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Communication, médiation et vulgarisation scientifiques vues par leurs acteurs

Le 20 janvier 2011 par Aurélie Bordenave

Ce mercredi 19 janvier se tenait à l’université Paris Diderot (Paris-7) une table ronde organisée par l’association DiDocs, créée en 2009 afin de réunir les jeunes chercheurs de l’université Paris-7. Le but était de leur présenter la variété des carrières qui leur sont ouvertes, puisque toute formation scientifique ne débouche pas nécessairement sur les métiers de la recherche. C’est l’occasion pour nous de vous présenter quelques acteurs de ce monde, leurs parcours et leurs conseils à ceux qui souhaiteraient se lancer dans ces activités.

Laure Coulombel

Chercheur à l’Inserm – Université Paris-Sud (plate-forme Cellules souches, Institut André Lwoff à Villejuif)Après des études de médecine, Laure est rentrée à l’Inserm puis, saisie par l’envie d’exprimer et de transmettre la science autrement, elle s’est lancée dans une carrière de communication des sciences. Elle est maintenant rédactrice en chef adjointe de la revue scientifique Médecine/Science, qui couvre les sujets en biologie, santé et recherche biomédicale.

Cette revue, éditée par l’Inserm, est ouverte aux collaborations avec des jeunes chercheurs désireux d’exposer leurs travaux en français. Ainsi, la doctorante Sophia Hafner participe activement depuis son master à la rédaction d’articles pour cette revue. Désireuse de s’intéresser à la biologie dans son ensemble, et non pas seulement du point de vue de ses recherches, Sophia souhaite poursuivre encore longtemps cette collaboration.

Baudouin Jurdant

Directeur du Master Journalisme Scientifique à l’Université Paris DiderotAprès une licence à dominante sociologique, Baudouin s’est lancé dans des travaux de recherche qui l’ont conduit à soutenir une thèse intitulée « Les problèmes théoriques de la vulgarisation scientifique » en 1973, à Strasbourg. Il a ensuite été membre d’un groupe de réflexion sur les rapports entre « Science, technologie et société » (STS) et a réalisé une étude anthropologique sur des physiciens. Il rappelle le rôle incontournable du journaliste scientifique dans nos sociétés modernes, où les sciences s’insinuent un peu partout et posent de nouveaux problèmes. Ces complications ont besoin d’être éclairées, analysées et retravaillées par des spécialistes de la communication scientifique.

Interrogé sur les débouchés à la suite de sa formation, il indique que les parcours de ses anciens étudiants sont très diversifiés. D’après lui, le métier tel qu’on l’entend en presse écrite est bouché mais des alternatives existent, notamment dans les magazines des universités et la presse professionnelle. « À mon avis, les besoins sont là mais les étiquettes correspondant aux postes n’existent pas encore. »

Richard Emmanuel Eastes

Professeur agrégé de chimie à l’Ecole normale supérieure (Paris), directeur du Groupe Traces (ENS), président de l’association Les Atomes Crochus et vice-président de l’association Paris-Montagne (Paris)Le plaisir de partager sa passion des sciences face à un public, voilà ce qui anime Richard-Emmanuel qui consacre aujourd’hui la majorité de son temps à la médiation scientifique. Selon lui, il est important de ne pas se concentrer sur le métier de journaliste scientifique, qui souvent est la première idée du jeune chercheur désireux de s’orienter vers les métiers de la communication scientifique. D’autres domaines ont besoin de telles compétences : l’édition scientifique, les musées, les émissions de radio ainsi que le monde associatif, qui regorge de projets ! A ceux qui craindraient un manque de débouché, ce chimiste indique : « dans ma liste de diffusion, je communique environ une offre d’emploi par mois, sur la France entière. Et je ne répertorie sûrement pas toutes les offres… ». Et concernant l’international, il indique les expériences menées dans le cadre de l’association Paris-Montagne où des spectacles de clowns sont proposés aux quatre coins du monde, notamment en Amérique du Sud.

