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What Women Wish ? Les femmes au volant du numérique

Le 7 février 2013 par Clio Meyer

Au retour de leur tour du monde, Zélie Verdeau et Fanny Le Gallou, les fondatrices de l’association What Women Wish (WWW) installent une exposition qui raconte leur expérience autour des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) auprès des femmes. En libre accès du 5 février au 14 mars 2013 au Centre d’animation de la Grange aux Belles l’exposition est inaugurée ce jeudi. Rencontre avec Zélie.

Peux-tu nous décrire rapidement le projet What Women Wish?

L’association WWW s’est donné trois objectifs autour des femmes et des technologies de l’information : former les femmes à la technologie informatique et notamment Internet, créer des pôles informatiques avec les communautés locales (Bénin, Népal) et informer sur le rapport des femmes aux TIC dans le monde au moyen d’un site en ligne (articles, photos, vidéos). Pour mener à bien notre projet, nous avons dû réunir des fonds alors que nous travaillions toutes les deux à temps plein. Pas évident de tout concilier mais nous y sommes parvenues et finalement plutôt grâce à notre réseau personnel.

Les grosses entreprises qui possèdent des fondations dédiées ne récompensent pas les associations qui démarrent leur premier projet (ce qui peut se comprendre) et nous avons candidaté à plusieurs bourses d’aide au voyage ainsi qu’à des subventions publiques. Outre les bourses (Paris Jeunes Aventures, Projet Jeune, Ulysse), nos adhérents ont également contribué à la réussite du projet.

Comment vous êtes-vous connectées avec les publics et les partenaires locaux ?

Nous avons préparé le projet WWW deux ans avant de partir sur le terrain. Le temps d’économiser, de récolter des fonds pour l’association, de nous organiser, d’avoir un projet fiable, viable et crédible. Les partenariats avec les associations (Bénin, Mali, Inde et Népal) se sont construits avant de partir grâce à des contacts de notre réseaux (Bénin et Mali), et à des recherches sur Internet (Inde, Népal) d’associations fiables avec qui construire des projets sur la durée.

Nous n’avons pas été déçues car au final tous nos partenaires se sont révélés dynamiques, sérieux et très investis dans chacune de leurs missions (« création de salles informatiques » et « cours d’informatique et d’utilisation d’Internet »). En ce qui concernent les interviews, nous avions pris contact avec certaines personnes avant de partir (idem, notre réseau d’amis, amis d’amis, famille, connaissances, Facebook, etc.) et nous avons rencontré des femmes sur place au hasard du voyage et à force d’en parler autour de nous.

« Selon l’UNESCO, les 2/3 des jeunes et des adultes non alphabétisés dans le monde sont de sexe féminin. Un chiffre resté pratiquement inchangé depuis 20 ans. » Extrait des panneaux de l’exposition WWW.

Qui avez-vous rencontré ? Comment avez-vous été reçues ?

Nous avons rencontré des particuliers, des associations, des familles, tout type de personne, en ciblant quand même les femmes, quel que soit son milieu social, sa culture, sa religion. Les contacts se sont faits assez rapidement : d’un pays à l’autre on rencontre énormément de gens qui nous parlent de personnes qu’ils ont eux-même croisé dans un autre pays.

Vivre chez l’habitant pendant des semaines facilite aussi le contact avec les populations locales et à chaque fois, les gens qui nous accueillent connaissent toujours une personne ou une structure intéressante pour notre projet. Nous avons toujours été reçues avec beaucoup de chaleur, de gaieté, de curiosité, d’intérêt, de simplicité, que ce soit par les hommes ou par les femmes.

Si nous n’avons eu aucun souci avec la problématique des TIC et des femmes pendant notre trajet, en revanche, nous avons été confrontées aux censures et à certaines méfiances qu’inspirent Internet, les réseaux sociaux ou nos propres caméras et appareils photo (en Syrie et en Chine particulièrement).

« 28 janvier 2011: L’Egypte est le premier pays au monde à couper l’accès à internet. En Syrie, Facebook n’est autorisé que depuis février 2011.«  Extrait des panneaux de l’exposition WWW.

Quelle est la place des TIC dans les communautés que vous avez rencontrées ?

