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Bernard Alaux : « Les centres de sciences sont des lieux qui créent de la valeur »

Le 20 août 2012 par Florent Lacaille-Albiges

Bernard Alaux dirige Cap Sciences, le centre de sciences de Bordeaux. Il est aussi membre du Conseil National de la Culture Scientifique et Technique. Nous lui avons posé des questions sur les objectifs de Cap Sciences et la gouvernance de la culture scientifique et technique.

Comment êtes vous arrivé dans la culture scientifique et technique ?

Je suis arrivé par hasard dans ce milieu, en 1993. J’ai d’abord été sollicité pour participer à la conception d’un Space Camp en France. Puis, avec deux collègues, j’ai été amenée à travailler sur une étude de faisabilité concernant le développement d’une activité de culture scientifique en Aquitaine, dans le cadre du projet d’aménagement de la rive droite à Bordeaux (où devait s’implanter un planétarium).

Depuis les Assises Nationales de la Recherche de 1982, des centres de culture scientifique et technique (CCSTI) avaient été créés un peu partout en France… mais en 1994, il n’y en avait toujours pas en Aquitaine. Bordeaux a été la dernière grande ville à en développer. Les centres précédents avaient des perspectives différentes. Ce sont des réalisations dont nous avons pu nous inspirer pour Cap Sciences.

Comment avez-vous fait pour développer Cap Sciences à Bordeaux ?

Dans le groupe qui suivait l’étude de faisabilité, il y avait quatre personnes : un  représentant de l’Université, un représentant de la Culture, un représentant de la Région et un représentant de l’État. Pour créer Cap Sciences, on a adopté une démarche d’analyse des besoins. Nous avons notamment commencé par faire une étude sur le niveau de financement de la culture scientifique en Aquitaine. C’est ainsi qu’on a découvert que seuls 4% des projets culturels concernaient la culture scientifique et technique, dont 3% sur l’écologie…

En 1995, au lieu de « simplement » doter une association afin de créer du lien entre les acteurs de la culture scientifique et technique, nous avons décidé de créer un lieu pour être clairement identifié sur le territoire, avec un objectif de 60 000 visiteurs (soit 10% de l’agglomération bordelaise). Aujourd’hui, on est à 100 000 et Cap Sciences est un lieu qui crée du lien et développe une grande diversité de métiers !

Quels sont vos objectifs pour la culture scientifique et technique ?

La culture scientifique apporte une valeur ajoutée dans de nombreux domaines : éducation, citoyenneté, environnement, tourisme… Les centres de science, qui sont souvent vus comme des « lieux qui coûtent », sont des lieux qui créent de la valeur (sociale, culturelle et économique) : nous sommes des acteurs du développement territorial. Plus globalement, la culture scientifique doit développer d’autres secteurs que le débat Science/Société pour créer une culture de la curiosité et de l’innovation, un plaisir de la découverte.

Comment appréhendez-vous le débat actuel sur la gouvernance ?

La culture est indissociable de son contexte sociétal. Aujourd’hui, il manque une stratégie d’assemblage des acteurs ainsi que des outils de développement. Au niveau national, le débat cristallise sur le rôle d’Universcience, en charge de créer un nouveau modèle de gouvernance avec tous les acteurs… De mon point de vue, il est important que cette gouvernance s’écrive de façon harmonieuse avec l’ensemble des territoires et des parties prenantes, dans une vraie démarche collaborative. C’est ce type de démarche que nous testons, à petite échelle, dans le cadre d’Inmédiats qui met en réseau six centres de science.

Vous faites partie du nouveau « Conseil National à la Culture Scientifique et Technique ». Est ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur ses missions ?

Le Conseil National à la Culture Scientifique et Technique joue un rôle de conseil au niveau du gouvernement. On m’a demandé d’en faire partie et j’ai accepté. J’imagine avoir été choisi sur la base de l’exemple que montre un centre de sciences comme Cap Sciences, qui développe une politique efficace avec de nombreux acteurs (laboratoires, entreprises, acteurs du tourisme, etc.) sur un territoire.

Qu’est-ce qu’il manque pour développer la culture scientifique ?

Actuellement, on ne sait pas ce que représente le poids de la culture scientifique et technique – il n’existe pas de chiffres précis  - donc il est difficile de connaître nos publics au-delà du nombre d’entrées, alors même qu’ il faut rester attentif aux attentes… Nationalement, il faudrait un observatoire pour mesurer la réalité de la culture scientifique. Il existe bien une étude confiée à l’OCIM mais les résultats ne sont pas encore sortis… Au delà, de nombreuses pistes sont encore à explorer. Une parmi d’autres : impliquer des réseaux où la science ne se fait pas encore mais où elle pourrait se faire comme les médiathèques, les cinémas, etc.

Note

  1. Voir : Inmédiats : des centres de culture scientifique aux agoras de l’innovation

>> IllustrationsCap Sciences (Flickr, ©), Gayané Adourian (Flickr, CC)

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