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Samuel, le museo-geek aux grandes oreilles

Le 13 janvier 2011 par Marion Sabourdy

C’est bien simple, sur le web, Samuel Bausson est partout : Twitter, Tumblr (ici et ), Slideshare, Knowtex (bien sûr) et j’en passe (beaucoup)… Il s’est fait un point d’honneur à tester tous les outils qui lui tombent sous la main. S’il a peu posté de liens ici, il reste attentif à notre projet et nous suggère régulièrement des références ou nous donne des idées [merci].

Nous l’avons rencontré plusieurs fois, à Toulouse ou Paris, souvent autour d’un café, parfois toute l’après-midi pour discuter. Son travail ? « ouebmister » du Muséum de Toulouse comme il l’indique avec humour dans sa bio sur Twitter.

Samuel a un parcours comme on les aime : riche et tortueux, qui a fait de lui quelqu’un d’ouvert et de positif. Tout jeune, il copiait des codes récupérés au bureau de tabac sur son ordinateur Thomson TO7 et trouvait déjà fascinant de pouvoir « mettre en scène » des informations dans le salon de la famille… Ses autocollants seront sa première collection qu’il mettra à l’honneur dans une “exposition” avec audio-guide à cassette.

Plus tard, après une année de philosophie à Rennes, il a suivi des études en cultural anthropology à l’Université de Grinnell, dans l’Iowa (Etats-Unis), « l’équivalent des études d’ethnologie en France » explique-t-il. En plus des cours en sciences sociales, il en profite pour suivre des cours de muséographie, scénographie… Samuel se sent « comme un poisson dans l’eau » dans cette université en partie en autogestion, et avec une longue tradition d’ouverture et d’innovation sociale. C’est la première à ouvrir ses portes aux femmes et à diplômer des étudiants noirs dans le Midwest. Samuel y suivra également le tout premier cours de webdesign en 1996 (excusez du peu)…

Pour son stage, il photographie des poteries préhistoriques de la tribu Sinagua, à Flagstaff, en Arizona. « C’était les débuts de la photographie numérique grand public. J’en ai fait ensuite un CD-Rom éducatif pour mon département et ça été le début d’un parcours alliant culture et numérique…”

Les débuts en tant que webmaster

Il rentre en France en 1998, après avoir fait « plein de choses qui n’ont rien à voir» de boulanger à la sauvegarde de données bancaires…. A l’époque, c’était les débuts du « net » grand public et Samuel, un peu « bidouilleur » et n’ayant pas de correspondance de ses diplômes, décide de tenter sa chance dans le secteur culturel en entrant par la porte de la technique. Il sera le webmaster de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) à Nantes pendant deux ans puis entre au département de la communication interne à la mairie de Saint-Nazaire pour animer l’intranet de la ville, un des premiers postes de ce type en France à l’époque.

C’est lors de ces deux contrats qu’il débute sa réflexion sur le travail du webmaster. Selon lui, « il y a autant de profils de webmaster que de sites web ». Au-delà de son propre travail quotidien, Samuel réfléchit à la notion de travail en réseau, quand on a des métiers différents dans les institutions comme les mairies et les musées. « Je ne savais pas trop en quoi consistait mon travail car les mots pour le définir n’existaient pas encore. Il fallait fédérer les gens autour du projet de la ville, les organiser autour de projets communs, pas seulement publier un bulletin avec les dernières nouvelles. Après coup, je pense que c’était une bonne formation aux réseaux participatifs en ligne… »

Après ce poste, il fait un petit détour par le montage audiovisuel à Rennes pendant un an et réalisera… un documentaire sur un gardien de cimetière. Une formation qui complète son DESS de « webmaster éditorial » entamé à Poitiers. Ses différentes expériences lui ont fait découvrir toutes les facettes du métier de webmaster « de la technique vers l’éditorial puis la gestion de communauté ».

L’expérience du Muséum de Toulouse

Son parcours se poursuit au Muséum de Toulouse, juste avant sa réouverture en janvier 2008. Séduit par le projet de l’établissement, positionné comme une plateforme d’échanges orientée sur les visiteurs, il décide de descendre dans le sud-ouest et de participer à la réouverture du Muséum, « une belle opportunité ! ».

