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La robotique en pratique, avec Anthony Truchet

Le 24 novembre 2010 par Célya Gruson-Daniel

Anthony Truchet a animé la journée « Des robots et des hommes » le 6 novembre dernier à la Cité des Sciences et de l’Industrie. Il revient pour nous sur cette journée. L’occasion de découvrir ses passions pour la science fiction, les robots et l’animation scientifique.

Passionné de robotique… D’où cela vient-il ?

Depuis le collège, je suis un fan de science fiction et j’ai été plongé dans la philosophie par « Xénocide », un livre d’Orson Scott Card. C’est à cette période également que j’ai commencé à jouer avec la robotique.

Après avoir passé les concours des grandes écoles, j’ai choisi l’ENSTA ParisTech, parce qu’elle offrait réellement un enseignement technique et plus spécialement en robotique cognitive.

En deuxième année, l’école m’a permis d’aménager mon cursus pour que je consacre une grande partie de mon temps au club de robotique interne où fer à souder, stress des compétitions de robotique et gestion d’équipe se côtoyaient. J’ai beaucoup appris, notamment sur le plan « projet ».

Pour compléter ma formation, j’ai suivi une année de master de Sciences cognitives et réalisé un stage à l’Institut des Systèmes Intelligents et Robotiques. Aujourd’hui, je suis ingénieur de recherche à l’ENSTA-ParisTech et, s’il faut une étiquette, on pourrait dire que je suis ingénieur en informatique et « robot-cognition »!

Que penses-tu de la nouvelle exposition « Science et Fiction : aventures croisées » de la Cité des Sciences ?

C’est une très belle exposition, on se régale… Des objets de légende sont sous nos yeux ! L’aspect fiction est magnifiquement mis en avant. Mais elle présente assez faiblement les aspects scientifiques réels. Je n’ai pas retrouvé le même contenu scientifique que dans d’autres expositions de la Cité. La journée « Des robots et des hommes » contribuait à compléter et renforcer ce lien entre la fiction et les sciences et techniques. Pour moi, l’exposition joue très bien son rôle de point d’entrée, c’est une accroche.

Quels étaient les objectifs de la journée « Des robots et des hommes »?

Tout d’abord, nous voulions faire un point sur la robotique. D’où viennent les robots ? Où en sommes-nous aujourd’hui ? Pour cela, nous avions invité deux intervenants (Jean Claude Heudin et Pierre-Yves Oudeyer) qui ont pu y apporter des réponses lors de la conférence «  Où vont les robots ? « .

Ensuite, pour montrer concrètement la robotique d’aujourd’hui, nous avons utilisé des démonstrations des robots. Elles illustraient l’énorme différence qu’il existe entre l’état actuel de la robotique et les perspectives imaginées par la science fiction.

Enfin, nous avons voulu réfléchir sur le futur. C’était le rôle de la table ronde « Robot sapiens : une espèce en voie d’apparition » : mettre le doigt sur les questions que la robotique soulève d’un point de vue éthique, social et politique.

Peux tu nous en dire un peu plus sur cette table ronde ?

Quatre intervenants étaient présents. Raja Chatila, qui avait la casquette du roboticien d’envergure, Daniela Cerqui, anthropologue qui étudie les évolutions de la robotique et cherche à expliciter les valeurs implicites qui la sous-tendent et Bernard Andrieu, philosophe du corps. Sa réflexion porte sur la notion d’hybridité, ses différents degrés et le niveau que nous voulons bien accepter. Une dernière intervenante complétait la panoplie : Sylvie Lainé, auteur de SF qui représentait le côte fiction.

Pour ces quatre intervenants d’horizons différents, traiter des questions de valeur liées au développement des techniques et surtout de la robotique est devenu essentiel… même si aujourd’hui elles n’impactent pas directement le travail des chercheurs. Nous sommes encore très loin du stade où ces développements posent réellement problème mais ce sont des interrogations à ne pas délaisser et à penser dès maintenant !

Quelle(s) expérience(s) retires-tu de cette journée ?

Pour ce qui est de la table-ronde, avant tout une expérience d’animateur, avec l’exigence d’attention que cela implique : l’enjeu est, pour moi, de tisser un réseau de sens entre les intervenants de sorte qu’ils en viennent à se répondre.

Sur l’ensemble de la journée, c’est l’effet démonstration qui a été frappant : à chaque fois, un robot a mal fonctionné. Étant moi même roboticien, je sais ce que c’est… Le robot Nao, humanoïde star de la robotique français était présent. Il devait suivre une balle rouge, mais à la place, il a levé la tête jusqu’à tomber à la renverse ! Pourquoi ? L’éclairage de la scène au sommet des rideaux avait un ton rouge et il était attiré par cette tâche rouge très lumineuse. Lorsqu’on l’a tourné face à la scène, ce sont les sièges rouges qu’il regardait !

