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Rencontre autour du design chez REC

Le 2 mars 2011 par Gayané Adourian

Vendredi 25 février. 10 heures moins 5. Dans 5 minutes, j’anime en direct avec Jean-Marc Galan et David Dumoulin l’émission Recherche en Cours consacrée au design. Petit stress (pour moi, pas vraiment pour Jean-Marc) : il manque encore l’un de nos invités ?! Heureusement, après quelques péripéties, notre dernier invité, Arthur Bodolec, arrive…

Avant de développer davantage, un petit retour s’impose sur l’enchainement de circonstances ayant conduit à la préparation de cette émission. D’abord, je dois l’avouer, je suis une « entremetteuse ». J’aime faire en sorte que des gens qui ont tout intérêt à se rencontrer se rencontrent. Si François Taddei et Dominique Sciamma finissent par échanger IRL, j’aurai rempli mon rôle (voir ce billet ). Ce rôle, je l’ai de nouveau joué, avec plaisir, avec deux jeunes designers  : j’ai nommé Arthur Bodolec et Nicolas Buttin.

J’ai découvert le premier à l’événement TEDx Paris Universités où il avait eu l’occasion de nous exposer l’idée selon laquelle nous sommes TOUS des créatifs (chouette !). Arrivé 2e lors du concours, j’avais été intéressée par son discours et sa comparaison de notre monde à celui d’un monde des playmobiles. Rapidement retrouvé sur Twitter (ici), nous avons rediscuté de cette notion qu’il développe, mêlant créativité et contraintes. Le courant était bien passé. Ce jeune homme me semblait plutôt prometteur :-)

D’un autre côté, tout s’est enchainé très vite autour du design. En une semaine, je rencontrais Dominique Sciamma (directeur de la recherche sur les systèmes et objets intelligents au Strate Collège Designers), je croisais Arthur Bodolec à l’événement #jesuismort (organisé à La Cantine pendant la Social Media Week) et je découvrais Nicolas Buttin dans les locaux d’Umaps à Montreuil, venu discuter avec Nicolas Loubet de design, de durabilité et de sa volonté d’entreprendre dans ce domaine.

Cette concentration d’éléments a atteint son point d’orgue pendant le 2ème apéro Science et Web (décidément fort pratique) quand Jean-Marc Galan m’a demandé de lui suggérer des idées pour sa prochaine émission Recherche en Cours sur Alligre FM. « C’est dans 10 jours…et je n’ai toujours pas d’invité ! ». Nicolas (Loubet) – qui était présent – lance l’idée du design (en 1 minute). Jean-Marc se montre enthousiaste. Mise en relation, rendez-vous, mails… Nos deux jeunes designers se disent disponibles et sont enthousiastes. Just do it!

Des jeunes qui sortent des sentiers battus

Nicolas Buttin est passé par le Celsa (dans le master média informatisés et stratégies de communication) avant de partir à Londres pour se spécialiser en design management. Là, il découvre tout ce qui concerne le développement durable , ou comme il préfère le dire, « la problématique de la durabilité ». Quelques expériences en agence de design et un mémoire ( « Think design to shape sustainability ») en poche, le passage de la notion d’objets à celle de systèmes se confirme. L’enjeu :  penser un système qui englobe la notion de durabilité. Une démarche typiquement liée au design thinking (voir un peu plus loin).

Athur Bodolec a de son côté suivi l’enseignement du Strate Collège Designers (ou exerce donc Dominique Sciamma). Il le dit lui même : c’est là qu’il s’est révélé, son parcours ayant été plutôt moyen jusqu’au Bac. En plus de cette formation, il a suivi pendant un semestre un master d’entrepreneuriat à l’ESCP-Europe, une école de management qui lui a ouvert un autre horizon.

Aujourd’hui (depuis décembre 2010) il se positionne comme consultant indépendant et cherche des missions qui lui permettent d’exprimer ses idées autour de la créativité et du design participatif. Son idée : plutôt que créer des nouveaux usages par le design, créer des « briques d’usages » que les utilisateurs peuvent assembler à leur gré … en laissant place à leur créativité.

Le design thinking

Non le design ce n’est pas seulement les fameux « objets design », Philippe Stark ou encore la grande Andrée Putman, exposée récemment à l’Hôtel de Ville. C’est aussi un processus qui mêle plusieurs phases, dont une de recherche. Résoudre un problème posé par un industriel ou par une entreprise de services, c’est bien la question à laquelle sont confrontés nos amis designers.

Et on peut l’appliquer à beaucoup de domaines. Que ce soit dans la création d’un site de partage d’objets entre voisins, pour Nicolas Buttin ou, comme l’explique Arthur Bodolec, pour une société qui vend des vélos et qui cherche à savoir pourquoi cela ne marche pas…  Dans ce cas précis, la réponse se situait dans l’amélioration du service lié au vélo plutôt qu’au vélo en lui-même.

La démarche du designer consiste à proposer une hypothèse,  à la tester immédiatement et à la valider si elle fonctionne avant de tester autre chose, tout de suite. En termes plus savants : il s’agit d’une politique de « l’implémentation immédiate » basée sur un retour d’expérience (capital !) de l’usager. Une façon de faire qui se démarque des entreprises, celles-ci cherchant  généralement à savoir si l’idée peut-être viable (sur le plan économique, i.e. de la rentabilité….) avant de se lancer dans une phase de test.

