun média ne fait partie des 10 premiers sites les plus consultés en France aujourd’hui, d’après le classement d’Alexa, fournisseur de statistiques du trafic internet mondial. C’est Skyrock le premier (en tant que Social Site Network) mais il arrive en 15ème position puis L’Équipe (25ème).

L’un des enjeux pour la télé se situe donc au niveau de sa stratégie de positionnement sur Internet en créant notamment des programmes particuliers qui ramènent l’attention du téléspectateur sur la petite lucarne. En effet, pour une chaîne de télé, la problématique ne change pas : c’est l’audience qui compte. Comment capter le téléspectateur ? Pour Stéphane Gaultier, le jeu crossmédia peut constituer une réponse parmi d’autres.

Cette complémentarité entre la télé et le média Internet, il y pense et travaille dessus depuis déjà bien longtemps. Après un passage au développement des services interactifs chez Antenne 2 (!), puis à la Cinquième où il a élaboré les prémices de ce croisement (à ce moment entre la télé et le minitel) Stéphane Gaultier s’est lancé dans le milieu de l’éducation avec la création de l’i-m@nuel et l’i-c@rtable. Ces derniers ont été à l’origine des Espaces Numériques de Travail, plus ou moins répandus en France aujourd’hui.

L’univers virtuel de Kidnet pour se tester

Il décide en 2006, après avoir repris des études et suivi l’Executive MBA de HEC, de créer Virdual – croisement entre dualité, virtuel et réel – une société qui crée des univers communautaires en 3D et promeut l’expérience crossmédia en utilisant la 3D en temps réel. Combiner le réel et le virtuel pour les enrichir mutuellement : voilà donc la mission qu’il s’est donnée avec ses acolytes. Pour autant, il ne s’agit pas d’innover au détriment du petit écran mais bien au contraire de l’utiliser de façon enrichie.

En commençant par Kidnet, un monde en 3D pour enfant, l’équipe de Virdual a voulu montrer qu’elle était capable de réaliser un univers graphique en 3D. Il s’agit d’un univers virtuel et personnalisable qui permet aux enfants de se créer un espace sur le numérique dans lequel chacun dirige un avatar qui le représente ou pas. Une sorte de Second Life pour les enfants donc. L’enfant, ou le « kidnaute », peut ainsi découvrir des activité ludiques et partager son univers avec ses amis. « On partait de rien dans ce milieu là, souligne Stéphane, il fallait bien commencer par quelque chose ». C’est d’ailleurs la raison qu’il avance pour justifier le fait que Kidnet n’a pas été commercialisé. Ce projet n’a servi que de référence.

Le défi suivant a consisté à créer un monde en 3D à partir de la série Linus et Boom : le Linus et Boom club. Pourquoi un défi ? « Recréer un univers sur ordinateur d’une série qui est pensée et tournée en HD n’est pas évident, il faut être à la hauteur » rapporte le directeur de Virdual. Malgré ce challenge – il fallait prouver que le passage sur Internet n’altérait pas l’image de la série – les dessinateurs, directeurs artistiques et graphistes ont été surpris (dans le bon sens) par la proximité entre l’univers graphique disponible sur Internet et celui de la série.

Un univers 3D en temps réel

Enfin, le projet sur lequel l’équipe de Virdual travaille en ce moment, s’appelle Zavastars. Il s’agit du premier jeu crossmedia massivement multijoueurs qui combine une plateforme 3D web 2.0 ainsi qu’une plateforme crossmedia. Zavastars est un univers communautaire en 3D dans lequel chaque utilisateur dispose d’un avatar – ou plutôt d’un « zavatar » – qu’il peut personnaliser. Ce jeu télévisé peut autant se regarder à la télévision que se jouer sur ordinateur via Internet. Tous les avatars assis dans le studio virtuel sont des téléspectateurs comme vous qui depuis chez eux répondent en même temps à la même question.

Les concepteurs s’appuient sur l’espoir que pourra entretenir le joueur de voir passer son personnage à l’antenne. En effet, via la personnalisation du zavastar, l’identification est très forte de la part du téléspectateur. « On a l’impression d’être devant un vrai show télévisé, l’animateur est réel, mais l’univers en 3D permet de développer des effets visuels presque illimités. » Du coup, c’est même mieux qu’une émission réelle. Pour les chaînes de télévision, l’investissement se fait au départ mais ensuite les coûts de production diminuent avec le temps. En effet, les décors, par exemple sont réutilisables, le nombre de caméraman est (très !) restreint etc.

Aujourd’hui, après une phase de test sur la plateforme THD de CapDigital, le jeu est en phase de commercialisation. Pour Stéphane Gaultier, l’enjeu maintenant dans le multimédia c’est de trouver le moyen de consommer un même programme de façon différente. La télé crossmédia en est un exemple par sa capacité à utiliser, en même temps ou en différé, différents supports (téléviseur, mobile, iPad…). « J’ai tendance à parler de mon côté de logique de télévision immersive, souligne-t-il, aujourd’hui, on passe d’un écran collectif passif à de multiples écrans individuels ».

Jeu, documentaire, le crossmedia permet de réinventer la télé

Le jeu n’est pas le seul domaine de la « crossmedia expérience ». Virdual teste aussi cette nouvelle interaction entre le documentaire et la visite virtuelle. Par exemple sur le Fort d’Issy-les-Moulineaux, la visite virtuelle reprend le principe des usages simultanés. Ce projet se présente sous la forme d’une borne à deux écrans, dans le Musée d’Issy-les-Moulineaux. L’un d’eux montre un documentaire de 52 minutes racontant l’histoire du Fort pendant la guerre franco-prussienne de 1870, tandis que l’autre propose une enquête à réaliser en se baladant virtuellement dans le Fort et en récoltant des indices.

Certaines informations étant contenues dans le documentaire, ce jeu instaure un va-et-vient entre l’univers interactif – et non linéaire – plutôt plébiscité par les enfants et la forme plus classique du documentaire, préférée des adultes. Ici le crossmedia permet le parallèle entre regard du guide et du visiteur et les différents points de vue du documentaire et de la visite interactive. C’est également la possibilité de travailler avec des équipes pluridisciplinaires (réalisateurs audiovisuels, infographistes, romanciers, historiens et chefs de projets multimédia), indispensable pour conjuguer tous ces écrans qui nous environnent tout en  inventant la télé de demain.

>> Illustrations : Virdual

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