Petit à petit, il crée des comptes pour le Muséum sur les principaux réseaux sociaux, plutôt que de se concentrer sur un seul et unique site : « il faut aller en réseau avec les communautés qui existent déjà ». Dans ces communautés, il applique à chaque fois une grammaire différente, s’adaptant à merveille aux codes implicites de chaque plateforme.

Sur le compte FlickR, qu’il a ouvert au départ pour son côté pratique, il cerne l’intérêt des groupes et crée « Souvenirs du Muséum de Toulouse » pour que les visiteurs y partagent leurs photos faites sur place. Sa collègue Maud a pris le relais et donne vie au groupe avec un concours annuel. Elle a également ouvert un autre groupe « Collectionner le Vivant autrement » qui rassemble les photographes observateurs de la nature et crée du lien avec les collections du muséum.

Cette omniprésence pourrait donner une impression d’éparpillement mais il n’en est rien tant Samuel tient à la ligne éditoriale instaurée : « nous explorons et déclinons tout ce qui touche à l’homme, la nature et l’environnement ». Cette ligne éditoriale lui sert beaucoup sur Twitter, pour ne pas se noyer dans la masse d’information et orienter sa veille. « C’est bien de savoir qui on est et ce que le musée défend. Ainsi, on ne se laisse pas entraîner par des trolls [ndlr : membres d’une communauté qui aiment créer les polémiques] ou on ne reste pas sur la défensive car on est plus apte à répondre aux interpellations quand c’est opportun aux interpellations ».

Qu’est-ce qu’un musée 2.0 ?

Lorsqu’on lui demande sa définition d’un musée, il répond « un lieu de mémoire partagée, une plateforme d’échanges entre visiteurs et personnels du muséum autour des thématiques du musée, et non pas uniquement une galerie d’objets. Selon lui, « entrer dans le relationnel n’est pas une pratique courante pour les musées ». Alors, cette philosophie marche-t-elle en pratique ? Apparemment, oui. « Au début, il y avait beaucoup de « kikoolol », de discussions pas très sérieuses, sourit à moitié Samuel, mais plus tu es ouvert, plus le dialogue prend. De plus, il est plus intéressant de rebondir sur l’intérêt des gens plutôt que d’expliquer, d’imposer d’emblée, ce qui est considéré comme digne d’intérêt par l’institution…».

Une réflexion qui mène jusqu’à la redéfinition des rôles entre visiteurs, objets, direction du musée, « pour sortir des dichotomies » entre collections et « grand public ». Les réseaux sont une chance pour les musées qui y ont toute leur place avec leurs contenus riches à proposer aux communautés d’internautes « là où elles sont ». Une expression résume bien les idées de Samuel sur les nouveaux musées : « de la conservation à la conversation ».

Quand y’en a plus…

Et pendant ses loisirs, Samuel n’est jamais très loin des musées et centres de culture. Avec des amis de Toulouse, il a monté L’esplanade, « Rézo-Labo des acteurs de la culture, création & innovation numérique à Toulouse ». En décembre dernier, il a également participé à une « descente » au Musée d’Orsay avec d’autres « poils à gratter », pour y titiller l’interdiction de la photographie (voir son article).

Et sa réflexion ne s’arrête pas là, caressant les notions de droits d’auteur, de licence Creative Commons, de remixage, de la place des lieux publics sur les plateformes privées… Autant de problématiques de la « culture » web pas toujours simple à concilier avec celle des institutions.

2011 au Muséum de Toulouse

Les prochaines expositions évoqueront notamment « l’eau » et « Eugène Trutat », un photographe, géologue et naturaliste qui fut directeur du Muséum. Pour la fin de l’année, Samuel souhaite créer un nouveau site internet afin de rendre l’offre du musée plus lisible. Ce site intègrerait des informations pour l’instant disparates (actualités, newsletters, événements…). Sans oublier de « mettre en scène » (véritable leitmotiv) les échanges avec les internautes. Le site serait un « hub de tout ce que le muséum dit sur les réseaux, couplé aux contenus élaborés avec les scientifiques ». A suivre…

>> Illustrations :  museumdetoulouse, Lorena Biret (Flickr, licence CC)

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