Nous avons rencontré tout type de « communauté ». Leur rapport aux TIC dépend de l’âge, de l’environnement social, du niveau d’éducation, du lieu de vie (ville/campagne). Nous avons formé des personnes qui n’avaient jamais vu ou touché d’ordinateur, d’autres qui savaient déjà l’utiliser mais partiellement, nous avons vu des femmes analphabètes utiliser des téléphones portables mais ne rien connaître d’Internet, d’autre utiliser Internet mais seulement grâce à leur smartphone, même en pleine campagne Indonésienne, alors qu’elles ne pourraient pas se servir d’un ordinateur, etc.

Il y a de multiples configurations, qui figurent d’ailleurs dans le documentaire (projection le 7 février). Les TIC prennent beaucoup plus de place qu’on ne le pense et pas forcément dans les endroits auxquels on s’attend. Elles ont plutôt une bonne réputation auprès d’un public qui n’est pas forcément accoutumé à les utiliser. On a vu des exemples très concrets où elles se révèlent être des outils de choix décisifs pour émanciper et éduquer.

Qu’avez-vous laissé derrière vous ?

Nous avons laissé au moins quelques ordinateurs (5 offerts tous neufs et des dizaines de réparés), des clés USB, des formations à Open Office, Word et Internet (versions papier et numériques), des personnes sur place que nous avons formées pendant notre séjour afin qu’elles développent cet enseignement auprès de nouveaux publics sur le long terme.

Au-delà du côté matériel, je pense que nous avons laissé au moins à certaines personnes la possibilité d’accéder « au monde » (c’est ce qu’ils disent…), d’utiliser un objet « rêvé » et idéalisé (l’ordinateur) souvent perçu comme un signe de richesse et de valeur sociale accessible aux plus nantis. Nous avons donné des opportunités, des possibilités et une matière à réfléchir sur l’intérêt ou non de pratiquer l’informatique.

Quels ont été vos surprises ?

Nous avons été surprises par la demande et le besoin des femmes en matière d’apprentissage des TIC. Elles ont une réelle soif d’apprendre, d’évoluer, de développer de nouvelles compétences. Nous avons travaillé avec des jeunes filles de quartiers défavorisés, des femmes issues du marché de la prostitution au Népal. Toutes étaient particulièrement motivées quel que soit leur niveau d’éducation.

En Afrique des femmes analphabètes d’un village du Bénin nous ont confié que non seulement le téléphone portable leur changeait la vie, mais elles perçoivent maintenant l’ordinateur comme une richesse pour leurs enfants, sans vraiment savoir à quoi ça ressemble et pourquoi on l’utilise. Elles savent simplement que si leurs enfants en connaissent le fonctionnement, des opportunités supplémentaires pour réussir dans la vie peuvent s’offrir à eux.

Nous avons pris conscience que les TIC peuvent être de réels outils de développement personnel, quand on sait les utiliser à bon escient, et qu’elles peuvent aider à se réaliser, à prendre confiance en soi. Nous qui les utilisons quotidiennement, nous avons presque oublié que grâce à Internet nous sommes connectées au monde en permanence. Pour beaucoup de jeunes gens rencontrés – et moins jeunes- cet accès au monde est extrêmement important.

Ils ont soudain l’impression d’exister, d’être considérés comme des êtres normaux, au même titre que pour certaines jeunes filles en Inde à qui nous avons donné des cours, le port du jean est un signe d’émancipation et parfois un rêve auquel elles aimeraient accéder. Le fossé culturel et sociétal est parfois énorme. C’est en voyant ce qui se passe ailleurs que nous prenons conscience des libertés dont nous disposons.

Quels conseils pouvez-vous donner ?

Je ne sais pas si à notre niveau, on peut « donner des conseils », mais en tout cas, avec notre expérience, je pense que chacun devrait un jour partager ses compétences et les transférer auprès de publics qui n’y auraient pas accès naturellement. Le partage des savoirs est précieux et un bon nombre de personnes dans le monde n’attendent que cela.

>> Illustrations : Fanny Le Gallou (Vendues à l’exposition!, ©), Clio Meyer (Flickr, CC).

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