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    Peurs ou intérêt général : les dangers de la « démocratie participative »

    Gérald Bronner nous met en garde contre une démocratie participative qui se met en place uniquement pour donner une bonne image au précautionnisme, ce nouveau conformisme cognitif et idéologique, et ne se justifie que par la méfiance envers la science et les technologies.

    • ArianeBeldi 13/09/2013
      Pour Gérald Bronner, le lien entre démocratie participative et précautionnisme réside dans le besoin qu'ont les populations de se faire entendre par les instances nationales. Ces débats locaux constituerait un moyen de faire remonter auprès des hautes sphères politiques les préoccupations des gens. Cependant, je pense que l'exigence d'un tel système exprime aussi un rejet de ce que l'on appelle les "élites politiques", considérées comme trop éloignées des préoccupations du "peuple". Et, à mon sens, les controverses techno-scientifiques offrent un terreau particulièrement propice à ce genre d'exigences, dans la mesure où les discours de précautionnisme font la part belle au soupçon de collusion entre les "experts" (scientifiques, techniques ou industriels) et les "élites politiques" ainsi que les dirigeants économiques, réunis dans le même panier du "gratin" social, ligués contre les "petites" gens, c'est-à-dire une majorité réduite au silence.

      La démocratie participative implique un renversement de logiques, puisqu'il s'agit d'une interaction de type "bottom-up" entre la population et l'Etat, alors que le système républicain français fonctionne essentiellement dans l'autre sens, même si les acteurs parlementaires et gouvernementaux sont démocratiquement élus. Dans ce sens, on peut donc aussi comprendre les appels à plus de démocratie participative comme un désire de plus grande contribution de la population aux prises de décision, avec les avantages d'un tel système, mais aussi tous ces défauts. Or, l'un d'entre eux, bien identifiés par Bronner, est de favoriser la victoire d'opinions collectives irrationnelles et fondées sur des données erronées, pouvant mettre en danger des pans entiers de la vie sociale et économique.

      Dans l'ambiance intellectuelle actuelle, une…
      Afficher la suite Pour Gérald Bronner, le lien entre démocratie participative et précautionnisme réside dans le besoin qu'ont les populations de se faire entendre par les instances nationales. Ces débats locaux constituerait un moyen de faire remonter auprès des hautes sphères politiques les préoccupations des gens. Cependant, je pense que l'exigence d'un tel système exprime aussi un rejet de ce que l'on appelle les "élites politiques", considérées comme trop éloignées des préoccupations du "peuple". Et, à mon sens, les controverses techno-scientifiques offrent un terreau particulièrement propice à ce genre d'exigences, dans la mesure où les discours de précautionnisme font la part belle au soupçon de collusion entre les "experts" (scientifiques, techniques ou industriels) et les "élites politiques" ainsi que les dirigeants économiques, réunis dans le même panier du "gratin" social, ligués contre les "petites" gens, c'est-à-dire une majorité réduite au silence.

      La démocratie participative implique un renversement de logiques, puisqu'il s'agit d'une interaction de type "bottom-up" entre la population et l'Etat, alors que le système républicain français fonctionne essentiellement dans l'autre sens, même si les acteurs parlementaires et gouvernementaux sont démocratiquement élus. Dans ce sens, on peut donc aussi comprendre les appels à plus de démocratie participative comme un désire de plus grande contribution de la population aux prises de décision, avec les avantages d'un tel système, mais aussi tous ces défauts. Or, l'un d'entre eux, bien identifiés par Bronner, est de favoriser la victoire d'opinions collectives irrationnelles et fondées sur des données erronées, pouvant mettre en danger des pans entiers de la vie sociale et économique.

      Dans l'ambiance intellectuelle actuelle, une grande partie des citoyens estiment que leurs opinions valent autant que celles de leurs concitoyens, même dans les domaines dont ils ne sont pas experts. Ils reconnaissent certes moins bien connaître les sujets qu'ils n'ont jamais étudiés de manière approfondie, mais ils considèrent néanmoins que leur avis doit être écouté à un autre niveau: politique, sociétal, etc.. Et par "écouté", ils entendent, être pris en compte d'une manière ou d'une autre. Si ce n'est pas le cas, ils se sentent alors bafoués, voir carrément réduits au silence et piétinés. De fait, lorsqu'ils se sont mis une peur en tête, ils attendent donc que les autorités fassent disparaître l'objet de leur peur, même si celle-ci est complètement infondée et irrationnelle. Et inutile d'essayer de leur faire entendre raison, puisqu'ils considèrent que leur opinion vaut autant que celle d'un expert et doit être incluse dans les prises de décision. De fait, si les politiciens ne respectent pas leur volonté individuelle, ils ont alors l'impression d'être ignorés et que la démocratie ne fonctionne pas correctement.

      Et c'est pour cela que comprise dans ce sens, la démocratie participative n'est qu'une leurre. Les gens qui s'en réclament sont persuadés qu'ils pourront ainsi obtenir ce qu'ils n'arrivent pas à obtenir par des protestations auprès des instances nationales ou par la propagande dans l'espace public. Mais, si le résultat ne les satisfait pas, ils continueront de considérer que les politiques sont simplement tous pourris. On n'en sort donc jamais.
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