Avant de se lancer dans la médiation, le jeune ne doit pas oublier de réfléchir aux rôles et fonctions de la vulgarisation scientifique. REE, comme on le surnomme, met l’accent sur l’état d’esprit indispensable pour transmettre des connaissances à un public. Il s’agit d’un travail très différent de celui de l’écriture qui demande une mise en scène importante. À chacun de trouver ce qui lui correspond le mieux… la meilleure formation? S’impliquer dans des projets existants.

À noter : REE dispensera des cours de médiation et de culture scientifique à l’Ecole normale supérieure rue d’Ulm à Paris, dès le mercredi 9 février. Plus d’informations et inscriptions sur le site dédié.

Jean-Marc Galan

Chargé de recherche au CNRS spécialisé en biologie cellulaire à l’Institut Jacques Monod. Animateur et producteur de l’émission de radio « Recherche en cours »

Avec humour, Jean-Marc explique que pour les jeunes chercheurs, le premier stage en laboratoire est similaire à la découverte de la sexualité lors de la nuit de noces : « ah bon, c’est ça ?!! ». S’appuyant sur la différence entre science et recherche, proposée par Bruno Latour dans son livre Le métier de chercheur : regard d’un anthropologue (éditions INRA, coll. « Sciences en questions », 1997), il invite les jeunes chercheurs à se demander s’ils sont plutôt « scientifiques », dans le sens où ils sont intéressés par la science dans son ensemble, ou plutôt « chercheurs » dans la mesure où ils préfèrent se concentrer sur un sujet. Ainsi, le jeune chercheur pourra choisir d’être plutôt un « guide » ou un « artisan des sciences ». Le monde de la médiation scientifique est représenté par une très riche biodiversité de possibilités de carrières, affirme-t-il. Et de conclure, « l’essentiel, c’est de se faire plaisir, et alors on peut faire carrière dans la médiation scientifique. »

Myriam Danon-Szmydt

Responsable Communication CNRS du pôle Ile-de-France

Myriam Danon-Szmydt voit son travail comme celui d’un « metteur en scène des chercheurs » ou de « communicant de la science ». Les actions du CNRS sont orientées selon des publics ciblés, et leur contenu est toujours construit en collaboration avec les laboratoires impliqués. Une autre part importante du travail est la communication institutionnelle, dépendante d’une volonté politique. Elle ajoute : « au CNRS, les besoins de communication sont là toutefois il est vrai qu’il est parfois difficile de faire valoir notre utilité. Puisque nous sommes en période de réforme globale des politiques publiques, les métiers de la communication sont les premiers touchés. »

Bernard Seytre

Directeur de « Dire la Science », entreprise de communication et vulgarisation scientifique tous publics.

L’agence « Dire la Science » s’appuie sur une stratégie de communication visant à développer des outils variés et complémentaires afin de communiquer au mieux un message donné. Leurs principaux clients viennent essentiellement de l’industrie pharmaceutique. Un conseil donné aux jeunes chercheurs ? Savoir écrire « de manière pro » et obtenir leur doctorat ! « Si vous avez un doctorat et qu’en plus vous savez écrire, vous trouverez sans aucun doute du travail ! »

>> IllustrationsAurélie Bordenave. Voir son site et son blog.

5 commentaires

  1. Nicolas Loubet le 20 janvier 2011 à 11:26

    Je suis méga fan !!

  2. Fabien Nicolas le 20 janvier 2011 à 11:57

    Ça rend encore mieux qu’en vrai ! Quel talent cette Aurélie !

  3. Audrey Bardon le 20 janvier 2011 à 15:40

    Juste excellent ! Merci beaucoup pour ces portraits (écrits et visuels) :o)

  4. Laurent Brasier le 23 janvier 2011 à 14:53

    Très chouette article, bravo Aurélie
    Et ça donne un petit coup de jeune à Baudouin en plus !

  5. jean-marc galan le 26 janvier 2011 à 11:21

    excellent, les caricatures des autres m’ont fait beaucoup rire… (;

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