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Wikimedia France et les musées : le point avec Adrienne Alix

Le 3 novembre 2011 par Gayané Adourian

L’association Wikimédia France sera présente pendant les trois jours de Museomix. En amont de l’événement, nous avons rencontré Adrienne Alix, la directrice des programmes, pour découvrir les actions de l’association dans le monde des musées.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Après des études d’histoire et un parcours un peu sinueux –  j’ai fait plusieurs métiers allant de l’enseignement à l’e-commerce – je suis devenue la directrice des programmes de l’association Wikimédia France. Contributrice sur Wikipédia depuis 6 ans, j’ai été présidente de l’association pendant deux ans et demi et lorsque ce poste s’est ouvert, je me suis naturellement portée candidate.

Dans l’idée, il s’agit de définir et conduire les projets qu’on va mener avec l’association tout en faisant le lien avec les membres. En pratique, il s’agit de coordonner, mettre en oeuvre, budgeter, suivre, valoriser les différents projets… Il y a une part importante de relations publiques, à la fois pour populariser l’action de l’association mais aussi parce que les membres du conseil d’administration, tous bénévoles, ont des difficultés à se rendre aux rendez-vous, conférences et autres événements. Comme j’avais déjà le statut de présidente, mon rôle de porte-parole n’a pas vraiment changé vu de l’extérieur.

Et l’association Wikimedia France ?

Il faut bien distinguer la Fondation Wikimedia de l’association Wikimedia France ! La Fondation Wikimédia, qui existe depuis 2003, assure l’hébergement technique et la pérennité des projets Wikimédia (dont la célèbre encyclopédie Wikipédia). Parmi ceux-ci, il y a le développement des projets qui favorisent l’accès au savoir dans les pays du sud. Son conseil d’administration est composé de personnes de la société civile, de membres contributeurs nommés par Jimmy Wales – le fondateur de Wikipédia –  ainsi que quelques personnes sélectionnées parmi les contributeurs.

L’association Wikimédia France, elle, est une association loi 1901 qui existe depuis 2004. Elle fait partie du groupe d’associations nationales et gère son propre programme d’activités de façon indépendante. Elle est financée, comme pour la fondation, par les dons des internautes. Pour donner quelques chiffres sur Wikipédia – en français – nous avons environ 15000 contributeurs par mois mais seulement 1000 sont considérés comme « très actifs ». En fait, après une hausse démentielle dans les années 2006-2008, le nombre de contributeurs francophones est en stagnation maintenant. Aujourd’hui, un gros travail est fait pour aller chercher de nouvelles personnes, notamment des professionnels des institutions culturelles.

Peux-tu nous expliquer ce que sont les projets GLAM ?

C’est un ensemble de projets que Wikimédia mène auprès des institutions culturelles commes les bibliothèques, les musées et les archives (GLAM est la contraction de Galleries, Librairies, Archives & Museums). En France, il y a environ 3 ans, nous étions dans l’optique de nouer des partenariats plutôt sur le contenu. À cette époque, on était dans une période « d’évangélisation » – même si je n’aime pas trop ce mot – pour pousser les institutions à ouvrir leur contenu. On pouvait leur proposer de le mettre soit sur nos sites, soit simplement de les ouvrir pour que les contributeurs puissent aller les chercher et enrichir les articles.

La nouveauté des projets GLAM, c’est de former les personnels des institutions pour qu’ils mettent eux-mêmes leurs contenus sur Wikipédia ou Commons (pour les photos). Dans cette perspective, l’idée de travailler avec les musées s’est vite imposée… même si ces derniers nous voyaient assez mal au début (alors même que le niveau moyen de nos contributeurs se situe entre le bac + 5 et le doctorat !). Mais avec les partenariats développés avec le Museum de Toulouse, la BNF et le Château de Versailles, le regard a changé et c’est tant mieux. Maintenant, on souhaiterait installer une formation plus générale qui permette à différentes institutions de se rencontrer.

Jusqu’où comptez-vous allez avec ce programme ?

À terme, ce qui serait très bien, c’est que ce processus de formation soit systématisé. On en a fait une au Museum de Toulouse à la fin du mois de septembre avec des contributeurs toulousains venus  former les personnels pendant une demi-journée et on vient de renouveler l’expérience pendant la Novela de Toulouse. En fait, l’année dernière, pendant le colloque Wikimédia France, ce qu’on proposait était très spontané avec un partenariat de contenus plutôt visuel. Là, on essaie d’aller plus en profondeur.

