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Un Centre de culture numérique pour croiser les usages et rapprocher les usagers

Le 19 juillet 2012 par Audrey Bardon

Niché au cœur du campus de Strasbourg, le jeune Centre de culture numérique est un lieu hybride et ouvert, où se croisent les communautés, les usages et les dynamiques. Formations, conférences, ateliers ou discussions autour d’un café… cet espace flexible a pour volonté affichée de  « construire et rendre visibles les fondements d’une culture numérique partagée ».

« Le projet a émergé en 2011 des nombreux échanges avec les grands acteurs du numérique de la région, raconte Philippe Portelli, directeur des usages du numérique à l’Université de Strasbourg et initiateur du projet.  On a très vite compris que l’université avait aussi un rôle à jouer dans la dissémination des usages du numérique, à l’intérieur comme à l’extérieur de nos murs. »

L’idée finit par germer : ouvrir un lieu de rencontres autour des usages et enjeux du numérique ; un lieu qui s’adresse à tous, spécialistes ou amateurs et où chacun peut « partager, écouter, participer, apprendre et se nourrir des autres ». Un concept largement inspiré des centres de culture scientifique. Il restait à le construire physiquement, l’équiper, à définir les services et les modes d’accès… Le 15 mars 2012, le Centre de l’université de Strasbourg est enfin inauguré : « je dirais presque “la fleur au fusil”, parce qu’il fallait probablement un minimum de folie pour aller avec autant d’énergie sur un terrain encore inconnu », confie le directeur.

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Trois espaces bien identifiés

C’est au sein du bâtiment abritant la Direction des Usages du Numérique (DUN) de l’université que le centre a pris racine. Le grand hall bercé de lumière a été investi par les étudiants, juchés sur des chaises hautes, la tête penchée sur leur écran. Plus loin, les rires d’un groupe de travail qui profite d’une pause pour « mater la dernière vidéo buzz du net », affalé sur les canapés bleus. Bienvenu au « spot numérique », premier élément composant le centre de culture numérique. « C’est un endroit où l’on n’est pas coincé derrière un poste de travail, détaille Philippe Portelli. On peut parler, manger, se mettre à plusieurs autour d’une table avec un portable branché et connecté, rester quelques minutes ou des heures entières. » Proche des espaces de coworking, il a été imaginé pour répondre aux usages des étudiants nombreux et mobiles.

Selon l’Observatoire des usages du numérique mis en place à l’université de Strasbourg pour étudier les pratiques de ses communautés, ils sont près de 90 % à disposer d’un ordinateur portable. Le spot met donc à disposition l’utile et le nécessaire : mobilier confortable et modulable, nombreuses prises, réseau WIFI et filaire. De nouveaux spots seront implantés dès l’année prochaine sur les campus. Pour Philipe Portelli, « il ne faut pas sanctuariser les équipements derrière un bâtiment. Notre seule idée est de les disséminer le plus largement possible. »

La visite se prolonge en longeant le mur parsemé de mots clés évocateurs. La salle adjacente constitue l’espace de formation du centre. À disposition : des tableaux interactifs, des ordinateurs portables et… des sièges mobiles, plutôt atypiques dans une salle de cours. Leur modularité permet toutes les fantaisies, comme l’a démontré l’EM Strasbourg dans leur Campus Tour. Une manière de « casser les modes habituels de travail ».

Cet espace permet d’accueillir une offre diversifiée de formations sur les questions du numérique, en particulier pour les enseignants-chercheurs, les personnels administratifs et les professionnels extérieurs. Des modules de formations seront également proposés pour les étudiants en master, à l’exemple de celui lancé à la rentrée sur création de serious games. Les étudiants seront par ailleurs sollicités pour partager leurs savoirs. « On l’a testé récemment avec un atelier Twitter conduit par des étudiants qui avaient en face d’eux des enseignants. Un vrai succès ! »

Enfin, dernier élément : l’espace collaboratif. Cette salle « technologiquement bien pourvue » a été pensée pour offrir une modularité des équipements la plus grande possible. « La volonté de cet espace est qu’il puisse servir à du travail collaboratif, à venir se poser sur des canapés pour refaire le monde, s’enthousiasme le directeur. Tout le monde fait du travail collaboratif à sa façon, pas forcément avec les bonnes méthodes, et dans des endroits souvent mal équipés. Il faut tout d’abord repenser les lieux, avec des meubles et technologies mobiles. Si tout est fixé au sol, les possibilités sont réduites. Le numérique permet aussi aux usagers de ne plus poser de frontières autour d’eux. C’est l’idée derrière cet espace. » Celui-ci dispose de plusieurs écrans interactifs mobiles, ainsi que d’un système de téléprésence immersif de haute qualité. « Cela permet de travailler à distance dans les meilleures conditions possible, avec en face de soi un interlocuteur en grandeur nature. On a presque envie de se passer la bouteille d’eau ! »

Des activités variées, ouvertes sur la Cité

Ces différents espaces ainsi que les amphithéâtres du bâtiment permettent d’organiser régulièrement des évènements, réunions de travail et ateliers. Un cycle de conférences mensuelles grand public a été inauguré dès le premier mois de lancement, touchant de nombreux sujets liés au numérique : cybermenaces, mondes virtuels pédagogiques, calcul haute performance…  Une petite équipe administrée par Rodrigue Galani, également responsable de l’Observatoire des usages du numérique, est en charge de coordonner ces différentes activités. Elle est renforcée selon les activités par le personnel  de la Direction des usages du numérique de l’université composé d’ingénieurs pédagogiques, de techniciens et de professionnels du multimédia.