Ceci ne remet pas en cause la qualité du Nao mais montre un problème fondamental. En effet, un robot ne voit pas une balle rouge mais un paquet de pixel. Pour autant, entre ce groupe de pixels et être capable de suivre une balle des yeux – ce qui implique de l’identifier – il y a un gouffre. Ce genre d’effet démo illustre bien la distance qu’il existe encore entre robot et être vivant, entre science et science fiction.

Pourquoi t’es-tu lancé dans cette aventure ?

J’adore l’animation ! Réussir à faire passer de façon vivante une vision des sciences et techniques est un beau challenge. Ensuite il y a une autre raison plus politique… Dans notre société occidentale, les sciences et techniques jouent un rôle extrêmement important, mais souvent elles sont détournées à des fins marketing. Par exemple dans un rayon de cosmétiques, on nous vend une crème anti-ride. Son efficacité est « prouvée scientifiquement » … par un simple graphique sans aucune signification.

Quoi que l’on veuille nous faire croire, la technique n’est, d’une part, pas neutre et, d’autre part, ses enjeux peuvent être abordés par des non-techniciens : j’aimerais qu’un grand nombre de personnes en prennent conscience. Cette journée est une manière de démystifier les sciences et techniques et de les aborder de façon saine.

Et pour la journée à la Cité des Sciences ?

C’est une histoire assez incroyable… L’ancien responsable de la section langue, culture et communication de l’ENSTA ParisTech avec qui j’étais resté en contact, m’a présenté à sa remplaçante Laurence Decreau. Elle recherchait un intervenant dans le cadre d’un enseignement intitulé « écrire la science » où les élèves ingénieurs étaient sensibilisés aux problématiques de la vulgarisation : il devaient rédiger un dossier dans le style de Science et Vie à partir de d’un document de vulgarisation informatique peu satisfaisant. Je suis intervenu pour les aider à le comprendre. Ce fut le début de notre collaboration.

J’ai pu ensuite co-animer avec Dominique Leglu – directrice de la Rédaction de Science et Avenir – la table ronde du concours d’écriture de l’ENSTA « 2084 : le meilleur ou le pire des mondes », organisé en partenariat avec Universcience. Et de fil en aiguille on m’a proposé d’animer cette journée à la Cité des Sciences.

« 2084 : le meilleur ou le pire des monde » en plein dans la SF. Peux-tu raconter en quelques mots ce concours d’écriture ?

Le concours est essentiellement l’œuvre de Laurence Decreau, elle a une véritable passion pour établir des ponts entre le monde des sciences et techniques, et d’autres univers (sport, philosophie, sociologie…) Le concours était ouvert aux élèves du réseau ParisTech et au grand public. Le but : inviter les participants à se projeter en 2084. Pour la présélection, plus de 300 textes ont été lus dont seulement une trentaine a été retenue.

Deux auteurs, Pierre Bordage et Céline Curiol (ancienne élève de l’ENSTA-ParisTech) et trois scientifiques Roland Lehoucq, Hervé le Treut, et Pierre-Henri Gouyon constituaient le jury. La soirée de remise des prix s’est ouverte sur une table-ronde entre les membres du jury, qui ont ensuite récompensé 11 auteurs. Les nouvelles lauréates, ainsi qu’une synthèse de la table-ronde, sont publiées dans un petit ouvrage qui vient juste de paraitre.

Y aura-t-il une nouvelle édition de ce concours?

Oui, le prochain concours d’écriture va s’ouvrir fin novembre, toujours avec l’idée de favoriser un échange entre la science, les techniques et d’autres univers. Le thème sera annoncé très prochainement dans Sciences et Avenir et sur le site de l’ENSTA-ParisTech. A suivre…

Pour aller plus loin

>> Illustrations : jiuguangw & Fabienne D. (Flickr, CC)

2 commentaires

  1. nicotron le 24 novembre 2010 à 08:53

    Intéressant ! Comment fait on pour participer au prochain concours d’ écriture ? :)

  2. Célya Gruson-Daniel le 25 novembre 2010 à 16:01

    Le concours d’écriture ENSTA 2011 est ouvert. Le thème : « Un clic, un bug, un imprévu et tout bascule… » A vos claviers! à vos stylos! toutes les infos sur ce lien :
    http://concours-nouvelles.ensta.fr/index.php

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