Knowtex Blog

Sophie Mahéo : tisseuse de liens de Paris Descartes

Le 30 mai 2011 par Audrey Bardon

Jour de rentrée universitaire à Paris Descartes. Les nouveaux entrants découvrent les amphithéâtres bruyants, l’agenda bien rempli des soirées étudiantes et un étonnant dispositif numérique… les Carnets 2, le réseau social de l’université. Pour les accueillir, une voix et un visage rassurants : ceux de Sophie Mahéo, responsable éditoriale et community manager du réseau.

« Je suis à la fois l’animatrice et le chef de projet du réseau », explique la jeune femme. Ses missions ? Aider les utilisateurs à prendre leurs marques, les encourager à s’exprimer et à participer à la vie des Carnets 2. « Ma voix reste discrète, mais je tends l’oreille et je tisse – ou je TICE d’ailleurs ;-) », s’amuse-t-elle à écrire sur son espace personnel.

Les Carnets 2, plateforme aux multiples usages

« L’idée du réseau est de mettre en lumière les compétences des acteurs de l’université ». Ouverts aux étudiants, enseignants-chercheurs et au personnel de l’université, les Carnets 2 constituent à la fois un espace d’expression et d’échanges, un outil pédagogique et une vitrine des compétences des membres de l’université.

Espace d’échanges, car chacun peut créer sa page personnelle, publier ou commenter des articles (actualités, publications scientifiques, témoignages, réflexions…), entrer en contact avec les autres utilisateurs, partager des évènements ou encore créer un groupe de discussion. Un étudiant en séjour dans une université étrangère restera en contact permanent avec ses professeurs et camarades. Au fil de son blog, il partagera avec eux son aventure. Un enseignant-chercheur se tiendra informé des derniers séminaires par son réseau de contact.

Mais les Carnets 2 frayent également avec la pédagogie, puisqu’ils offrent la possibilité de suivre la progression d’un groupe d’étudiants. Des e-portfolios ont été mis en place, sorte de carnet de bord en ligne qui permet à ces derniers de conter leurs expériences en stage, faire le point sur leurs acquis et mettre en avant leurs compétences. Les enseignements peuvent ainsi innover dans leurs démarches et exercer un tutorat constant et personnalisé.

Enfin, en tout bon réseau social, il met en valeur les individus, qui écrivent en leur nom propre. Leur démarche est ainsi authentifiée par un cadre institutionnel. L’auteur peut choisir de rendre publiques ses publications. Elles deviennent alors accessibles à tous et sont relayées vers d’autres réseaux tels que Facebook et Twitter. Pour Sophie Mahéo, la plateforme doit « s’adapter aux usages des utilisateurs ». Basé sur le logiciel libre Elgg, le réseau est constante évolution.

Timeline des Carnets 2

C’est par un heureux hasard que Sophie Mahéo en est venue à s’occuper du réseau de Paris 5. En pleine reconversion professionnelle après des études de droit, elle découvre en 2005 un cursus « absolument génial » proposé par l’université : une formation en ligne de webmaster éditorial et d’animation de communauté. « Une approche totalement précurseur ! »

« Il s’est avéré que la directrice de la formation, Sophie Pène, était aussi la vice-présidente chargée des TICE de Paris Descartes… » Et cette dernière avait une petite idée derrière la tête : « elle souhaitait lancer une expérimentation de ferme de blogs au sein de l’université. Elle m’a alors proposé de m’en occuper » se souvient la jeune femme. Lancée avec 52 étudiants (issus de la formation de Sophie), la plateforme de blogs deviendra cinq ans plus tard un véritable réseau social avec plus de 10 500 utilisateurs.

Engagement, confiance et SEO : clés de la réussite

Un réseau social d’une université française reconnu à l’étranger ?! Mais quelles sont les clés de son succès ? « Un très bon référencement » confie la community manager. « Les contenus sont tagués par les utilisateurs. Il y a des liens entre les contenus, entre les contenus et les gens, et entre les gens eux-mêmes ». Sans compter les profils sur Facebook et Twitter. De quoi être bien positionné sur Google !

