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Service Science et Société de l’Université de Lyon : histoire d’un projet

Le 6 décembre 2010 par Marion Sabourdy

L’histoire commence à Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon, avec une petite association d’une quinzaine de membres. Depuis le début des années 1990, l’association Eclats (Espace culturel lyonnais d’animation technologique et scientifique) œuvre auprès des écoles et organise la Fête de la Science. Son dynamisme lui a même permis de rédiger le cahier des charges du centre Captiva (espace de CSTI lyonnais pour les enfants, proposé par la Ville de Lyon, aujourd’hui disparu) qui inspira la création de la Cité des enfants, inaugurée en 1992 à la Cité des sciences de Paris.

Vers 1995, « l’association a commencé à sombrer à cause de problèmes de gestion, explique Isabelle Bonardi, actuelle directrice adjointe du service Science et Société, malgré une tentative de réembaucher du personnel, Eclats a finalement été dissoute ». En avril 1999, le Pôle universitaire de Lyon (PUL) (1) s’appuie sur les membres de l’association pour lancer un projet de culture scientifique et technique. « Au début, nous étions trois : deux provenant d’Eclats , Mylène Saury et moi-même, et le chef de projet à mi-temps, Daniel Guinet, chercheur à l’Institut de physique nucléaire » précise Isabelle.

Pendant trois ans, ces trois personnes sont toutes en situation de médiation, puis sont rejointes par une secrétaire et des personnes mises en disponibilité. Parmi leurs activités : les formations de doctorants (2), l’organisation de la Fête de la Science, le lancement de l’opération « A la rencontre de la science » où des élèves rencontrent des chercheurs (3), l’accueil de l’exposition « Quand la science rejoint l’art » (4), de l’Inserm dans l’Opéra de Lyon en 2000 – « notre tout premier événement festif » – ou encore la Nuit du cinéma scientifique à l’ENS. Le groupe n’est pas « créateur d’exposition mais plutôt organisateur de temps forts » précise Isabelle. Petit à petit, les quatre membres régulier deviennent chargés de projet.

La demande de labellisation CCSTI en 1999, en même temps que La Rotonde à Saint-Étienne, a été obtenue en 2009. Très vite, les CCSTI de la région Rhône-Alpes – un par département actuellement – créent un réseau (voir le site internet tout juste lancé). « Le contrat de plan État-Région a assis notre budget de fonctionnement et a structuré notre rôle » assure Isabelle Bonardi.

C’est la période « dorée » de la CSTI en Rhône-Alpes avec Roger Fougères en tant que président de la commission enseignement supérieur et recherche. Le CCSTI lyonnais s’essaye alors à la création d’une exposition sur le thème des fractales, en collaboration avec le Laboratoire d’informatique en image et systèmes d’information (LIRIS à l’Université Lyon 1), qui possède un logiciel de création de fractales, et une artiste en résidence dans ce laboratoire.

En octobre 2002, Daniel Guinet démissionne et le conseil général vote l’arrêt de ses subventions au CCSTI afin de se concentrer sur le projet du Musée des Confluences. L’année se termine tant bien que mal et Isabelle Bonardi est alors prise au poste de chef de projet début 2003.

Jusqu’à fin 2002, le service était financé à parts égales entre l’État, la région, le département et la ville à hauteur de 200 000 euros environ. « De nombreuses personnes souhaitaient un CCSTI à Lyon, nous étions assaillis de demandes auxquelles nous ne pouvions pas répondre par manque de subventions et de personnels » déplore Isabelle Bonardi.

Le groupe organise pendant un mois l’événement « La chimie dans tous les sens » au sein duquel il accueille « La chimie, naturellement » (une exposition de l’Espace des sciences à Rennes) au château de Saint-Priest, près de Lyon. En 2005, dans le cadre de l’année mondiale de la Physique, le CCSTI participe à la conception du Camion des sciences avec des chercheurs grenoblois et lyonnais.

Entre 2004 et 2006, le PUL passe de quelques membres à une trentaine puis se mue en 2007 Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) nommé Université de Lyon (UdL) avec aujourd’hui 19 membres (universités et grandes écoles) sur Lyon et Saint-Étienne. « Cette structure a pris de plus en plus d’ampleur en termes de taille, de dynamisme et d’attraction de financements » confie la directrice adjointe. « L’action du CCSTI est devenu un des piliers de l’action de l’Université de Lyon notamment en terme d’ouverture culturelle et d’attraction des jeunes ».