Autre aspect fondamental, « inscrit dans les gènes du centre » : son ouverture sur la Cité. Le centre de culture numérique rejoindra ainsi très bientôt le réseau des télécentres d’Alsace, participant à « la création d’un maillage territorial des infrastructures et des services ». Il proposera également dès la rentrée des formations au droit numérique ouvertes aux personnes extérieures. En filigrane de ses missions, celle de développer l’ambition territoriale en matière de numérique, en donnant à la fois les compétences aux étudiants et enseignants-chercheurs, mais aussi en participant à l’effort qui vise à augmenter la compétitivité des acteurs économiques de la région.

« Il ne s’agit pas d’accueillir des start-ups qui vont rester trois mois pour démarrer leurs activités. Cette offre existe déjà sur Strasbourg. Nos publics cibles, ce sont plutôt des petits groupes et des individus qui viennent se former, travailler ensemble sur un projet, se rencontrer, poser des questions, et repartir avec des idées, les solutions, ou d’autres questions » précise Philippe Portelli. Le centre accueille ainsi régulièrement des organismes et entreprises, qui viennent y organiser des rencontres autour des enjeux du numérique, des plus formelles ou plus informelles.

« On voit se croiser des enseignants-chercheurs, des étudiants, des organismes publics comme une chambre de commerce, des petites et moyennes entreprises… qui viennent discuter de thèmes communs. C’était notre ambition de réussir à poser dans le paysage un lieu où l’on peut découvrir des acteurs que l’on ne croise pas sur le campus, et provoquer des rencontres entre les professionnels qui n’ont pas l’habitude de se parler ou qui ne se connaissent pas. C’est à la fois bénéfique pour l’université car cela met en lumière ses acteurs, et pour les professionnels extérieurs qui y trouvent une certaine neutralité. Ici, on est en dehors des luttes de territoires », appuie Phillipe Portelli.

Un lieu hybride et évolutif

S’il existe de nombreux lieux similaires par leurs services ou leur philosophie, le centre de culture numérique n’a pas de réel équivalent, tout du moins dans une université française. Il se rapproche tout d’abord des cantines numériques, des espaces de coworking et de rencontres principalement dédiés aux acteurs du numérique. « On se retrouve sur plusieurs points : la convivialité, la modularité, l’envie de refaire le monde assis autour d’un café et d’un écran tactile. C’est tout un état d’esprit » précise Philippe Portelli.

Autres structures similaires : les télécentres qui proposent sur abonnement des bureaux et des équipements numériques. Dans l’enseignement supérieur, les espaces comparables le sont principalement en termes de concentration de services dans un même lieu, à l’exemple du SEMM, Service Enseignement Multimédia de l’Université Lille 1 ou de L’UTÈS, le centre pédagogique de ressources multimédias de l’UPMC, qui accueillent et forment leurs communautés universitaires à l’usage des « technologies éducatives ».

Pour Philippe Portelli, il faut ajouter une couche de recherche et de dissémination plus large et pluridisciplinaire. « Un jour, on peut être un télécentre qui accueille les travailleurs nomades en participant à l’effort régional. Le lendemain, on devient un centre de recherche et d’expertise pour présenter des services innovants et étudier les usages. Le jour d’après, on propose des formations sur un domaine thématique. Et le jour suivant, on organise un barcamp. On ne pose pas de barrière, seulement des briques »

Et lorsqu’on lui demande à quoi pourra ressembler le centre de culture numérique dans quelques années, le directeur confie en toute humilité qu’il n’en a pas la moindre idée. « Aujourd’hui, j’ai dû mal à mesurer quel va être l’impact. Nous ouvrir vers l’extérieur va engendrer beaucoup de choses. Ou pas », s’amuse-t-il, ne cachant pas préférer la première éventualité. « Une seule chose est certaine : ses missions doivent toujours coller à la politique de l’université et s’adapter au contexte. On a entrouvert des portes, et l’on voit que les gens rentrent. Cela répond donc bien à des attentes. Et j’ai le sentiment qu’elles sont beaucoup plus importantes que ce que l’on imaginait. Il fallait juste faire clignoter dans le paysage la culture numérique comme point de ralliement. Et peut-être que demain, quand tous s’en seront emparés, on n’en aura plus besoin. »

>> Illustrations : Centre de culture numérique (Flickr, CC)

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