La présence d’un community manager est par ailleurs essentielle pour Sophie Mahéo : « Ça ne peut prendre qu’à partir du moment où une personne est là pour accompagner, expliquer et répondre ». Le community manager doit avoir une légitimité interne et externe. « Je le vois très bien en animant le réseau : je m’expose tout autant que les étudiants, je publie, je suis sur Facebook et tout cela, ça compte. Les utilisateurs doivent sentir qu’on est engagé ».

Selon Sophie Mahéo, les débordements ne sont que très rares, « en partie du fait que les utilisateurs s’engagent en leur nom propre ». La plateforme fait ainsi «  le pari de la confiance ». Cela n’empêche pas la community manager de garder toujours un œil sur le réseau. Des propos déplacés repérés, et la publication est immédiatement mise en privé. « On ne peut pas se permettre que cela tourne à la cour de récré ». Mais cette nécessaire surveillance n’atténue en rien l’esprit des Carnets 2 : «  prendre en considération les étudiants et les reconnaitre comme une valeur ajoutée très forte, comme des acteurs de savoir. »

« Je me souviens d’une fois où un étudiant avait rédigé un billet un peu maladroit sur l’université, se souvient Sophie. En une demi-journée, il avait engendré 15 commentaires de membres qui tentaient de rassurer cet étudiant qui, finalement, partageait une certaine détresse. » Les Carnets 2, c’est aussi un moyen de « créer un tissu social au sein de l’université ». « Un espace de liberté » qui permet aux individus « de grandir ».

Le réseau social dans la stratégie de l’établissement

Succès grandissant, le réseau a finalement éveillé la curiosité des responsables d’universités. Pour preuve, les régulières conférences sur le sujet .« Il est important que les dirigeants perçoivent les bénéfices d’un réseau social au sein de l’université », soutient Sophie Mahéo. Pour la jeune femme, les réseaux sociaux sont « des dynamiques à investir » qui concernent à la fois les services d’insertion professionnelle, les départements TIC, les services de communication ou de documentation.

Premier enjeu : montrer que l’université est « une institution vivante » et « valoriser les savoirs produits dans l’université ». Le réseau propose « une scène » pour chaque acteur de l’établissement, « pas pour faire son show », mais pour « montrer ce qu’il sait faire » et pour « construire ensemble ». Les échanges poussent les étudiants à entreprendre. C’est à la fois un moyen d’innover et de repérer l’innovation au sein de l’université, « par exemple de découvrir qu’un étudiant est aussi créateur d’entreprise » détaille la jeune femme.

« Un réseau social permet aussi de nourrir le sentiment d’appartenance à l’université ». Fidéliser les anciens reste en effet un enjeu important pour les établissements. Par sa simple présence sur le réseau, l’individu va recommander l’université. Selon Sophie Mahéo, participer à la « maison commune » chère au président de l’université Axel Kahn est difficilement réalisable sur un espace tiers comme Viadéo ou Facebook.

De tous petits pas, mais cela avance…

Aujourd’hui, la majorité des réseaux en ligne d’universités sont des réseaux d’anciens. Les réticences vis-à-vis des réseaux sociaux tendent à disparaitre, mais pour cela, « il y a un vrai défi d’accompagnement ». La jeune femme confie que cela peut prendre beaucoup d’énergie, surtout dans un contexte institutionnel. « Il faut constamment secouer les gens ».

Du côté de la plateforme, « l’idée en ce moment est de garder l’oreille collée aux usages ». « Nous souhaitons articuler la politique éditoriale avec celle de l’établissement. Travailler conjointement avec le service de communication. » Sophie Mahéo tente par ailleurs de fédérer un groupe d’utilisateurs déjà très investis dans le réseau en leur offrant un rôle d’animateurs d’une communauté un peu plus grande chaque jour.

>> IllustrationsEmmanuel GadenneNivrae (FlickR, licence CC)

Ajoutez un commentaire

Pas encore membre ? Inscrivez-vous pour laisser un commentaire ! Déjà membre ? Connectez-vous

Tous les contenus, sauf exception signalée, sont sous licence Creative Commons BY-NC-SA