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Christine Fenouil, accoucheuse d’idées

Le 14 décembre 2012 par Marion Sabourdy

Rencontre avec Christine Fenouil, gérante d’Idared, cabinet spécialisé en innovation et transmission de compétences, qui a notamment travaillé avec Rossignol, Saint-Gobain ou encore Alstom. Où l’on apprend que les ingénieurs et industriels sont bien plus créatifs qu’on ne le pense.

Certains aident à accoucher des bébés et d’autres des idées. Christine Fenouil est de ces-derniers ; elle nous reçoit dans son bureau lumineux au sein d’Inovallée. Sur les étagères, des livres sur la stratégie en entreprise, la créativité, l’innovation ou le web côtoient un prototype de chaussure de ski en papier mâché – cadeau d’étudiants qu’elle a formés dans le cadre d’une formation parrainée par Rossignol. En effet, en marge de ses activités de conseil, Christine enseigne le Management de l’Innovation, notamment auprès d’étudiants de l’ENSIMAG ou l’ENSGI à Grenoble.

Lorsqu’elle intervient dans une entreprise, cette femme optimiste et souriante commence toujours par interroger les collaborateurs sur les expériences passées car l’innovation, qu’on le veuille ou non, se nourrit du passé. L’expérience passée induit à la fois des forces sur lesquelles il serait dommage de ne pas s’appuyer, et des freins qu’il appartiendra de lever. Un état des lieux important avant d’aller plus loin. Puis elle fait « cogiter ensemble des collaborateurs porteurs de points de vues complémentaires : R&D, marketing, vente, production… ». L’objectif : mixer des équipes aux cultures différentes pour accélérer la résolution de problèmes techniques ou innover sur des produits.

Christine anime par exemple depuis deu ans les Journées de l’Innovation de la marque Rossignol pendant lesquelles les équipes marketing, R&D et vente des différentes lignes de produits cogitent ensemble pour imaginer les offres de demain. Elle est également régulièrement sollicitée par le groupe Saint-Gobain pour animer des Ateliers Créatifs transversaux. Le futur se nourrissant du passé, elle accompagne aussi les entreprises pour capitaliser l’expérience passée et la transmettre aux jeunes générations.

A force de côtoyer de nombreux corps de métier, Christine commence à repérer des constantes : « les ingénieurs mettent un peu plus de temps à proposer des idées car ils préfèrent les porter en eux et les approfondir avant de les exprimer ». Pas simple de laisser parler son intuition quand on évolue dans un milieu qui nécessite une grande rigueur intellectuelle !

« Certains domaines, comme l’ergonomie d’un smartphone, ne présentent pas de grands enjeux en terme de sécurité. D’autres, comme la conception d’une automobile ou d’un système électrique, mettent en jeu des vies humaines. Le challenge est de réussir à créer dans un environnement où le droit à l’erreur est faible des espaces où on s’autorise à être créatif. Et les ingénieurs le sont indéniablement ».

Un parcours atypique

Avant d’en arriver là, Christine a suivi un cursus technique et scientifique, avec un diplôme d’ingénieur de l’Ecole Polytechnique et un doctorat en physique expérimentale. « L’approche expérimentale m’a apporté un sens de l’observation du monde qui m’entoure et une forte dose d’humilité. Une construction intellectuelle, aussi séduisante soit-elle, n’a de valeurs que si elle est confirmée par l’expérience. Et l’expérience remet parfois durement en question les certitudes ».

Elle a débuté sa carrière dans le groupe Saint-Gobain en tant qu’ingénieur de recherche où elle s’est « rendue compte que de nombreux domaines techniques, comme la fabrication du verre par exemple, s’appuient sur des connaissances empiriques qui ne sont pas encore totalement maitrisées sur le plan scientifique ». Selon elle, le savoir-faire industriel repose sur un subtil mélange entre savoir empirique et connaissances scientifiques.

Forte de cette culture et tentée par le partage de ses méthodes, elle a décidé de voler de ses propres ailes. « Au moment où j’ai lancé mon activité, je l’ai d’abord positionnée sur des questions de capitalisation de connaissances, aspect souvent négligé dans les entreprises. Puis j’ai été sollicitée sur des sujets d’innovation. Finalement, ces deux facettes – défricheur d’idées et passeur de savoir – sont très complémentaires ».

Un jeu pédagogique pour Alstom

Il y a un an, Christine a été sollicitée par Alstom pour une tâche bien précise : « un de leurs seniors experts, reconnu mondialement, allait bientôt partir à la retraite. Il fallait trouver un moyen pour qu’il puisse transmettre ses connaissances sur les turbines hydrauliques aux jeunes ingénieurs à partir de situations vécues, notamment de situations de crises ».

À partir d’entretiens avec l’expert, Christine a isolé des cas concrets et les a mis en scène dans ce qu’on pourrait appeler un jeu pédagogique (ou serious game). Une technique qu’elle connait bien pour l’avoir expérimenté depuis 8 ans avec des étudiants d’écoles de commerce ou d’ingénieurs. « Quand les étudiants ou les professionnels sont eux-mêmes confrontés à des problèmes, ils sont beaucoup plus réceptifs aux compétences qu’il faut déployer pour les résoudre, et l’assimilation de connaissances est plus rapide».

Le jour J, Christine demande à 4 équipes pluridisciplinaires (mécanique, hydraulique, essais, etc.) de résoudre un cas concret, traité en son temps par l’expert. Comme le jeu s’étale sur une seule journée (période trop courte pour régler le problème en temps réel), l’expert délivre petit à petit des indices pour aiguiller les « joueurs ». Céline Garnier, ingénieur hydraulique chez Alstom Hydro à Grenoble, a participé à l’expérience et la qualifie de « très positive, exempte de temps morts et menée dans un cadre privilégié, détendu et jovial ». Elle souligne le caractère non académique de la formation, « qui fait beaucoup plus part à la créativité ».

Selon la jeune femme, « à chaque fois que les groupes se réunissaient pour les debriefings, de nouvelles données et des questions nous étaient transmises pour nous permettre d’avancer. Nous nous sommes approchés de la solution petit à petit grâce à des échanges avec des personnes qu’on ne côtoie pas beaucoup au quotidien ». Bénéfice supplémentaire : les jeunes ingénieurs n’ont pas hésité à « se lâcher », la journée cassant les codes de l’entreprise et ont même été initiés aux méthodes de brainstorming.

>> Illustrations : Daniel Y. Go (Flickr, CC), Christine Fenouil, opensourceway

>> Source : article initialement publié sur Echosciences Grenoble le 10/09/2012

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