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Un jeu de culture scientifique ! Faisable ?

Le 2 février 2011 par Thomas Schumpp

Concevoir un jeu de culture scientifique et technique ! Voilà le défi dans lequel je suis engagé depuis un certain temps avec quelques autres. Dès le début de ce projet s’est posée la question de la possibilité de réaliser un vrai jeu de CST. Par vrai, j’entends un jeu qui, sur les critères propres aux jeux de société, puisse se comparer aux autres productions du marché.

En effet, j’avais déjà à plusieurs reprises remarqué combien les jeux se présentant comme pédagogiques ou de CST étaient de mauvais jeux : pas sympas, pas motivants, pas rigolos, pas captivants… Comment expliquer ce constat ? (on peut ici faire un parallèle avec le post de Malvina sur il y a quelques semaines).

Première réflexion : CST, vulgarisation, pédagogie, …

Il existe tout d’abord une ambiguïté sur les termes et notamment une confusion entre ce qu’on appelle un jeu de vulgarisation, de Culture Scientifique et Technique, pédagogique, éducatif… Pour moi la vulgarisation est une activité technique qui vise à produire un discours compréhensible par un public sur un sujet scientifique. Il n’y a pas à proprement parler d’objectif d’acquisition d’une notion ou d’un savoir par le public.

Un outil pédagogique ou éducatif porte quant à lui une très forte dimension quant à l’évolution qu’il produit sur le public et notamment la « fameuse » acquisition de connaissance. Enfin, la CST est plus complexe puisqu’en tant que culture, on peut la voir comme une co-construction de savoirs et de références collectifs.

Appliqué à mon sujet, cela pourrait donner : « Soyons clair ! Cherche-t-on un jeu qui traduise sous forme ludique des informations techniques, un jeu qui implique un apprentissage, ou un jeu qui vise à faire culture ? ».

Deuxième réflexion : Des objectifs ou des moyens

On ne peut courir tous les lièvres à la fois. Ainsi, poser trop d’objectifs à un même projet peut amener à ne répondre à chacun d’eux que de manière imparfaite. Or, on oublie bien souvent que le jeu en lui-même porte des objectifs et des caractéristiques. Le jeu se doit par exemple d’être ludique, ou motivant, ou intéressant, etc.

Le problème est que dans le cadre de projet de CST, on réduit sans y penser le jeu à un simple moyen, comme pourrait l’être un outil telle qu’une caméra par exemple, ou comme pourrait l’être une somme d’argent. Réduire le jeu à cela, c’est accepter de mettre au second plan les objectifs propres au jeu devant ceux du projet (CST, vulgarisation, pédagogie, …). Cela peut signifier sacrifier les aspects qui fondent même l’appellation de jeu, et nous voilà avec une des explications du pourquoi tant de jeux dits pédagogiques sont ennuyeux bien que de qualité (du point de vue pédagogique).

Ce qu’il y a d’intéressant dans cette réflexion c’est qu’elle peut s’appliquer à tout les médias que l’on utilise. Le film porte-t-il en lui-même certains objectifs qui « cohabiteraient » difficilement avec ceux qu’on se fixe en CST ? De même pour le roman auquel Malvina s’est heurtée ? Idem pour l’animation ? Et finalement pourquoi ne pas se poser la question pour les expositions ? (1)

Troisième réfléxion : L’évaluation

Finalement en compilant un peu tout cela, on en arrive enfin à sa demander si l’on remplit correctement les objectifs que l’on s’est fixé et donc à la délicate question de l’évaluation d’un projet. Qu’il s’agisse de CST, de vulgarisation, d’apprentissage… on se doit d’évaluer les actions en regard des objectifs qui sont posés. Toute la question est d’être capable de les expliciter et de les hiérarchiser. J’essayerais dorénavant de ne pas oublier les objectifs cachés derrière les moyens et média que j’utilise.

Maintenant et pour conclure « Peut-on faire un vrai jeu de CST ? » – Personnellement je pense que oui, mais il faudra être très clair sur ce que l’on entend par culture scientifique et technique (un nouveau post à venir ;-)). A l’inverse, je ne suis vraiment pas sûr que l’on puisse créer un vrai jeu (donc comprenant les objectifs propres à ce média) pédagogique (c’est à dire visant une acquisition de savoirs spécifiques par le joueur).

Note

  1. Pour ceux qui ont eu à travailler sur la conception d’exposition : on peut penser que cette prise en compte d’objectifs propres au média exposition pourrait peut-être éclairer certains débats sur la fameuse longueur des textes dans les expos ou sur la délicate présence (ou absence) de contenu scientifique …

>> Illustrations : Erik Mallinson faluna (Flickr, CC)

>> Source : Billet initialement publié sur Vulgaris

1 commentaire

  1. Fabre le 05 février 2011 à 01:10

    Je me souviens d’un épisode des Simpsons ou Bart, le cancre, voit un jeu de borne d’arcade où il faut s’amuser à « nuker » les villes des Etats-Unis. Au début, il s’extasie en détruisant des villes des USA puis réalise que c’est en réalité un jeu éducatif pour apprendre les capitales des états… et part dégoûté.

    Personnellement, je crois que qu’un jeu scientifique est tout à fait faisable et j’ai vu des débuts d’exemples outre-atlantique, à base de cartes essentiellement.

    Comme pour les romans (cf Jules Verne), il faut un « savant » ;-) mix de jeu et de pédagogie scientifique : genre 80 % / 20 %.

    Ceux de ma génération n’auraient sûrement pas compris et retenu le complexe (et peu usité) mot « métamorphose » à 10 ans sans Goldorak…

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