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Bourses « Pour les Femmes et la Science » : la révolte des edelweiss

Le 24 mars 2011 par Audrey Bardon

Dix jeunes femmes rayonnantes, trois organisateurs enthousiastes et une passion commune : la recherche scientifique. Une combinaison gagnante pour le programme « Pour les Femmes et la Science » qui met à l’honneur l’excellence scientifique au féminin.

Pour la 5e année consécutive, les bourses nationales L’Oréal France–UNESCO seront remises en octobre prochain à de jeunes doctorantes afin de promouvoir leurs recherches. Une jolie manière de se mobiliser pour la cause des femmes scientifiques, toujours minoritaires en cette année 2011.

Créées il y a 4 ans, les bourses L’Oréal France, soutenues par la Commission française pour l’UNESCO et l’Académie des Sciences, récompensent chaque année dix jeunes femmes en deuxième année de thèse, inscrites dans un laboratoire français. Avec une jolie somme en poche – 10 000 euros – et la reconnaissance d’un jury prestigieux présidé par Alain Carpentier, Président de l’Académie des Sciences, ces jeunes chercheuses peuvent envisager leur carrière avec plus de sérénité. « Cette récompense donne confiance, confie Marina Kvaskoff, boursière en 2008. On se sent soutenue et encouragée. » L’aide financière leur offre ainsi la possibilité de suivre une formation complémentaire, de visiter des laboratoires ou de valoriser leurs travaux. De quoi assurer la relève tout juste un siècle après la nobélisation de Marie Curie.

Si pour les précédentes éditions les bourses étaient attribuées alternativement aux sciences du vivant ou aux sciences de la matière, toutes les disciplines scientifiques ont leur chance cette année. Les jeunes femmes sont d’abord jugées sur l’excellence de leur parcours et la qualité scientifique de leur recherche, mais pas seulement : un projet d’utilisation de la bourse bien pensé et une véritable volonté de partage auprès du jeune public assureront aux candidates d’être remarquées. « Les jeunes femmes pratiquent très souvent des activités de médiation scientifique, précise Geneviève Dupont, directrice de la communication chez L’Oréal France. Elles ont une volonté naturelle de transmettre leur passion ».

Jusqu’au 15 avril prochain, un joli florilège de candidatures est attendu. Une campagne de médiatisation « made in L’Oréal » et un bouche-à-oreille efficace n’y sont pas étrangers. Le 15 mars dernier, plus de 70 intéressées ont participé à un chat avec les anciennes boursières. Se montrant disponibles et rassurantes, les lauréates ont probablement fait des émules. Par ailleurs, une véritable prise de conscience a émergé dans les laboratoires sur la nécessité d’encourager les jeunes chercheuses. « Le monde ne peut se permettre de perdre la moitié de ses talents s’il veut résoudre les nombreux problèmes qui l’assaillent » (Rosalyne Yallow, Prix Nobel de Physiologie-Médecine en 1977).

Les femmes scientifiques victimes d’un plafond de verre

Les bourses L’Oréal France constituent le volet national du programme « Pour les Femmes et la Science » lancé en 1998. À l’origine de cette initiative : Béatrice Dautresme, actuelle Vice-présidente et Directrice générale de la Communication et des Relations extérieures de L’Oréal. Plusieurs initiatives ont été mises en place à travers ce programme : les prix internationaux L’Oréal-UNESCO remis à cinq chercheuses d’exception – une par continent ; les bourses internationales L’Oréal-UNESCO attribuées à 15 doctorantes ou postdoctorantes afin de les aider à poursuivre leurs travaux en dehors de leur pays d’origine ; et enfin les bourses nationales, soutenues – entre autres – par les Commissions locales de l’UNESCO. Résultat des comptes en 2011 : plus de 1100 femmes à travers le monde ont été soutenues.

Ce projet part du constat que les femmes, pourtant essentielles à la recherche scientifique, y sont sous-représentées. « Notre légitimité vient du fait que 50 % des chercheurs de L’Oréal sont des femmes », souligne Geneviève Dupont. Un équilibre qui fait plutôt figure d’exception dans le monde de la recherche. Si la médecine ou les sciences humaines sont plutôt féminisées, les sciences physiques, mathématiques ou appliquées sont encore loin du 50/50.

Plus notable encore : la majorité des femmes occupe des postes peu élevés dans la hiérarchie. Des études ont montré qu’à profil égal, les femmes scientifiques sont moins encouragées par leurs supérieurs que les hommes, et doutent beaucoup plus d’elles-mêmes. Certains parleront de « plafond de verre » – évoquant ces barrières invisibles auxquelles se heurtent les jeunes femmes -, d’autres de « tuyau percé » ou de façon plus poétique, de « cueillette des edelweiss ».

Des « missions parité » ont été créées en 2001 au ministère de la Recherche et au CNRS, mais n’ont aucun pouvoir sur les décisions hiérarchiques. « Il est vrai que les choses se sont nettement améliorées en dix ans, témoigne Claudine Hermann, professeure honoraire de physique à l’École Polytechnique et présidente d’honneur de l’association « Femmes & Sciences ». Certains diront que le verre est à moitié plein. Moi je le vois plutôt à moitié vide ».

Des modèles pour les plus jeunes

En ce qui concerne l’Éducation nationale, les associations de femmes scientifiques sont à l’unisson : « une volonté politique très insuffisante ! » Le lycée est pourtant une étape charnière, où la menace du stéréotype et un manque d’assurance entrent en résonance. Une envie de faire comme tout le monde… et « tout le monde » ne fait pas de maths ! « Il faut déconstruire les représentations, explique Véronique Chauveau, professeure de mathématiques au lycée Camille Sée à Paris et vice-présidente de l’association « Femmes et Mathématiques », et mettre en avant des modèles de réussite. »

Néanmoins, elle met en garde sur le fait de montrer des exemples trop élitistes : « Marie Curie a eu deux prix Nobel. Difficile pour les lycéennes de s’identifier à elle. ». Les lycéennes se retrouvent beaucoup plus dans les doctorantes. Lors de la remise des bourses nationales L’Oréal France, des « speed-datings » sont organisés entre les lauréates et une centaine d’élèves de lycées. Un moment très apprécié par les deux générations. « Les lycéennes sont toujours contentes de voir que des filles “normales” aussi font de la science », raconte Katharina Breme, lauréate en 2007.

Boursières 2010

La prochaine rencontre lors de la remise des bourses aura lieu en octobre 2011. Les lauréates n’auront alors que quelques minutes pour démontrer aux lycéennes que, comme le dit Marina Kvaskoff : « C’est un privilège de faire de la Recherche. Cela aurait été dommage de passer à côté ».

Quelques chiffres :

  • 28 % des chercheurs en France sont des femmes. (2006)
  • 54 % en sciences de la vie, 26 % en mathématiques et en sciences de l’ingénieur. (2006)
  • 47 % des doctorants, 38 % de chargés de recherche et 22 % de directeurs de recherche sont des femmes. (40 % des maîtres de conférences et 18 % des professeurs d’université). (2006)
  • 45 % des élèves en Terminale S sont des filles. Elles représentent 27 % des étudiants en écoles d’ingénieurs. (2009)
  • 15 chercheuses ont reçu le prix Nobel sur 546 prix scientifiques attribués. (2010)

>> Associations françaises de femmes scientifiques : Femmes & Sciences, Femmes et Mathématiques, Femmes Ingénieurs

>> Illustrations : L’Oréal France ©,  xkcd

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