En 2007, le CCSTI recrute son premier directeur, Alexis Michel, mathématicien venu de l’Université de Bordeaux. « Cette homme brillant a mis en place des révolutions dans le service, estime Isabelle, comme le développement du site internet, ce qui a attiré l’attention des politiques sur notre travail, notamment le Conseil général et la communauté urbaine qui ont alors choisi de nous financer à nouveau ». C’est également Alexis Michel qui ouvre les portes de l’Europe au CCSTI.

La structuration du PRES en services entraîne cette année-là la création du service Science et Société dont le CCSTI est l’outil opérationnel. « Nous ne voulions pas d’un banal service de CST, alors nous avons orienté nos actions sur la réciprocité et l’échange, avec une place prépondérante réservée au citoyen ». Isabelle Bonardi est nommée directrice adjointe. Elle exerce depuis une fonction de management et de mise en place opérationnelle de la politique proposée par la direction.

2009 marque l’arrivée de Béatrice Korc au poste de directrice. Au jour de notre interview, en novembre dernier, cette réalisatrice venue de Paris se donne encore quelques mois pour peaufiner le projet global de développement de la structure pour les trois prochaines années en lien avec ses missions spécifiques au sein de l’Université de Lyon.

« Ce sont des équilibres subtils à créer. Nous avons une mission ancrée dans le département du Rhône via les actions du CCSTI mais nous avons en même temps une mission transversale d’animation des questions « science-société » pour les établissements membres de l’Université de Lyon, qui recouvre le territoire de l’Académie de Lyon, explique Béatrice Korc.

Ainsi par exemple, le CCSTI La Rotonde à Saint-Étienne est sur le même périmètre académique et un service d’un établissement membre du PRES.  Il  faut voir comment nous pourrions mutualiser à l’avenir certains moyens tout en conservant une parfaite autonomie. Par exemple, ils produisent des reportages intéressants avec leur radio TramWeb. Pourquoi ne pas le faire à une échelle plus large ? ».

Très prise par les projets européens (voir notre article à ce sujet), elle ne s’est pas encore attelée aux partenariats avec le monde industriel. « Il me semble nécessaire de commencer par expliquer aux entreprises ce qu’est la médiation culturelle des sciences : ni des conférences traditionnelles ni de la communication corporate ».

2011 et l’Année mondiale de la Chimie sera une occasion de nouer des dialogues. « Les chimistes ont souvent du mal à parler de leur travail et le public est effrayé. Il faut travailler avec les entreprises, leur expliquer en quoi l’ouverture vers la société civile et l’écoute de certaines inquiétudes sont importantes pour faire évoluer les représentations des uns et des autres. Une médiation autour des textiles, très liés à l’histoire lyonnaise, pourrait être un bon début ».

Hyperactive, cette femme « à poigne » souhaite travailler sur le sens des choses. « Surtout, ne pas faire du saupoudrage événementiel mais inscrire notre action dans la durée ». Les 11 membres de l’équipe, dont 8 équivalents temps plein croulent sous le travail, mais avec le sourire. « Chaque projet est un prototype, indique Béatrice, on expérimente beaucoup de choses, ce qui prend du temps ».

Dans les grands axes développés au PRES figurent la santé et la ville décarbonée, un des thèmes que l’Université de Lyon a développé lors de l’Exposition universelle de Shanghai. D’ailleurs l’actuel campus de la Doua à Villeurbanne va devenir le premier éco-campus européen, futur lieu d’échanges et de recherche sur les questions environnementales.

« 2011 et 2012 seront l’épreuve du feu pour notre  nouvelle programmation et pour notre développement au sein de l’Université. Les questions Science et Société sont inscrites dans tous les dispositifs proposés dans le cadre du grand emprunt. Si tous les projets que nous développons actuellement portent leur fruits, nous devrions disposer de nouveaux types de financements à l’avenir ». De quoi prévoir des projets encore plus ambitieux.

Notes

  1. A l’époque, le PUL réunissait six structures : les universités Claude Bernard Lyon 1, Louis Lumière Lyon 2, Jean Moulin Lyon 3, l’Institut national des sciences appliquées (INSA), le CNRS et l’École normale supérieure (ENS).
  2. Ces formations, qui ont perduré jusqu’à aujourd’hui, ont lieu dans le cadre de modules d’insertion professionnelle ou dans celui du Centre d’initiation à l’enseignement supérieur (CIES).
  3. Cette opération a duré jusqu’en 2009
  4. Lors de cet événement, des trinômes d’étudiants documentalistes, scientifiques et venant du Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMD) étaient formés. Chaque groupe s’emparait d’une photo et a créé une scénette (travail sur les légendes, textes déclamés, peinture, pièces de théâtre, danse…)

>> Ilustrations : Ilian Ginzburg pour l’Université de Lyon (n°1) et Knowtex

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