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Physifolies, de l’exposition temporaire à l’expertise

Le 30 décembre 2010 par Marion Sabourdy

En guise de mascottes : Einstein tirant la langue et Biloute, le célèbre ch’ti, placardés sur les murs de l’UFR de Physique de l’université Lille-1. Physifolies annonce la couleur : les quelques membres de l’association sont des passionnés qui souhaitent promouvoir la physique dans la région Nord-Pas de Calais sans complexe et de manière ludique.

Parmi eux, Daniel Hennequin, chercheur au CNRS dans le « Laboratoire de Physique des Lasers, Atomes et Molécules » et Maxime Beaugeois, docteur en Physique et chargé de communication par ailleurs impliqué dans le projet Unisciel. Ils nous racontent l’histoire de l’association qui, après un départ tonitruant en 2005, a trouvé depuis peu son rythme de croisière.

Des débuts prometteurs

Sous l’impulsion de la Société française de Physique, Physifolies a vu le jour, il y a 5 ans, grâce à six passionnés. Nommée à l’époque « Année Mondiale de la Physique dans le Nord-Pas de Calais », cette association avait été créée exclusivement pour cet événement, afin d’en piloter les manifestations régionales, et devait s’éteindre peu après. Le groupe avait réussi à fédérer autour de lui des représentants de Lille-1 et du rectorat, ainsi qu’une dizaine d’associations ou de lieux qui travaillent dans le domaine des sciences et de la physique dans la région (1) afin de préparer cette Année mondiale.

Maxime Beaugeois devant l’affiche de l’Année mondiale de la Physique 2005

« Le contexte est celui d’une désaffection des filières scientifiques par les étudiants, en particulier la physique à l’époque et la chimie actuellement », explique Daniel Hennequin, qui estime la chute du nombre d’étudiants en filières scientifique de 10 à 20%. « C’est très criant avec les premières années de l’IUT ou de licence de physique, qui sont passés d’environ 500 à une centaine ». « En 2005, nous avions la volonté de comprendre pourquoi la science a disparu de la culture générale en France et de frapper un grand coup pour la remettre sur le devant de la scène ».

Le petit groupe réussi alors à « décrocher » un contrat européen de 500 000 euros pendant un an pour mettre en place six expositions : quatre Physi-folies (ouvertes pendant 4 jours chacune), D comme découvreuses, Mémoire de forme, formes en mémoire et Les reflets de la physique dans la région. Chacune a accueilli entre 500 et 800 personnes, avec un pic d’affluence à 1200.

Maxime, alors en thèse, se souvient : « nous avons chapeauté 120 événements, dont ces six grosses expositions, mais aussi des conférences, un bar des sciences et des spectacles de danse et de théâtre ». Ces manifestations ont pris place dans les « Maisons Folies », anciennes usines ou lieux appartenant au patrimoine architectural reconvertis en lieu de création artistique en 2004 lorsque Lille était Capitale européenne de la Culture (2). « C’est là que l’équipe a pris conscience de l’importance de la scénographie et de l’éclairage », aidée par les intermittents du spectacle qui géraient les Maisons Folies.

Cinq ans d’expositions et de « manips »

La belle réussite de 2005 a motivé les membres de l’association à pérenniser leurs activités. Après un repos bien mérité en 2006 et le changement de nom en Physifolies, l’association repart de plus belle à l’occasion de la Fête de la Science 2007 avec l’exposition Arphystic sous un chapiteau de 30 mètres par 20 et 7 mètres de hauteur installé sur la place de la République, lieu très fréquenté entre la Préfecture et le Musée des Beaux Arts. Sous le chapiteau : des manips et des animateurs pour guider le public.

Après les nécessaires 9 mois de préparation, 2008 sera dédiée à la manifestation « Sciences à l’hosto » avec la transformation du hall de l’hôpital de Roubaix en lieu de culture scientifique. L’année suivante verra l’exposition Astrophyz et notamment ses photos de galaxies, à nouveau sous le chapiteau, devenue le lieu de rassemblement des passionnés de Physifolies. Cette année-là, l’exposition fait 4 fois plus d’entrées que toutes les manifestations du village de la Fête de la Science réunies (8000 visiteurs contre 2000).

« Pendant ces années, nous nous sommes débarrassés d’un certain nombre d’a priori comme celui selon lequel le grand public ne s’intéresse pas à la science. Nous avons au contraire noté une très forte attente et un réel plébiscite de nos expositions. Les gens ramènent même leur famille et leurs amis et restent entre une et deux heures sous le chapiteau » sourit Daniel.