L’idéal, ce serait que les différents acteurs impliqués dans la création d’exposition, par exemple, puissent aller enrichir les projets Wikimédia, à leur rythme. Ils ont à priori tout intérêt à ce qu’un article soit de qualité sur Wikipédia puisqu’ils pourront ensuite le récupérer et s’en servir pour leurs plaquettes ou autres – c’est ce qu’ils ont fait au Museum de Toulouse, notamment avec des photos. Pour nous, l’idée de proposer quelque chose de duplicable est très présente mais en pratique, on doit s’adapter à chaque besoin, d’autant plus qu’aujourd’hui, ce type de formation répond à une grosse demande de la part des musées. La difficulté c’est de pourvoir tout gérer !

Malgré tout, il ne faut pas se leurrer. Les demandes arrivent aussi parce que c’est à la mode de se mettre au web… Ensuite, on voit un écrémage naturel entre ceux qui sont vraiment motivés et les autres. Pour l’instant, nous avons affaire aux grandes institutions qui travaillent déjà avec un webmaster plutôt qu’aux petites structures. Mais on constate qu’il y a moins de réticences, que les gens prennent un peu plus le risque de poster. Surtout que généralement, il ne s’agit pas de contenus controversés. Finalement, la plus grosse résistance qu’on observe c’est le fameux « mais on n’a pas le temps ». Du coup, on doit leur montrer que ça doit faire partie de leur temps de travail.

La prochaine étape, c’est de monter un mini-site en forme de boite à outils qui puisse servir de « post formation » avec des tutoriels en français, spécialement dédiés aux GLAM ; cela permettrait de prolonger l’expérience. Dans l’idée, cela doit rassembler des outils, de la documentation et aussi une plateforme pour échanger. En fait, on s’est rendu-compte que peu d’événement permettaient de rassembler les gens des musées qui ont un intérêt pour le numérique. Les rencontres de 2010 ont permis de cristalliser ce besoin et il devient nécessaire d’avoir un endroit qui permette de centraliser, d’enrichir les discussions.

Wikimedia France va participer à Museomix. Qu’est-ce que vous en attendez ?

Étant proches des organisateurs, nous étions au courant assez tôt et il a toujours été question d’y participer pour notre communauté. Par contre, on se pose vraiment la question de ce qu’on peut apporter sur un tel événement… Il faut bien se rendre compte que nous ne sommes pas des prestataire de services mais des amateurs qui participent selon le temps et l’envie d’en être. Du coup, ce n’est pas si simple de s’intégrer dès le départ et on privilégie des membres assez inventifs et dynamiques de la communauté, même s’il elle n’est aux ordres de qui que ce soit. C’est toujours basé sur du volontariat.

Chez Wikimédia – l’association – nous favorisons toujours ce qui est très concret, pragmatique. On fonctionne par itération en inventant à chaque fois quelque chose pour répondre à un besoin, un manque identifié. Pour cela, tous les moyens sont imaginables – n’oublions pas que le cinquième principe fondateur de Wikipédia se résume à « N’hésitez pas! ».  Nous devons rester pragmatique, surtout qu’on s’adresse au plus grand nombre. Par exemple, l’utilisation des QRCodes est novatrice et enthousiasmante mais on ne sait pas si cela touche réellement le « grand public ».

Malgré ça, Museomix est une idée qui nous parle. Depuis le temps qu’on entend les gens rêver, imaginer… c’est bien de se confronter à la réalité ! Il faut maintenant voir si le concept va prendre et fonctionner. De notre côté, nous avons lancé un appel dans l’association pour la sélection des participants et les quatre personnes sélectionnées ont déjà contribué à des formations ou des ateliers. Ce qu’on pourra apporter se situe probablement dans le champ du travail collaboratif, de l’agilité, de l’adaptabilité… même si la collaboration IRL – in real life – est différente de la collaboration en ligne :)

>> Illustrations :  Photo tornad3, museumdetoulouse (Flickr, licence CC), Infographie de Loguy (OWNI, licence CC) , Photo Musée des Arts Décoratifs (Commons, licence CC)

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