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Réseaux sociaux : l’expérience espagnole

Le 3 juin 2011 par Alexis Brexel

Alexis Brexel travaille actuellement en tant que médiateur scientifique dans le « Museo de la Ciencia y del Agua », à Murcia, dans le sud-est de l’Espagne, après un parcours atypique mêlant philosophie des sciences, communication et gestion culturelle. Lundi 16 mai, son live-tweet #museociencia a attiré notre attention. Voici ses impressions suite à cette journée.

Six heures du matin, Murcia, Espagne. Pas bien réveillé mais plein de bonne volonté, je prends mon train direction le Musée national des sciences et techniques (MUNCYT) de Madrid, lieu de la conférence sur les réseaux sociaux et les CCSTI.

Le Musée national des sciences et techniques, à Madrid

A peine les portes du musée poussées, le ton est donné : 70 personnes, représentants des différents centres de sciences espagnols et déjà une activité frénétique sur Twitter, avec le hashtag (ou mot-clé) #museociencia. La conférence, organisée par la Fondation espagnole pour la Science et la Technologie (FECYT) et l’Association espagnole de communication scientifique (AECC), intéresse mais surtout questionne. Tous les présents sont conscients de l’importance croissante des réseaux sociaux. Mais comment un CCSTI peut-il intégrer un tel espace ?

Les réseaux sociaux encore boudés ou mal exploités

L’intervention de Soledad Gomez Vilchez (@mediamusea) permet d’établir un premier constat. Les CCSTI se présentent, en général, comme des lieux ouverts et participatifs. Mais, paradoxalement, ils ne sont que très peu présents sur les réseaux sociaux. (1)

A l’heure du « musée social », ils peinent à sortir de leurs murs. Mis à part quelques pionniers, comme les musées de La Coruña, les réseaux sociaux sont encore boudés ou mal exploités. Cette méconnaissance, selon l’auteur du blog mediamusea.com, joue en leur défaveur car les réseaux sociaux offrent de nombreuses possibilités.

La Ville des Arts et des Sciences, à Valence

Ils sont des outils de visibilité, de communication et de diffusion. C’est tout ? Non! Sur le web 1.0, le visiteur arrive à l’information de manière unidirectionnelle. Le web 2.0 permet, en plus de diffuser, de dialoguer et d’échanger directement avec le public : un feedback immédiat plus qu’intéressant. Les réseaux seraient donc des créateurs de liens sociaux où le public devient une partie active du musée. La proximité pour fidéliser. Mais est-ce si simple ?

D’abord, comment mesurer les répercussions de notre présence sur les réseaux ? La chose parait compliquée ! En outre, pour créer un tel espace participatif, les CCSTI doivent bosser. C’est une évidence, il faut dépasser l’usage actuel strictement communicationnel et unidirectionnel du profil. Il ne suffit pas d’actualiser une fois par semaine sa page Facebook en mettant 10 posts d’un coup (au risque de spammer les followers) pour se considérer un véritable acteur des réseaux.

Musées : comment utiliser les réseaux ?

Pour s’assurer une bonne « netiquette », la présence et les contenus doivent être constants, contrôlés, dirigés et stratégiques. Il faut savoir ce que l’on veut y faire, comment le faire et le faire régulièrement. Mieux vaut 50 amis bien choisis avec lesquels nous échangeons tous les jours, que 5.000 que l’on ignore. Il faut être un « informeur » (celui qui produit et discute l’information) et non un « méformeur » (celui qui tweete de manière égocentrique et narcissique « ce qu’il est en train de faire »).

>> Tweet posté durant la conférence par @fucolin : « un défi pour les #museociencia – Utiliser les réseaux sociaux pour faire des choses, plus que pour raconter celles que l’on fait déjà »

Que faire alors?

  • de la micro-divulgation [ndlr : ou micro-vulgarisation] (#cienciadiario, #pildoraquimica…)
  • de faux profils, comme un des nombreux de Darwin (@cdarwin)
  • de la divulgation collective en 140 caractères (en reprenant l’idée du conte collectif de Tim Burton)

A priori, la seule limite est celle de l’imagination. Mais, une présence pérenne nécessite du temps et un réel investissement de l’ensemble du personnel des institutions. Certes, des entreprises comme ExploraProyecto de Oscar Menendez (@omenendez) peuvent gérer les réseaux sociaux d’un musée.

Le Musée de la science, à Valladolid

Mais, pour que cela fonctionne, il faut, selon ce même Oscar Menendez, avoir une réelle envie de réseaux. Il faut les « aimer ». Elena Sanz (@ElenaSanz_), quant à elle, explique que « les réseaux sont le reflet de la société ». Leur grande variété (Facebook, Twitter, Blog, Youtube, Flickr, Delicious, Tuenti, Foursquare…) montre une réalité sociale, notre réalité. On ne peut plus passer outre cette évidence.

L’expérience anglo-saxonne

Mais pendant que les CCSTI espagnols se questionnent (Qui doit le faire ? Comment ? Combien de temps ? Combien cela va-t-il me coûter ? Et surtout, que cela va-t-il me rapporter ?) Jim Richardson (@SumoJim) fondateur de la conférence MuseumNext montre l’avance prise par le monde anglo-saxon. De nombreuses initiatives fondées sur le dialogue et l’interaction sociale entre public et institutions muséales se multiplient déjà (Yorkshire’s favorite paintings, Picture a Museum Day, Launchball…). Qu’attendons-nous ?

Que conclure de cette journée passée à Madrid ? Je crois que les participants ont pris conscience de l’importance des réseaux sociaux. Mais, le succès de la conférence se verra dans les prochains jours dans l’activité des CCSTI sur la « red » (les réseaux). Un premier pas a été fait lors de la journée mondiale des musées. Sur Twitter, les #museociencia ont souhaité partager leurs expositions, leurs expériences… Une première résolution pour commencer. A suivre.

Notes

  1. A ce sujet, voir l’étude « Museo y Redes »
  2. Le CCSTI Casa de las ciencias est composé de 3 espaces : casasiencias, domus et acuario

Pour aller plus loin

>> Illustrations : antonioxalonso (Flickr, CC), Un ragazzo chiamato Bi (Flickr, CC), SamwiseGamgee69 (Flickr, CC)

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