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Geneviève Fioraso, une ministre sensible aux enjeux de la culture scientifique

Le 30 mai 2012 par Laurent Chicoineau

Geneviève Fioraso vient d’être nommée ministre de la recherche dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Quel impact cette nomination peut-elle avoir pour les acteurs de la culture scientifique et technique ?

Il se trouve que, députée de l’Isère depuis 2007, adjointe au Maire de Grenoble à l’économie, l’emploi, l’université et la recherche et 1ère vice-présidente de Grenoble Alpes Métropole, j’ai souvent eu affaire à elle en tant que directeur du CCSTI de Grenoble (elle représentait à la fois la ville de Grenoble et l’agglomération dans le CA) (1). Même si nous avons eu parfois des débats, je veux témoigner ici de son intérêt, de son engagement et de son soutien aux acteurs et aux actions de culture scientifique durant ces dix dernières années.

Grâce à elle, l’agglomération grenobloise a pu être le théâtre de multiples innovations culturelles et sociétales. Que ce soit par son soutien à la Fête de la science, qui rencontre un public très nombreux à Grenoble, en Isère et en région Rhône-Alpes ou aux Rencontres i, la biennale arts-sciences initiée par l’Hexagone scène nationale de Meylan, Geneviève Fioraso a toujours répondu présent pour encourager les dynamiques territoriales autour de la diffusion des sciences et des innovations.

Cet engagement s’est traduit récemment par un soutien accru au CCSTI La Casemate pour s’engager dans l’ambitieux programme national inmédiats, cofinancé par les investissements d’avenir, visant l’égalité des chances par un renouvellement des formes de médiation des savoirs sur les territoires. Sans ce soutien, aux côtés de ceux de Michel Destot, maire de Grenoble, d’Alain Rousset, président de la Région Aquitaine, ou encore de Jean-Yves Le Drian, président de la Région Bretagne, de Laurent Beauvais, président de la Région Basse-Normandie (2), et de Pierre Cohen, maire de Toulouse, ce projet historique à l’échelle nationale en France n’aurait jamais pu voir le jour. C’est dans ce cadre que Geneviève Fioraso a soutenu le développement d’Echosciences Grenoble, un des premiers réseaux sociaux territoriaux entièrement dédié au partage des savoirs et des innovations, et à la mutualisation des actions à l’échelle d’une métropole.

Comment la Ministre de la recherche Geneviève Fioraso va-t-elle aborder ces questions ?

Honnêtement, je n’en sais rien… mais ce qui est sûr, c’est qu’enfin, nous avons une Ministre qui sait de quoi « culture scientifique » est le nom, concrètement, sur le terrain. Que nous avons une Ministre pour laquelle la motivation des jeunes pour les sciences, la parité dans les formations et carrières scientifiques, ou encore l’incitation à innover, être entreprenant(e)s sont des objectifs constants. Que nous avons une Ministre qui connait la richesse et la valeur des interactions à l’échelle d’un territoire, métropolitain ou régional, entre universités, acteurs culturels, centres de recherche, associations, entreprises, et collectivités territoriales. Qui sait regarder ailleurs en Europe et dans le monde les actions sciences/société innovantes.

Alors que va-t-elle décider pour la Fête de la Science ? Comment va-t-elle aborder Universcience et sa stratégie jacobine de nomination de pôles territoriaux de référence ? Va-t-elle faire en sorte que les activités de vulgarisation scientifique et de médiation culturelle menée par les universitaires et les chercheurs des organismes publics soient enfin comptabilisées dans leurs carrières ? À l’heure d’une crise multiple qui nous menace et rend nécessaire une transformation en profondeur des comportements individuels et collectifs, comment va-t-elle contribuer à faire progresser les représentations des citoyens et leurs prises de parole sur les grands enjeux de société ?

Nous en saurons plus dans les semaines et mois à venir… Une chose est sûre : nous devrions moins faire les frais des visions « made in Paris ». Il est temps pour nous, et pour la France, de passer enfin à un nouveau modèle, s’appuyant sur les compétences des territoires, annonçant ce nouveau pouvoir « latéral » défendu, entre autres, par l’économiste américain Jérémy Rifkin (3). Très concrètement, la prochaine étape pourrait se dérouler à la rentrée, à l’occasion de la tenue des Assises nationales de la Recherche promises par François Hollande, mises en œuvre par Geneviève Fioraso. Faisons en sorte que la culture scientifique et les médiations sciences/société partout en France en constituent l’un des axes stratégiques !

Notes

  1. Membre fondateur du CCSTI Grenoble, la Ville de Grenoble compte deux représentants dans son conseil d’administration, postes occupés jusqu’ici par Geneviève Fioraso et Morad Bachir-Chérif, conseiller municipal délégué à la culture scientifique, technique et industrielle.
  2. A noter, pour le territoire Basse-Normandie, la lettre co-signée par Philippe Duron, Président de la communauté d’agglomération Caen la mer et Jean-Léonce Dupont, Président du Conseil général du Calvados aux côtés de Laurent Beauvais. Au total, près de 100 personnalités ont apporté leur soutien au projet Inmédiats.
  3. Dans son dernier ouvrage, La troisième révolution industrielle, Jérémy Rifkin définit le « pouvoir latéral » comme une réorganisation de nos économies et des relations humaines, en opposition au pouvoir hiérarchique, vertical (lire/écouter la chronique consacrée à cette ouvrage sur France Culture).

>> Illustrations : Photos Ilan Ginzburg pour CCSTI Grenoble.

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