Une semaine au sommet

2010, Année du laser, a vu la même affluence, sur 4 jours, lors de la bien-nommée « Laser Week ». « La région joue un rôle important dans l’industrie des lasers. Le centre laser du CHRU de Lille a été de 1975 à 1985 le seul centre laser médical hospitalo-universitaire d’Europe, explique Daniel ; Lille a également vu la première fédération de laboratoires en France sur le thème unique des lasers, ainsi que le premier master professionnel ». Ce dynamisme a permis à Physifolies d’être financé à moitié par des collectivités territoriales, pour la première fois depuis 2005.

Daniel Hennequin devant l’affiche des « 50 ans du laser »

Pour l’occasion, l’association a décoré l’entrée du chapiteau avec des fibres optiques, a installé deux écrans géants de 4 mètres par 3 et loué un hologramme de l’exposition itinérante du musée de l’holographie représentant le pont de Tampa en Floride avec une impression de profondeur de 8 mètres. Daniel Hennequin, à peine remis de l’événement lorsque nous l’avons rencontré, explique : « nous avons monté le chapiteau le mardi 16 novembre de 7h à 15h puis ouvert au public en permanence du jeudi au dimanche, avec deux nocturnes le vendredi et le samedi. C’était passionnant mais très fatiguant ».

Ces cinq ans d’expérience ont fait de Physifolies une référence dans le domaine de la physique et du montage de manipulations et d’expositions. Au point que ses membres se déplacent à Bruxelles pendant 4 jours pour le Printemps des sciences, à Tournai pour présenter 3 ou 4 manipulations, au Palais de la Découverte dans le cadre de l’opération « Un chercheur, une manip »ou à Marseille en mai 2010 lors d’une série d’événements autour des 50 ans du laser et des 10 ans de POP Sud (Pôle optique et photonique). « Pour l’occasion, nous avons entièrement aménagé un bus avec des manipulations sur le laser et la lumière » se souvient Daniel.

Le Centre d’Etudes et de Recherches Lasers et Applications (CERLA) de Lille-1 a également sollicité leur expertise en terme de création de manipulations pour les 50 ans du laser. « Pendant cinq ans, nous avons essuyé les plâtres. La conception d’une manipulation demande de la culture scientifique et des qualités de vulgarisation que seule apporte l’expérience, explique Daniel. Aujourd’hui, on pourrait proposer clé en main des manips ».

Des difficultés à valoriser la vulgarisation

Si la région Nord-Pas-de-Calais est « une des rares à avoir conservé un tel dynamisme autour de la Physique », Physifolies peine pourtant à recruter des animateurs et médiateurs. Une des explications à ce manque de motivation, selon Daniel Hennequin, réside dans les freins donnés par le CNRS à tous les chercheurs qui souhaitent faire de la vulgarisation pendant leur temps de travail.

« Nous ne sommes pas évalués sur notre travail de vulgarisation, alors même qu’ils font partie de nos missions ». Il donne l’exemple du célèbre Roland Lehoucq qui a du lutter au CEA pour pouvoir se consacrer à la vulgarisation. Selon lui, cette situation s’adoucit dans l’Education nationale pour les enseignants-chercheurs, à l’image de Jean-Michel Courty qui tient une rubrique mensuelle dans le magazine Pour la Science.

Signe d’un début de changement, un module « animation scientifique » a été lancé pour les thésards de Lille-1 friands du contact avec le public. L’association est également ouverte à des universitaires et des professeurs du secondaire. En 2011, l’année sera sans doute moins chargée pour Physifolies, l’Année internationale étant dédiée à la chimie.

Cela ne l’empêchera pas pour autant d’apporter de l’aide aux associations concernées, notamment « Chimie itinérante » de Lille-1 et de capitaliser leurs précédentes activités. « On a décidé de rendre publics les quizz de cette année et de créer une base de données des manips. Je les ai encore bien en tête mais cela évitera de les perdre en route », prévoit Daniel.

Notes

  1. Les Petits Débrouillards, le Forum départemental des sciences, Sciences Animées, La Physique itinérante, L’Experimentarium de l’Université libre de Bruxelles et le lycée professionnel Don Bosco de Tournai.
  2. Lille poursuit son aventure culturelle avec le projet lille3000.

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