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Un TEDx pour sortir de la caverne

Le 11 juin 2012 par ClaireBerthelemy

La caverne de Platon a rassemblé 360 personnes pour TEDx Paris Universités le 19 mai dernier à la Cité des Sciences à Paris. La déclinaison locale de l’évènement TED - conférence annuelle pendant laquelle différentes personnalités viennent discourir pendant un temps court pour « propager leurs idées » – a permis à divers intervenants, de toutes les générations d’exposer leurs idées pour faire sortir le public de sa caverne. Au programme : communautés, humains, travail… des speakers pour des TEDTalks.

À la fin certes, je pense, c’est le soleil, non pas ses images sans consistance dans l’eau ou en quelque autre place, mais lui-même tel qu’en lui-même dans son espace propre, qu’il pourrait contempler et examiner tel qu’il est. (Platon)

Grâce aux communautés, la création

Au centre : la communauté. Elle est vue comme un outil qui permet de créer et de réinventer notre façon de voir le monde sans cesse, de l’aménager et pourquoi pas de l’améliorer. C’est le parti pris des speakers de la première session.

Emmanuel Bloch, le directeur de la Communication Externe chez Thales Communications & Security, analyse la communication de crise et les conflits asymétriques entre les marques et leurs détracteurs sur les réseaux sociaux et les méthodes de communication activistes de Greenpeace ou Avaaz. L’asymétrie existe parce que les outils sont utilisés différemment mais aussi parce que la riposte demande des moyens nettement plus conséquents.

De son côté, Gaspard Duval aka G.D., cataphile, repéré par l’équipe de TEDxPU alors qu’il sortait d’un égout parisien, a eu l’occasion de raconter son expérience de photographe des souterrains. S’il préfère parcourir les 300 kilomètres de catacombes parisiennes la semaine, c’est qu’il y a moins de monde que le week-end. Mais c’est aussi raconter la société souterraine.

Deux créateurs de communautés sont ensuite montés sur scène pour exposer leur vision. Julien Dorra, designer, nous a parlé de sa frustration de constater que certains musées interdisent de prendre des photos. Le musée d’Orsay fait partie de ceux-là depuis 2010. Il a alors eu l’idée de recréer les collections des musées sur le Net. Celui qui a co-organisé Muséomix – un événement qui a eu lieu aux Arts décoratifs en novembre 2011- remet la fabrication de la culture à sa juste place.

Le web nous a réappris que la culture ne se faisait pas de haut en bas mais qu’on pouvait le faire tous ensemble. La culture est quelques chose qui se partage parce ce que c’est nous tous qui la créons.

Après les musées, le speaker fondateur de Makesense.org, un portail d’entreprenariat social entre en scène. Christian Vanizette – à suivre sur Twitter – explique qu’il s’est posé une question simple, à l’origine de son projet :

Comment passer du ‘like’ à ‘je peux aider ?’, voire à ‘je vais aider’ ? C’est pareil en amour, on dit je t’aime mais on s’en moque, ce qui compte c’est le ‘prouve-le’. Si le like ne prend qu’une demi-seconde, passer à l’action demande du temps, de la passion.

Le but de son projet : aider les entrepreneurs sociaux grâce à des « hold-up d’idées ». En bref, vous êtes un « super héros » – développeur, designer ou spécialiste du marketing – et avez de « supers idées ». Vous pouvez vous mettre en relation avec des entrepreneurs sociaux dans le domaine de l’environnement, du développement économique, de la santé et de l’éducation pour donner un coup de main à ceux qui manquent d’un « super héros » pour concrétiser leurs envies.

Il existe aussi de très bon orateurs, de ceux qui font croire à des dizaines de milliers de personnes qu’un fait est vrai alors qu’il n’en est rien. Mathieu Stern, le pro du buzz, fait partie de ceux-là. Alors qu’il a débuté son intervention en racontant l’histoire du Cat Bombing – littéralement, fabriquer des bombes avec des chats, phénomène qui n’existe pas mais qui a été en mesure de tirer quelques larmes dans l’amphithéâtre bondé de la Cité des sciences -, il a donc développé sa théorie sur l’art du storytelling. Ou comment créer des faits les plus solides possibles, qui n’ont d’autre origine que la légende urbaine : être crédible, préparer un avant et un après à l’histoire, se rapprocher de la réalité grâce à des évènements récents, trouver des diffuseurs et enfin adopter une stratégie virale.

Sortir l’humain de sa caverne : « Oubliez-vous »

Se mettre à la place de l’autre pour répondre à sa demande, c’est le cas d’Alexandre Woog. Entrepreneur, ancien étudiant d’HEC, il est aussi fondateur d’e-loue, une agence de location de biens divers. « Accessoirement », il s’adonne à l’escrime avec une casquette de sportif de haut-niveau. Cet entrepreneur du web est l’un des défenseur du commerce traditionnel. Pour lui, une boutique qui a pignon sur rue, même dans le cadre d’une vente ou location en ligne, est un argument essentiel pour ses clients. Pour le service après-vente comme pour apprendre ce qui marche : mettre en location une chèvre lui a par ailleurs montrer que ça fonctionnait très bien. Il est aussi le premier à évoquer le feedback :

Le meilleur pour avancer vite c’est le client. Et il faut prendre du feedback sur chaque erreur.

Le graphiste Geoffrey Dorne est venu ensuite parler du designer…. qui en fait « n’existe pas » ! Par contre, les projets crées, en association avec d’autres profils, sont eux des objets bien réels. Personne ou presque ne connait le nom de ceux qui designent nos objets du quotidien. Pour lui, le lien avec l’autre est primordial et tous les moyens sont bons, même monter un canapé Ikéa avec son futur associé de projet. Cela lui permet d’enchaîner sur son projet de recherche, qui lui tient à coeur. Neen pour Non verbal emotional experience of notification – a permis de montrer qu’il existe bien des pistes à explorer pour une communication non verbale et tournée vers les émotions.