Des expériences et des idées

Pour Nicolas Buttin, l’important consiste à penser en système plutôt qu’en objet, ce à quoi le design management doit permettre de répondre au-delà même du design thinking. L’enjeu : relier le local et le global, gagner le global par capillarité, comme le propose son site (expérimental) Goods Commons, une plateforme ouverte dans le cadre de son mémoire.

Souhaitant désormais affiner son produit, une partie du site va être dédiée à un quartier de Paris (Belleville) pour réduire l’échelle. Par capillarité, les habitants des quartiers voisins devraient être touchés de proche en proche, petit à petit. Du moins, il espère que l’idée et le concept se propageront de cette façon « Le design thinking s’attache à relever le défi de mixer les initiatives passées aux nouveaux besoins qui émergent et qui s’expriment » écrit Nicolas dans son mémoire. Entre autres choses, il y parle d’approche d’innovation ouverte ou open innovation, le design étant un outil au service de l’imagination.

De son côté, Arthur se base sur un postulat qui repose sur le fait que la créativité nait dans un environnement contraint. Il prend la pâte à modeler comme extrême degré de liberté. « Si le monde était en pate à modeler on pourrait tout faire » sauf qu’à part les créatifs qui osent s’exprimer, c’est très difficile de créer quelque chose à partir de « la liberté totale ». Par contre, le légo correspond au bon mélange puisque qu’il offre un cadre – on peut/doit les empiler – mais en même temps, tout est possible… ou presque. Mais on a l’impression que c’est le cas. À partir de là, la créativité est libérée et peut s’exprimer.

Pour pouvoir réaliser son projet et s’associer avec des gens motivés par son idée, Nicolas est actuellement dans un incubateur de start-up. À ce sujet, pendant l’émission, je me suis fait la réflexion que l’entrepreneur se rapproche – plus ou moins – du designer. En effet, celui-ci met en jeu un processus qui débute par une idée jusqu’à une application finale en faisant intervenir, entre temps, de nombreux acteurs qui seront les moteurs de la réalisation, avec des phases de recherche et des réflexions d’usagers.

Sur leur expérience à la radio

Arthur redoutait une expérience stressante car, dit-il, « Parler de design est toujours un défi ; il s’agit d’une passion et un processus pas toujours faciles à expliquer. » Quel sera l’angle d’attaque, les questions seront-elles pointues… Mais c’était sans compter la bonne humeur des animateurs (Jean-Marc en premier !) « La discussion préparatoire que l’on a eu ensemble était très agréable et facile et ça j’adore. Cela m’a permis d’effacer presque totalement l’appréhension de passer à la radio ».

Quant à Nicolas, s’il était lui aussi un peu inquiet au début, il n’hésite pas à dire, après coup, que « finalement ça ressemble plus à une conversation autour d’une « vraie » table qu’à un interrogatoire ! » Un peu frustré de ne pas avoir pu en dire davantage, les deux invités de l’émission sont d’accord sur l’intérêt et la fluidité de ce média. « C’était très ludique comme exercice, un peu comme une partie de ping-pong… à 5 ! » conclue Nicolas en riant.

Des rencontres intéressantes, un sujet peu souvent abordé dans les « grand médias », une émission comme sur des roulettes… une bien  jolie collaboration ! En espérant qu’elle continue…

[MAJ] 30 octobre 2011

Arthur est aujourd’hui designer chez feedly, une start-up de la Silicon Valley qui a lancé un nouveau lecteur de flux RSS. De son côté Nicolas a quelque peu réorienté son projet qui se nomme maintenant WIITHAA, du nom d’un petit oiseau australien – le bower bird. Ce qui change c’est d’apporter de la création (en plus du partage) dès le départ, une façon d’encourager les gens à créer et diffuser (vendre) leur  création. Withaa anime une communauté de recyclage et de création d’objets amateurs dans laquelles chacun propose des produits ou des matériaux de seconde main aux intéressés, partage ses savoir-faire et propose ses réalisations personnelles pour faire croître la créativité collective.

>> Pour écouter l’émission : Design thinking chez Recherche en Cours

>> Illustrations (iPhone) : Gayané Adourian.

>> Article adapté d’un billet publié initialement sur Planète Gaya

1 commentaire

  1. Antoine Blanchard le 02 mars 2011 à 15:01

    Merci Gaya pour cet article ! Tu écris que « l’entrepreneur se rapproche beaucoup du designer, dans la démarche de design thinking, dans la mesure où il met en jeu un processus qui commence par une idée, jusqu’à une application finale ». J’émettrai ici une mise en garde : bien souvent l’entrepreneur est tellement obsédé par son idée, typiquement la valorisation d’une molécule thérapeutique ou d’une méthode commerciale, qu’il va perdre de vue sa cible, son impact, son environnement. C’est aussi un travers des ingénieurs : une bonne idée, réalisée telle qu’elle se présente dans l’esprit de l’expert, rencontrera forcément le succès une fois réalisée. Or c’est sans compter sur le fait que 1) le public cible ne fonctionne pas comme l’expert et 2) ce n’est pas l’idée qui compte mais sa mise en œuvre ! Le design thinking est là pour nous le rappeler, merci à lui !

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