Oubliez-vous, oubliez vos pensées et essayez d’écouter les métaphores des autres et leurs non-réponses.

Autre rapport à l’individu et à la diffusion de l’information : Antonio Casilli, maître de conférence en Digital Humanities à ParisTech et chercheur en sociologie. L’auteur de l’ouvrage Les liaisons numériques, et par ailleurs animateur du blog de recherche Bodyspacesociety, a offert au public un TEDtalk portant sur la censure des réseaux sociaux, notamment lors des émeutes londoniennes. Il fait partie de ceux qui sont convaincus que les réseaux sociaux sont une des formes d’expression et de communication à ne jamais censurer. Si pour les autorités britanniques, les émeutes de Londres en 2011 n’ont pas de fondement politique, pour le chercheur, la portée sociologique du mouvement a été mise de côté. Le rôle des médias sociaux est important, dans ce type de mouvements, pour la vision des acteurs.

Le champ de vision s’enrichit avec les médias sociaux. En cas de censure, il rétrécit.

Les nouveaux espaces de travail

Dernier round pour les speakers. Le speaker mystère, Loïc Lefèbvre est comédien. Commençant son intervention avec un générique de fin de film, il a su démontrer qu’il fallait se saisir de l’importance d’un réseau autour des intermittents, artistes et techniciens. Parce que ce réseau n’existe pas, il a créé exponentiel.org, le premier réseau social professionnel du cinéma, de l’audiovisuel et du spectacle vivant. Pour nouer un lien entre ceux qui ne figurent qu’au générique de fin des films, des émissions ou dans les remerciements d’albums. Exponentiel.org permet ainsi de rechercher du travail, d’en offrir et de partager des expériences, histoire de soutenir le monde tumultueux des intermittents.

Changer le monde du travail, c’est aussi le projet d’Éric Van Den Broeck, l’un des quatre fondateurs de Mutinerie, nouvel espace de coworking à Paris. L’espace de travail étant en mutation perpétuelle, le concept de Mutinerie est de réinventer les lignes. À commencer par le lieu en lui-même. En le pensant différemment, les fondateurs de ce nouveau genre de télétravail ont imaginé l’espace comme un moyen de communiquer avec d’autres. Par exemple, dès l’entrée, se trouve une salle de détente. Chaque pièce a été réfléchie pour son utilité et sa pertinence dans l’espace :

Nous nous sommes réappropriés le moyen de production [les ordinateurs]. Donc nous n’avons plus besoin de lieu.

Les espaces n’ont jamais été autant repensés avec intelligence.

Après le passage d’Henri Landes, étudiant en master à Sciences Po Paris, qui a montré en quoi un réseau tel que Climates permettait de repenser les négociations internationales par l’expérimentation et les initiatives citoyennes – car « il ne faut pas perdre une minute pour changer le monde » -, Francis Pisani a rejoint la scène.

L’auteur et conférencier est l’un des pionniers de l’étude du web, depuis sa création il y a près de vingt ans. En parallèle de son intervention, il avait lancé sur Twitter un concours de poèmes en quatre mots pour le public de TEDxPU. Des exemples sont à retrouver dans le Storify dédié qui ressemble à présent à un énorme poème collaboratif. Pour Francis Pisani, nous sommes les enfants d’Archimède et pouvons utiliser les « TIC comme levier pour faire bouger le monde ». Et de conclure :

La seule preuve de l’existence de l’homme, c’est la poésie. N’oubliez jamais votre esprit critique.

Effectivement, Francis Pisani, par le biais de son projet Winch 5, tente de saisir ce qui pousse les individus à innover, à hacker et finalement changer le monde. Son terrain de jeu préféré pour faire le tour du monde des innovations est celui des médias sociaux.

Le gagnant du concours étudiant

Pour finir, mention spéciale à Clément Delangue, le gagnant du TEDxPU étudiant – qui aura le plaisir de se rendre à TED Active (voir l’édition 2012) en Californie – et son projet d’ouverture de l’éducation à ceux qui y participent : les étudiants.

À l’origine d’Unishared, première plateforme permettant aux étudiants de partager leurs notes, il est aussi celui qui a beaucoup questionné le système éducatif actuel et qui propose une autre façon de penser le monde éducatif :

L’université est une bulle alors que ça devrait être un endroit d’ouverture. Je ne me suis jamais autant senti déconnecté que dans une salle de classe. Au lieu de prendre des notes, je live-tweetait. Deuxième problème : les interactions avec les gens physiquement avec vous en cours sont très faibles. Mais maintenant il y a Google Docs pour donner une dimension sociale d’échange à cette salle de classe figée. Les étudiants ont le pouvoir et peuvent changer les choses, même, ils le doivent. Et ils vont changer l’éducation. La solution, c’est pas que les étudiants abandonnent le système éducatif mais plutôt qu’on leur permette de le changer eux-mêmes.

Enfin, un un prix spécial du jury a été accordé à la dynamique Giovanna Laterza, doctorante en lettres classiques, dont la thèse est axée autour de l’auteur latin Virgile. Pour évoquer l’apport de l’étude des classiques dans le changement le monde, elle a tout simplement proposé de nourrir notre curiosité chaque jour qui passe.

À méditer pour sortir de la caverne.

Pour aller plus loin

- Les Storify de Knowtex iciici et .

- Les dessins de Benoit Crouzet.

- Les photos de Lorena Biret (CC), François Tancré et Jacob Khrist (©)

>> Illustrations :  Photos Lorena Biret (Flickr, CC)

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